stone_of_destinyGlasgow, 1950. Galvanisé par les discours du nationaliste John McCormick, Ian Hamilton, étudiant universitaire, se lance le défi de redonner à ses compatriotes écossais un sentiment de fierté collective. Il décide alors de récupérer la pierre de Scone, logée sous le trône royal dans l’abbaye de Westminster à Londres, symbole douloureux de la défaite des Écossais aux mains des Anglais, sept siècles plus tôt. Avec le soutien secret de McCormick, Ian forme une petite équipe et planifie minutieusement le coup. Mais des imprévus de dernière minute obligent les compères à modifier leur stratégie.

La pierre du destin. Comédie d’aventures britanno-canadienne de Charles Martin Smith.
1h36, 2008.
Avec: Charlie Cox (Ian Hamilton), Billy Boyd (Bill Craig), Robert Carlyle (John McCormick), Kate Mara (Kay Matheson), Ciaron Kelly (Alan Stuart), Stephen McCole (Gavin Vernon) …
Note : 14/20.

Tiré d’une histoire vraie, ce petit film sans prétention et empreint de bons sentiments se laisse agréablement regarder, avec légèreté et humour. Pétulant, tendre, plein d’émotions, il nous entraîne sur les pas de Ian Hamilton, étudiant un brin rêveur, qui brave tous les interdits et réalise l’aspiration nationale de toute une nation en ramenant la pierre du Destin en terre écossaise.

A l’origine, ce bloc de grès faisait fonction de trône lors du couronnement des rois écossais du royaume de Dal Riada. La légende raconte que seule la pierre en question pouvait juger de la légitimité du roi: il fallait en fait que la pierre vibre sous les pieds du prétendant au trône pour que ce dernier soit conforté dans son pouvoir. Elle fut conservée par les Ecossais dans l’abbaye de Scone (d’où son nom) jusqu’en 1296, date à laquelle elle fut prise comme butin de guerre par Edouard Ier, roi d’Angleterre. Elle fut alors transférée dans l’abbaye de Westminster, à Londres, puis placée sous le trône royal des souverains anglais, ce qui symbolisait la domination de l’Angleterre sur l’Ecosse.

En 1328, lors de la signature du Traité de Northampton qui mettait fin à la 1ère guerre d’indépendance du Royaume d’Ecosse, le roi Edouard III promit de restituer la pierre du Destin au peuple écossais. Cette promesse ne fut bien entendu jamais tenue et il faudra attendre l’année 1996 pour que ce bloc de pierre soit officiellement rétrocéder à l’Écosse… Avec toutefois une exigence exceptionnelle de la couronne britannique: le gros caillou devra ponctuellement être expédié à Westminster lors des futures cérémonies de couronnement. Ainsi, le futur roi d’Angleterre (le Prince Charles ou son fils William ?) devrait vraisemblablement s’asseoir sur la pierre du Destin lors de son intronisation.

L’oeuvre de Smith vient à son heure. A l’ère de la mondialisation et du « global village », il sonne comme une sorte de petite revanche nationaliste, un retour aux sources identitaires, un message d’espoir, de liberté et de fierté pour les petites nations. Bretons, Québécois ou encore Catalans y trouveront sans doute un peu de leur propre histoire. Un véritable rafraîchissement, idéal en cette saison estivale.


Horizons géopolitiquesLa géopolitique est à la mode. Boudée, voire rejetée des décennies durant, après avoir été mise à l’honneur par l’impérialisme des IIe et IIIe Reich allemands, elle prend sa revanche: tout un chacun en fait depuis les années 1990 comme Monsieur Jourdain faisait de la prose, et l’accole à n’importe quelle dimension de la vie ou presque. Dans ce foisonnement, on trouve le meilleur comme le pire, au risque du galvaudage; si tout peut être estampillé « géopolitique », rien ne l’est réellement. Pour le néophyte ou pour le lecteur averti, Frédéric Encel présente ici avec rigueur et clarté les concepts clés de la discipline: les frontières et la souveraineté, les rapports de force et la puissance, les opinions publiques et les représentations, la guerre et la paix. Ce faisant, il prône le rejet du cynisme et dessine une géopolitique à visage humain.

Le dernier ouvrage d’Encel marque l’aboutissement de quelques quinze années de réflexions et d’expertise sur la géopolitique du Moyen-Orient, et en particulier sur le conflit israélo-palestinien. Avec son livre, le géopolitologue, que j’ai pu rencontrer à l’occasion d’une conférence donnée à Montréal l’année dernière, a souhaité apporter une contribution personnelle et rigoureuse à l’édifice général de sa discipline en présentant succinctement l’histoire et les principaux paradigmes de la pensée géopolitique.

Prolixes, structurés et argumentés, les commentaires et les propos d’Encel se veulent aussi éclairants qu’éclairés. C’est que l’auteur inscrit explicitement sa démarche dans une perspective humaniste. Selon lui, le géopolitologue de profession n’a pas vocation à abandonner son statut de citoyen critique: une chose est de constater la noirceur du monde, une autre est de s’en satisfaire sans autre forme de procès. La morale n’est pourtant qu’une variable dans les prises de décision des gouvernants, et non une constante.

De ce constat, l’auteur explore trois postures géopolitiques possibles face à l’analyse des questions internationales: le cynisme, le réalisme et l’utopisme. L’utopique exige une inversion du postulat, c’est-à-dire la mise en avant de la morale dans les relations internationales. Il lui faudra préalablement modifier l’âme humaine, ce en quoi l’auteur lui souhaite bien du courage. La différence entre le cynique et le réaliste tiendrait, d’après Encel, dans un « curseur » incarnant l’exigence du respect d’une certaine moralité dans les rivalités de pouvoir; le premier le maintiendrait à zéro en feignant le regret et en se justifiant par la realpolitik, le second le déplacerait dans les limites raisonnables des intérêts étatiques. Pour Encel, seule une analyse géopolitique réaliste permettra, dans les conflits présents ou à venir, d’éviter le plus de malheurs possible au plus grand nombre d’êtres humains.

Sur un ton à la fois didactique et décontracté, Encel navigue ainsi, de conceptions en théories, et décrypte sans équivoque les fondements et les logiques qui sous-tendent les rivalités de pouvoirs sur la scène internationale, démontant au passage quelques a priori faciles qui entravent souvent un raisonnement géopolitique objectif et la compréhension des enjeux et des conflits actuels.

Au demeurant, il ponctue son analyse d’anecdotes historiques et d’exemples concrets tirés de l’actualité internationale dont la richesse et la pertinence font de cet opuscule une véritable bible d’informations. Pour l’étudiant en géopolitique que je suis, l’ouvrage est une référence que je n’hésiterais pas à recommander aux étudiants et à tous ceux que l’état du monde préoccupe.


iran_ahmadinejad drapeauL’élection présidentielle iranienne du 12 juin dernier fait décidément couler beaucoup d’encre ces derniers jours dans la presse internationale. Pour le meilleur, mais aussi pour le pire… Car tout et son contraire se dit et s’écrit à propos de la reconduction de Mahmoud Ahmadinejad (à droite) au poste de président de la République islamique d’Iran. La requête en annulation du scrutin pour fraudes et l’appel successif à la manifestation du candidat déchu Mir Hossein Moussavi ne fait que jeter de l’huile sur le feu et conduit à une véritable déferlante d’explications simplistes et superficiels des récents événements.

C’est ainsi qu’une série de journalistes et d’experts autoproclamés de l’Iran analysent ce pays sur la base de présupposés idéologiques, négligeant au passage toute information qui n’irait pas dans le sens de leurs conclusions établies d’avance. Il est toujours très facile de donner une image faussée d’une situation géopolitique, et en particulier de celle de l’Iran: il suffit de mettre en avant un problème réel, puis de généraliser, en tablant sur la très faible connaissance que l’on a de l’Iran.

Drapeau iranien

Saisir l’importance des enjeux en présence est un exercice indispensable pour éviter de courir en permanence derrière une réalité qui nous échappe. Une fois l’effort fourni, libre à chacun de se faire sa propre opinion. Parce que comprendre les récents événements c’est avant tout saisir toute la complexité iranienne, il convient de démonter quelques idées reçues, idées qui surfent par trop souvent sur des peurs soigneusement entretenues par les médias.

1 – Les dernières élections iraniennes ont été entachées de « fraudes massives »

Pour qu’il y ait eu des « fraudes massives », il faut que de véritables élections aient été tenues dans le pays. Or, ce n’est pas le cas. Premièrement, quelques 2000 candidatures potentielles se sont vues rejeter à la suite de l’enregistrement Campagne électorale iranienne de 2009officielle des candidatures à l’élection présidentielle. Deuxièmement, le choix des quatre candidats aptes à concourir aux élections (Ahmadinejad, Moussavi, Karroubi, Rezaï) a été décidé par le Conseil des gardiens de la Constitution. Il suffit de savoir que les membres de ce conseil sont nommés par le Guide suprême de la Révolution, l’Ayatollah Sayyed Ali Khamenei, pour comprendre que ces élections ne sont qu’un leurre, une duperie, une mascarade politique dont les ficelles sont tirées dans l’ombre par Khamenei.

2 – Les camps « réformateurs » et « conservateurs » se disputent la victoire

Pour qu’il y ait une véritable lutte idéologique entre des groupes « réformateurs » et « conservateurs », il faut qu’un pluralisme politique soit effectif et garanti par la constitution. Force est de constater qu’il n’existe pas en Iran : les seuls candidats autorisés à participer aux élections appartiennent en fait aux différentes factions islamiques qui soutiennent le régime en place, tout parti étant strictement interdit.

En fait, c’est Khamenei (ci-contre) qui est entièrement responsable de la situation explosive actuelle dans les rues de Téhéran et des autres grandes villes du pays. Connaissant parfaitement les Ayatollah Khameneifaiblesses des Occidentaux pour la démocratie, il a tout fait pour confirmer la vision occidentale selon laquelle des mouvances « réformatrices » et « conservatrices » existeraient en Iran. Dans les faits, leurs actions sur le terrain ne diffèrent pas fondamentalement et les deux groupes cautionnent les principes de la Révolution islamique.

Cette manipulation permet à Khamenei, selon les intérêts du moment, de mettre en avant tel ou tel responsable politique – tout en n’apparaissant pas personnellement sur le devant de la scène mais en se réservant le rôle de l’autorité morale supérieure impartiale – et de jouer à faire peur ou à rassurer sa population.

3- Ahmadinejad est un « fou dangereux », un « fanatique intégriste » qui veut la fin du monde

Que l’on puisse détester le président iranien parce qu’il représente et cautionne un régime autoritaire et dictatorial se comprend aisément, mais qu’on le compare à un « fou dangereux », un « fanatique intégriste » ou à un « Hitler moderne » tient plus du fantasme ou de la haine que de la réalité. Ni génocide, ni « solution finale » n’a été décrété par Ahmadinejad en costume nazice « conservateur ». Loin d’être persécutés, les Juifs disposent d’un siège qui leur est réservé au Majlis d’Iran (nom donné au Parlement iranien). Bien que l’homosexualité soit considérée comme un crime en Iran, Ahmadinejad n’a jamais ordonné une chasse aux sorcières contre les homosexuels.

Certains considèrent le président sortant comme un « cavalier de l’Apocalypse qui ne songe qu’au retour terrestre du douzième imam ». En effet, selon la foi chiite, ce Messie devrait revenir sur terre pour y instaurer une société islamique parfaite. Curieusement, Ahmadinejad est le premier président de la République islamique d’Iran à ne pas être issu du clergé – c’est un universitaire, docteur en génie civile. Loin de graviter sur la religion, sa campagne électorale a surtout joué sur des facteurs économiques et nationalistes. Son populisme tient plus de l’exemple vénézuélien de Chavez que du modèle hitlérien ou stalinien.

Par ailleurs, de nombreux spécialistes s’accordent pour dire que le président Ahmadinejad n’est en réalité qu’un pantin manipulé par Khamenei, le Guide suprême de la révolution. Celui-ci peut à tout moment décider de le révoquer, de s’en débarrasser si l’intérêt supérieur de la Nation l’exige. Si l’on doit avoir peur d’un quelconque personnage politique iranien, c’est bien de Khamenei !

4- Les Iraniens veulent se doter de l’arme nucléaire pour « dominer le monde » et « rayer » Israël de la carte

Les déclarations de l’Iran contre Israël, sa position inflexible sur le dossier du nucléaire et, dans une moindre mesure et la peur d’un renouveau chiite de la part des monarchies arabes sunnites (Arabie Saoudite, Koweït, Qatar) ont relancé Explosion nucléaireles craintes d’une volonté de domination de l’Iran dans la région moyen-orientale. Cette domination est d’autant plus envisageable qu’elle est facilitée par la situation chaotique de l’Irak, ancien ennemi de la République islamique d’Iran.

S’il est vrai que la volonté de Téhéran de se doter de l’arme nucléaire reste réelle, cela ne veut en aucun cas dire que l’Iran veut et va se lancer dans une guerre nucléaire suicidaire contre Israël. En effet, l’Etat hébreu serait en mesure, dans l’hypothèse apocalyptique d’une première frappe iranienne, d’effectuer des bombardements de représailles qui anéantiraient la plupart des grandes villes iraniennes.

En fait, il est beaucoup plus probable qu’une sorte de dissuasion s’instaure de facto entre Tel-Aviv et Téhéran. La même situation perdure bien depuis des années entre l’Inde et le Pakistan, deux pays qui n’entretiennent pas de relations particulièrement amicales. S’il ne peut être vraiment écarté, le risque de guerre nucléaire dans la région demeure très peu vraisemblable.

5-L’imposition de sanctions économiques contre Téhéran est la meilleure solution

Le problème majeur avec les sanctions économiques imposées par la communauté internationale est qu’elles ont toujours montré leurs limites. Comme partout ailleurs, les premières victimes d’un hypothétique embargo sur l’Iran seraient les masses populaires, les classes dirigeantes arrivant à vivre correctement en raison de trafics en tout genre Conseil de sécurité de l'ONUqui s’intensifieraient naturellement. La corruption serait d’ailleurs de mise dans l’administration iranienne – si elle ne l’est pas déjà – mais seul les riches pourraient utiliser ce moyen pour subvenir à leurs besoins.

D’autre part, des sanctions économiques renforcées risquent surtout de créer un sursaut nationaliste au sein de la population qui ne ferait que consolider le régime et limiterait encore un peu plus la marge de manœuvre déjà très étroite des quelques courants politiques qui se montrent critiques à l’égard du gouvernement actuel. Du reste, l’Iran n’est pas la Corée du Nord : son sous-sol regorge d’hydrocarbures (gaz et pétrole) et autres matières premières qui attirent les convoitises de plusieurs pays (Chine, Russie).

Manifestation iranienne de juin 2009

Ce qui est sûr, c’est que le régime des mollahs finira tôt ou tard par s’écrouler : c’est le lot de toutes les dictatures. Cet effondrement viendra-t-il de la contestation interne portée par les intellectuels ? De revendications populaires ? Des mouvements séparatistes kurdes, azéris ou arabes qui essaiment le pays ? D’une opération extérieure armée ? D’une combinaison de ces facteurs ? A vrai dire, il est bien difficile de le prédire à l’heure actuelle, surtout que les grandes questions restent : quand cela arrivera-t-il et par quoi le régime des mollahs sera-t-il remplacé ? Les paris restent ouverts.


Le 4 juin dernier, Barack Obama prononçait un discours depuis l’Université du Caire à l’attention du monde musulman, un discours qui se voulait avant tout conciliateur. Qualifié d’historique par les médias et les experts, l’allocution présidentielle était pour le moins insolite. C’était la première fois qu’un président américain en fonction s’exprimait dans cette université pourtant reconnue pour être l’une des tribunes les plus virulentes de l’anti-américanisme depuis la guerre en Irak.

Discours du Caire de Barack Obama Le locataire de la Maison Blanche (ci-contre) n’a d’ailleurs pas raté une aussi belle occasion de courtiser son auditoire islamique, ce qui était d’autant plus déconcertant que jamais auparavant un dirigeant américain n’avait aussi ouvertement tendu la main à la communauté musulmane internationale. Interprété comme le signe d’un revirement majeur de la politique américaine au Moyen-Orient par les uns, comme une stratégie médiatique minutieusement calculée par les autres, ce discours inusité a globalement été considéré comme une preuve éclatante du nouveau pragmatisme d’Obama.

Pour autant, la nouvelle approche « musulmane » du président américain révèle un penchant idéologique pour le moins inquiétant qu’il est important de mettre en évidence, à la lumière d’une relecture minutieuse d’un extrait du Discours du Caire (disponible en français sur le site de la Maison Blanche).

Notre rencontre survient à un moment de grande tension entre les États-Unis et les musulmans du monde entier – tension ancrée dans des forces historiques qui dépassent le cadre des débats actuels de politique générale. Les relations entre l’islam et l’Occident se caractérisent par des siècles de co-existence et de coopération, mais aussi par des conflits et des guerres de religion. Dans un passé relativement plus récent, les tensions ont été nourries par le colonialisme qui a privé beaucoup de musulmans de droits et de chances de réussir, ainsi que par une guerre froide qui s’est trop souvent déroulée par acteurs interposés, dans des pays à majorité musulmane et au mépris de leurs propres aspirations. En outre, les mutations de grande envergure qui sont nées de la modernité et de la mondialisation ont poussé beaucoup de musulmans à voir dans l’Occident un élément hostile aux traditions de l’islam.

Si tendre la main au monde musulman pour faciliter une résolution du conflit proche-oriental peut paraître louable de prime abord, cet acte implique une inclination idéologique qui, elle, l’est beaucoup moins. En affirmant l’existence d’une « grande tension » hostile entre « l’Islam » et « l’Occident » et en s’adressant ainsi aux « musulmans du monde entier », Obama ne fait qu’accréditer les thèses de Samuel Huntington (ci-dessous) sur le choc des civilisations.

Samuel Huntington

Rejetée par une majorité d’experts des relations internationales, cette théorie fallacieuse stipule que la fin du conflit idéologique Est-Ouest a dorénavant laissé place à un conflit entre civilisations. Bien qu’intellectuellement stimulante, surtout depuis les attaques terroristes du 11 septembre 2001, cette théorie prédictive ne supporte pas une analyse empirique du monde actuel.

Sur la forme d’abord, il est difficile de formuler une définition sérieuse et rigoureuse de ce qu’est une civilisation (entité culturelle ? religieuse ? politique ? historique ? ethnique ? géographique ? morale ? technologique ?). Sur le fond ensuite, les fractures civilisationnellles recensées par Huntington et ses émules relèvent soit de la fantaisie soit d’une méconnaissance absolue de la réalité du monde. Mettre dans le même « sac » des pays aux structures sociétales et aux approches historiques aussi différentes que la Chine, le Japon ou le Vietnam souligne l’ignorance totale dans laquelle peuvent baigner certains professeurs universitaires qui adhèrent à ces thèses.

La Mecque De même, la civilisation musulmane est un concept réducteur. Il n’y a pas une civilisation musulmane: il y a plusieurs mondes musulmans. Comment peut-on espérer comparer des pays à majorité musulmane aussi différents que l’Indonésie, l’Arabie saoudite, l’Iran, le Tadjikistan ou le Soudan? Comment comprendre que le premier fournisseur de pétrole d’Israël ait longtemps été l’Irak ? Comment interpréter la nouvelle alliance stratégique entre un Etat juif et une Turquie musulmane ? Comment justifier la guerre survenue entre l’Iran et l’Irak dans les années 80 ? Comment résoudre le casse-tête des tensions actuelles entre l’Iran et l’Arabie saoudite ? Comment expliquer que le gouvernement iranien ait déjà été par le passé un allié privilégié d’Israël ? Pourquoi les Arméniens, qui sont majoritairement chrétiens, préfèrent-ils les Iraniens, pourtant musulmans, aux Géorgiens, eux aussi chrétiens ?

Les thèses d’Huntington ne peuvent pas renseigner sur ces spécificités géopolitiques. En fait, seuls des représentations identitaires et des intérêts nationaux ponctuels expliquent ici et là les différents alignements stratégiques qui peuvent se forger ou les désunions politiques qui peuvent subvenir au cours de l’Histoire.

En adoptant un lexique qui légitime la théorie du choc des civilisations, le président Obama rejoint – à son insu peut-être – son prédécesseur George Bush qui s’est politiquement abreuvé de ce discours belliqueux pour appuyer l’invasion américaine en Irak. Plus préjudiciable encore à la stratégie de paix au Proche-Orient, ce discours donne également des gages à Oussama Ben Laden qui, lui aussi, a su manipuler le concept du choc des civilisations au profit d’une stratégie terroriste déstabilisatrice qui a malheureusement porté les fruits que l’on connaît.

JerusalemAu-delà de lacunes regrettables (omission volontaire du mot « terrorisme », absence de tout commentaire sur la présidence égyptienne d’Hosni Moubarak, évocation du maintien d’une présence américaine en Afghanistan, comparaison imprudente entre la Shoah et la situation générale actuelle du peuple palestinien), le Discours du Caire marque avant tout la volonté de Washington d’en finir avec un conflit israélo-palestinien qu’il souhaite résoudre par une approche globale.

Mais que l’on parle du conflit israélo-musulman, israélo-arabe ou israélo-palestinien, le constat reste le même : la paix ne pourra s’établir que lorsque les luttes intestines, tant du côté palestinien (entre l’Autorité palestinienne et le Hamas) qu’israélien (entre les partisans ultra-orthodoxes et les militants laïcs) se seront dissipées. Pour poursuivre son objectif de paix au Proche-Orient, Obama ne pourra compter que sur un dialogue infra-ethnique et non pas sur un dialogue global pernicieux, contraire aux intérêts de tous.


- I have a passion for James Mason.
- Is he good ?
- Absolutely terrific. So attractively sinister ! Taurus, the bull, you know.
- Very obstinate.
- Really ?

Dialogue du film La corde (Rope) d’Alfred Hitchcock, 1948.

james-mason

Il y a cent ans, le 15 mai 1909, naissait James Mason, l’une des plus grandes stars du cinéma anglo-saxon. Aucun acteur britannique n’a su à ce jour égaler la noblesse de son jeu, la finesse de ses interprétations, la subtilité de son expression, la pureté de sa diction, l’éloquence de son style.

Avec près de 140 films, Mason aura laissé une marque indélébile dans l’histoire du cinéma. Parmi ses interprétations les plus célèbres, on retiendra le mystérieux capitaine Némo dans 20 000 lieux sous les mers, de Richard Fleischer (1954), le professeur Humbert Humbert dans Lolita, de Stanley Kubrick (1960), l’implacable Brutus dans Jules César, de Joseph L. Mankiewicz (1954), l’immortel Philip Vandam dans La mort aux trousses, d’Alfred Hitchcock (1959) ou encore l’émouvant Norman Maine dans Une étoile est née, de George Cukor (1954).

Odd Man Out

Acteur d’une versatilité à toute épreuve, James Mason aura joué tour à tour dans des comédies (Georgy Girl, Barbe d’or et les pirates), des drames (Pandora, Le verdict), des polars (Candlelight in Algeria, Meurtre par décret), des films d’aventures (Le prisonnier de Zenda, Prince Vaillant), des science-fictions (Voyage au centre de la terre), des films d’horreurs (Frankenstein, Les vampires de Salem), des films de guerre (Le renard du désert, Croix de fer), des documentaires (The London Nobody Knows, Unknown Chaplin) ou encore des films historiques (La chute de l’Empire romain, Genghis Khan). Il a même prêté sa voix dans deux dessins animés britanniques : The Tell-Tale Heart et The Water Babies.

A l’occasion du centenaire de sa naissance, j’ai souhaité rendre hommage à un artiste de talent, qui a reçu le titre honorifique de meilleur acteur du siècle lors de l’Exposition universelle de Montréal en 1967. Retour en image sur dix de ses meilleurs films.

1- Huit heures de sursis (Odd Man Out, Carol Reed, 1947).

Odd Man Out 2

Meilleur film de Mason. Il y interprète le rôle de Johnny McQueen, un terroriste irlandais pourchassé par la police à travers les rues de Belfast.

2- L’affaire Cicéron (Five Fingers, Joseph L. Mankiewicz, 1952).

Five Fingers

Meilleur film d’espionnage (même Hitchcock n’a pas fait mieux). Mason y interprète Diego, valet de chambre de l’ambassadeur d’Angleterre, qui propose aux nazis de leur vendre des microfilms de documents secrets alliés.

3- L’homme en gris (The Man in Grey, Leslie Arliss, 1943).

The Man in Grey

Premier grand succès de James Mason. Il y joue un mari impulsif, violent et jaloux. La séquence finale du film, où il bat sa femme avec une cravache, est devenue anthologique.

4- Lolita (Lolita, Stanley Kubrick, 1962).

Lolita

Film culte qui a fait scandale lors de sa sortie en salle. James Mason incarne le professeur Humbert Humbert, un homme d’âge mûr qui s’amourache d’une jeune fille de 16 ans.

5- 20 000 lieues sous les mers (20,000 Leagues Under the Sea, Richard Fleischer, 1954).

20,000 Leagues Under the Sea

Dans ce classique de Disney, l’acteur britannique prête ses traits au célèbre capitaine Némo. En 1959, l’acteur jouera dans une autre adaptation de Jules Verne, Voyage au centre de la terre.

6- Le Verdict (The Verdict, Sidney Lumet, 1982).

The Verdict

Ce film lui a valu une nomination aux Oscars. Mason y interprète, aux côtés de Paul Newman, un avocat véreux prêt à tout pour gagner son procès.

7- Derrière le miroir (Bigger than Life, Nicholas Rey, 1956).

Bigger than Life

Premier film produit par l’acteur. James Mason y joue avec émotion un instituteur dévoré par la cortisone qu’il consomme pour guérir une maladie mortelle.

8- L’homme de Berlin (The Man Between, Carol Reed, 1953).

The Man Between

Remake du film The Third Man. Mason y incarne Ivo Kern, un passeur d’homme dans le Berlin d’après-guerre qui tombe amoureux d’une jolie américaine.

9- Ces garçons qui venaient du Brésil (The Boys from Brazil, Franklin J. Schnaffer, 1978).

The Boys from Brazil

Dans ce film politique, James Mason, qui donne ici la réplique à Grégory Peck, joue le rôle d’un ancien combattant nazi vivant en Amérique du Sud qui participe à un complot destiné à cloner de jeunes Hitler.

10- Jules César (Julius Caesar, Joseph L. Mankiewicz, 1954).

Julius Caesar

Classique hollywoodien adapté de la pièce de Shakespeare dans lequel Mason interprète avec brio un Brutus tourmenté par le remords d’avoir conspiré contre César.


Fête de l'EuropeA l’occasion de la Journée de l’Europe, qui commémore chaque année la déclaration Schuman du 9 mai 1950 constituant l’acte fondateur de l’Union européenne, la blogosphère et les médias ne manqueront pas de parler d’Europe. Que ce soit sur le ton de la diatribe ou celui de l’apologie, sur le ton de la critique ou celui de la louange, l’Europe suscite toujours autant de débats à l’intérieur comme à l’extérieur de ses frontières. En ce jour de fête européenne, je vous propose d’aller voir ailleurs ce qui se pense et ce qui se dit sur l’Europe. Un exercice qui peut se révéler à la fois salutaire et profitable en ce qu’il donne un éclairage différent sur les enjeux actuels majeurs d’une Europe qui se construit.

A l’autre bout du monde, en Australie, on a aussi une opinion sur l’Europe. Entre Europe intime et Europe lointaine, entre proximité et distance, entre partenariats et rivalités, les perspectives australiennes sur l’UE sont complexes et méritent une attention particulière. Tour d’horizon.

Euraustralia

Avec l’Union européenne, l’Australie maintient des relations économiques très fortes. L’élargissement de l’UE en juin 2004 et les déboires européens survenus à l’occasion des référendums constitutionnels français et Bruxelles, capitale européennenéerlandais ont largement participé à la prise de conscience australienne que l’Europe est devenue, bon an mal an, un acteur de poids sur la scène internationale. En tant que puissance économique, l’UE est de nos jours le principal partenaire commercial de l’Australie, devant les Etats-Unis et la Chine. En effet, l’Australie réalise plus de 20 % de son commerce extérieur avec l’Europe. D’ailleurs, le poids de l’UE dans l’économie australienne ne cesse de croître, beaucoup plus que la distance kilométrique ou le tropisme asiatique naturel du pays ne pourraient le laisser penser. En Australie, l’Union européenne est également le second investisseur en importance derrière les Etats-Unis. Malgré la crise économique, les exportations australiennes vers l’Europe demeurent particulièrement dynamiques depuis le début des années 2000.

Querelle agricolePour Canberra, l’UE est de plus en plus perçue comme une entité autonome et indépendante par rapport à ses membres. La diplomatie australienne est donc très active au niveau des institutions européennes et, surtout, très influente en matière de lobbying pour les questions qui intéressent Canberra. Dans ce cadre, Bruxelles peut être considéré à la fois comme un partenaire régulier et un rival ponctuel, notamment à cause de la PAC (Politique agricole commune) jugée anticoncurrentielle. L’Australie a d’ailleurs souvent cherché à faire contrepoids à l’Union européenne en participant à un grand nombre de coalitions de pays lors de réunions successives à l’OMC (Organisation mondiale du commerce).

Tigre franco-allemandDans le domaine de la défense, l’Europe reste un partenaire majeur dans la région de l’Asie de l’Est, aux côtés des Etats-Unis. En s’alliant stratégiquement à l’OTAN et en appuyant tout élargissement potentiel aux pays de l’Est, l’Australie cherche à relier le traité ANZUS – signé par l’Australie, la Nouvelle-Zélande et les Etats-Unis – au pacte de l’Atlantique Nord. Les pays européens sont majoritairement perçus comme des alliés essentiels. Lors de l’opération Interfet (Force internationale pour le Timor oriental) dirigée par l’Australie au Timor oriental, le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Irlande, la France, l’Italie et le Portugal ont apporté de généreuses contributions en personnel militaire. Pour l’Australie, les Européens sont aussi d’importants partenaires dans le domaine de l’armement malgré la forte dépendance australienne vis-à-vis du matériel militaire américain.

Foreign and Commonwealth Office (London)Les relations bilatérales qu’entretient Canberra avec les différentes capitales européennes oscillent souvent entre intimité et froideur. Avec le Royaume-Uni (à gauche), le lien est avant tout intime, presque familial, puisque l’identité culturelle australienne est fortement marquée par l’héritage colonial européen (environ 80 % des Australiens auraient un ancêtre britannique). L’Australie joue sur le partage d’une histoire et de valeurs communes pour promouvoir des accords de défense et une alliance accrue dans le domaine de la sécurité internationale. Si le choix de Londres d’intégrer la Communauté économique européenne en 1973 a minimisé l’importance du Commonwealth, la proximité culturelle a su préserver des relations politiques, culturelles et économiques privilégiées, Londres étant le quatrième partenaire de l’Australie après les Etats-Unis, la Chine et le Japon.

Ministère des Affaires étrangères (Paris)Avec la France (à droite), les relations sont un peu plus distantes et, ce, pour des raisons plus historiques qu’idéologiques. Au XIXe siècle, la progression française dans le Pacifique a été perçue comme une menace pour les colons anglais du continent australien. Pour s’opposer à la politique impérialiste de Napoléon  et à ses visées dans le Pacifique, les Australiens ont occupé en 1803 l’île de Tasmanie au nom de la couronne d’Angleterre. En outre, les implantations françaises à Tahiti et en Nouvelle-Calédonie ont toujours été critiquées par la presse et certains politiciens australiens. En 1995, la décision de Jacques Chirac de reprendre les essais nucléaires dans le Pacifique a entraîné l’une des plus grandes campagnes francophobes du pays par les médias australiens. Plus récemment, c’est l’agriculture française qui a été considérée comme un frein aux échanges commerciaux. Les agriculteurs français sont régulièrement dépeints comme des assistés qui s’enrichissent grâce à la PAC et qui empêchent le développement international de leurs homologues australiens. Malgré cette querelle agricole, les relations économiques entre les deux pays sont loin d’être catastrophiques: Paris est le douzième partenaire économique de l’Australie.

Euraustralie

Malgré la crise économique et les désaccords agricoles, l’Australie et l’Union européenne demeurent des alliés de la première heure et continuent d’entretenir des relations de confiance, tant sur le plan économique que politique,  militaire, culturel et social. Tout comme les Etats-Unis, l’Australie maintient des relations diplomatiques tant avec l’UE – prise comme entité politique indépendante – qu’avec la totalité de ses membres. Les Australiens tendent toutefois à penser l’Europe comme la simple somme des politiques et stratégies nationales de chaque Etat membre.  Pour eux, l’expérience européenne ne saurait annoncer la fin du modèle westphalien de l’Etat-nation.


«On ne peut souligner assez la gravité de la menace pour l’existence de l’Etat du Pakistan que représente la progression continue des talibans, qui sont maintenant à quelques heures d’Islamabad“. Relayés par la plupart des médias occidentaux, les propos alarmistes – voire apocalyptiques – tenus par la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton ont provoqué l’hystérie générale aux Etats-Unis et dans le monde.

IslamabadA en croire l’ex-candidate à la Maison Blanche, les Talibans mènent une offensive qui pourrait leur permettre de forcer les portes du pouvoir à Islamabad (à droite) et le Pakistan tout entier risque de tomber entre leurs mains d’un jour à l’autre. En effet, depuis plusieurs semaines, les évènements s’accélèrent, faisant croître l’inquiétude en raison de la possession par Islamabad de l’arme nucléaire. A l’heure d’écrire cette note, les positions talibanes auraient été localisées à 100 kilomètres de la capitale, dans le district de Buner. Mais la situation reste incertaine et peut évoluer d’un instant à l’autre. Et si les Talibans réussissaient vraiment à s’emparer du pouvoir politique et à se servir de l’arsenal nucléaire, provoquant ainsi une catastrophe mondiale dont personne ne saurait être épargnée ?

Face à cette angoisse collective, il est important de remettre les pendules à l’heure, de replacer les évènements dans leur contexte, de prendre du recul sur une situation géopolitique encore mal comprise et de rejeter les allégations naïves de certains dirigeants pour ne pas céder à la panique générale. Quittons le domaine de la science-fiction et reprenons un peu notre sérieux et notre bon sens géopolitique: ce n’est pas demain que des hordes de barbus enturbannés entreront dans Islamabad.

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Tout d’abord parce que ce n’est pas 15 000 insurgés talibans qui viendront à bout des quelques 1 450 000 soldats que dénombre l’armée pakistanaise. En tant que garante de la cohésion nationale du pays, cette dernière ne laissera jamais les Talibans accéder au pouvoir. En dernier recours, l’armée américaine n’hésitera pas à venir aider leurs alliés pakistanais à sécuriser leur arsenal nucléaire. Non, il n’y a pas vraiment de menaces militaires sérieuses.

Au Pakistan, la question talibane ne doit pas se poser en termes de conquête militaire mais bien en termes de conquête des esprits. Etre Taliban, c’est avant tout une conviction politique et religieuse, un état d’esprit. Mais là encore, inutile de s’affoler. La plupart des Talibans pakistanais sont des Pachtounes, ethnie minoritaire honnie du reste de la population pakistanaise et qui ne représente qu’un très faible pourcentage (environ 1 %) de la population du pays. Pas de quoi représenter une menace politique existentielle pour l’Etat pakistanais.

PakistanCertains pourraient objecter avec raison que l’armée pakistanaise joue un double jeu : d’un côté, elle lutte contre le terrorisme aux côtés de Washington, de l’autre elle entretient des liens avec les Talibans. Personne ne renie ce fait avéré, pas même l’armée pakistanaise qui a déjà tenté à plusieurs reprises de parlementer avec les insurgés talibans. Mais au-delà de ces liens suspects qui peuvent en inquiéter plusieurs, il faut plutôt s’interroger sur la logique d’un tel rapprochement. Pourquoi l’armée pakistanaise nourrit-elle des liens avec les Talibans ?

La réponse est simple, à condition de connaître un temps soit peu l’histoire du Pakistan. L’armée pakistanaise souhaite utiliser les Talibans contre son ennemi de toujours, sa plus grande obsession politique: l’Inde. Si l’armée pakistanaise entretient des liens avec les Talibans, c’est moins par adhésion idéologique que par calcul stratégique. L’armée pakistanaise n’a que faire d’une idéologie conservatrice et rétrograde , qu’elle désapprouve largement. A ses yeux, les Talibans ne sont ni plus ni moins qu’une arme future contre l’ennemi indien.

Armée pakistanaiseCette géostratégie explique en partie les enjeux du conflit actuel entre l’armée pakistanaise et les insurgés talibans. Le dilemne de l’Etat pakistanais, qui doit jongler entre ses intérêts stratégiques nationaux et les gages qu’il se doit de donner aux Américains, devient plus cohérent, à défaut d’être plus légitime. Cette situation ambiguë ne risque toutefois pas de perdurer bien longtemps. La probabilité d’un coup d’Etat des militaires au Pakistan – qui permettrait à l’armée de reprendre la totalité du contrôle politique -  est de plus en plus imminente selon certains experts. Le retour de l’armée au pouvoir entraîneraît alors un regain de patriotisme et une stabilité politique qui émousseraient la menace talibane. Le monde pourra alors dormir tranquille.


Le monde du silenceLes plongeurs de la Calypso virevoltent dans l’eau bleue, mais la star de la séquence s’appelle Jojo. Jojo-le-mérou. Comique cabotin. Parfait… Cousteau et ses hommes palment dans des châteaux de corail où s’embusquent des calmars aux teintes électriques et des nuages de poissons biscornus ou colorés : murènes et poissons-anges, poissons-coffres et poissons-papillons… Splendeurs de la mer Rouge… Dans l’océan Indien, un drame se noue : des requins dévorent un bébé cachalot… Danse de mort. Mais les tortues géantes d’Aldabra pondent dans le sable… Larmes de vie.

Documentaire français de Jacques-Yves Cousteau et Louis Malle.
1h26, Sélection officielle du Festival de Cannes 1956 (Palme d’or), Oscar du meilleur documentaire en 1957.
Avec Jacques-Yves Cousteau (lui-même), Frédéric Dumas (lui-même), Albert Falco (lui-même), André Laban (lui-même) et Simone Cousteau (elle-même).
Note : 17/20

C’est à l’occasion d’une rétrospective Louis Malle, projetée à la Cinémathèque d’Helsinki, que j’ai pu revoir ce chef-d’œuvre du cinéma français. Ce film est si exceptionnel qu’il mérite à plus d’un titre d’être souligné : c’est le premier long-métrage sous-marin à être entièrement tourné en couleurs et le premier documentaire à remporter une Palme d’or au très select Festival international du film de Cannes. C’est aussi accessoirement le premier film de Louis Malle, génial cinéaste qui allait nous donner un magistral Ascenseur sur l’échafaud, une truculente Zazie dans le métro ou encore un émouvant Milou en mai.

Véritable odyssée d’exploration des fonds sous-marins, Le monde du silence nous entraîne dans les profondeurs de la mer Rouge, de la mer Méditerranée, de l’océan Indien et du golfe Persique. Grâce à un équipement technique des plus sophistiqué (scaphandres autonomes à air comprimé, scooters sous-marins, caméras sous-marines), l’équipage de La Calypso, commandé par le sympathique Jacques-Yves Cousteau, observe et filme une faune et une flore aquatique aussi admirables que cruelles.

Un monde merveilleux que l’on découvre au travers de scènes inédites d’une fascinante beauté : le ballet des plongeurs portant des torches, l’attaque d’un cachalot blessé par des requins affamés ou encore le spectacle attendrissant de la naissance d’une tortue sur une plage des Seychelles. Un voyage inoubliable que je conseille à tous les amoureux de la mer.


les-metamorphoses-de-tintinLivre pionnier, écrit en 1984, soit un an après la mort d’Hergé, et fréquemment réédité depuis, Les métamorphoses de Tintin constituent la première étude critique des 23 albums canoniques des Aventures de Tintin. Puisant à la psychanalyse, à la sémantique et à la critique litéraire, Jean-Marie Apostolidès se livre à une enquête passionnante sur l’histoire de Tintin. D’où vient-il ? A-t-il seulement une famille ? Et des opinions politiques ? Quels sont ses rapports avec les femmes ? Comment Tintin vieillit-il ? A ces questions, et à beaucoup d’autres, ce livre répond, pour le plus grand bonheur des tintinologues de 7 à 77 ans. Où l’on voit peu à peu, derrière la figure militante de l’adolescent des années 30, un Tintin plus sceptique et tolérant qui, ayant rétabli la justice au bout du monde, abandonne son obsession du Bien et se retire à Moulinsart en compagnie d’un marin épris de boisson et d’un vieil original qui cultive son jardin…

Comme de nombreuses personnes à travers le monde, j’ai moi aussi été bercé depuis ma plus tendre enfance par les aventures de l’illustre reporter et de son non moins célèbre compagnon de route, Milou. C’est d’ailleurs en lisant leurs péripéties aux quatre coins de la planète que je me suis intéressé très tôt à la politique et aux enjeux internationaux. De son aventure chez les Soviets à celle chez les Picaros, en passant par son périple en Amérique ou au Tibet, Tintin a toujours représenté pour moi la quintessence de l’aventurier intrépide, à la fois symbole de perfection et exemple à suivre. Plus jeune, je m’identifiais aisément à ce personnage un brin espiègle qui découvrait le monde en tentant de le rendre meilleur. Encore aujourd’hui, le goût de l’aventure, la soif de connaissance et le besoin de protéger mon semblable sont des traits de caractère que je partage avec le jeune journaliste à la houppette.

Tintin

C’est donc avec grand intérêt que le tintinophile que je suis a lu cet ouvrage, le premier à consacrer une analyse approfondie des vingt-deux albums du corpus des Aventures de Tintin. Dans son livre, Jean-Marie Apostolidès propose une véritable lecture multidimensionnelle de l’œuvre d’Hergé. Les aspects politiques, historiques, géopolitiques, psychologiques, culturels et sociaux sont tour à tour évoqués par l’auteur qui ne manquent pas d’étayer ses propos par une documentation riche et fouillée.

Si Apostolidès évoque la possibilité d’une lecture religieuse (Tintin comme figure christique) ou ésotérique (aventures initiatiques), son intérêt personnel le porte plutôt vers l’étude de la psychologie de l’œuvre. C’est ainsi qu’il scrute avec minutie les divers rêves et autres actes manqués commis par les principaux membres de cette « famille de papier » que sont le capitaine Haddock, le professeur Tournesol, la cantatrice Bianca Castafiore et, dans une moindre mesure, le couple de « cornichons d’eau douce » Dupont/Dupond.

tintin1Au-delà de ses interprétations psychanalytiques, l’auteur parvient à démontrer la profonde cohérence de la saga tintinesque. Tout d’abord, par l’aspect chronologique de l’apparition des principaux personnages. A partir du couple Tintin/Milou des premiers albums, vont apparaître deux autres figures emblématiques, Haddock et Tournesol. Leur irruption dans la vie de Tintin entraînera la marginalisation progressive de Milou, qui se cantonnera désormais au monde animal. Dans cette nouvelle famille réunie, Tournesol acquerra rapidement la stature du père, la Castafiore celle de la mère. Le jeune moussaillon et le vieux loup de mer se verront attribuer les fonctions de fils, le premier jouant le rôle de « l’enfant trouvé », le second celui de « l’enfant bâtard ».

Dans un second temps, l’auteur se propose de répartir les vingt-deux albums en trois ensembles distincts, trois phases de développement psychologiques : l’épique, l’héroïque et le domestique. Dans la phase épique, le héros est tout-puissant. Sa lutte contre le mal, toujours couronnée de succès, lui assure une notoriété planétaire, que ce soit dans des pays réels (Congo, Etats-Unis, Chine, Ecosse) ou imaginaires (San Theodoros, Syldavie). L’entrée en scène du capitaine et du professeur ouvre la phase héroïque. Ramené à une dimension plus humaine, Tintin demeure toujours un héros mais le monde extérieur limite sa toute-puissance. La phase domestique, centrée quasi intégralement sur la vie à Moulinsart, coïncide avec l’arrivée de Lampion et d’Abdallah. Ces nouveaux venus viendront brouiller définitivement les frontières autrefois bien nettes entre le Bien et le Mal.

Tintin

Qui dit lectio dit selectio. Si certains albums font l’objet d’une analyse minutieuse (Le temple du soleil, Les bijoux de la Castafiore, Tintin au Tibet), d’autres ne donnent lieu qu’à de rapides et décevants survols (L’île noire, Tintin au pays de l’or noir). De la même façon, certains personnages ne retiennent guère l’attention de l’auteur (Nestor, Szut). La sexualité du héros principal (sa misogynie apparente, sa probable homosexualité) n’est que trop brièvement évoquée. Ce sont mes seuls reproches à cet ouvrage à la fois passionnant, captivant et éclairant sur de nombreux aspects de l’œuvre impérissable de Georges Rémi. Un livre que j’ai dévoré en l’espace de quelques heures et  dont je suggère la lecture à tous les tintinophiles, tintinologues, tintinomanes et autres tintinolâtres. En route pour l’aventure,  mille sabords !


Dans la série des belles découvertes, Turku est probablement la ville qui m’aura le plus fasciné au cours de mon séjour en terre nordique. Son charme discret et son romantisme m’ont littéralement séduit. Un véritable coup de foudre que je me propose de vous faire partager. Pérégrinations urbaines à la découverte d’une Finlande insoupçonnée.

A la demande générale, quelques photos de ce magnifique séjour dans l’ancienne capitale finlandaise.

Dans le train pour Turku, confort et détente dans un compartiment privé

Dans le train en direction de Turku

Accueil insolite à la gare

Le Palmier de Finlande à Turku

Vélos sous la neige, près de la gare

Vélos sous la neige
Cour intérieure du château de Turku

Cour intérieure (Château de Turku)

Eglise du château de Turku

Eglise (Château de Turku)

Architecture nordique, dans le centre-ville

Centre-ville de Turku

Yliopistonkatu, principale artère commerciale du centre-ville

Centre-ville de Turku

Eglise orthodoxe

Eglise orthodoxe de Turku

Portails sur les quais de l’Aura

Quais de l'Aura (Turku)

Voilier sur les berges de l’Aura

Voilier sur l'Aura (Turku)

Esplanade du Musée des Beaux-Arts

Esplanade du Musée des Beaux-Arts de Turku

Un Cannois à Turku

Au château de Turku