A l’entrée du Club Soda où elle se produisait, une longue file de spectateurs impatients se pressaient pour l’entendre. En ce dernier jour du mois de juin, on aurait dit que le tout-montréal s’était concerté pour assister à l’unique représentation d‘Eliane Elias (ci-dessous) et de son quartet brésilien dans le cadre du Festival international de jazz de Montréal. Le spectacle affichait d’ailleurs complet, pouvait-on lire sur un écriteau de fortune. Privilégiés, donc, ceux qui ont pu (re)découvrir la muse pauliste de la bossa nova.

Eliane EliassL’artiste, qui a débuté sa carrière de pianiste aux côtés des plus grands musiciens brésiliens tels que Vinicius de Moraes ou encore Antonio Carlos Jobim, avait concocté pour cette soirée un florilège de classiques de la bossa (So danço samba, Garota de Ipanema, Chega de saudade) qu’elle a parfaitement su s’approprier, au point de donner l’impression, pour certains d’entre eux, qu’elle venait de les composer. De longues séquences d’improvisation ont permis au public d’apprécier la technicité toute en finesse de ses réarrangements.

Accompagnée d’un guitariste talentueux, d’un contrebassiste d’exception (qui n’était autre que Marc Johnson, son mari) et d’un batteur carioca, Eliane Elias a rendu un pétulant hommage à la bossa nova et à son mentor le célèbre chanteur bahianais Gilberto Gil en interprétant quelques chansons de son répertoire (Chiclete com banana, Ladeira da preguiça, Bananeira). Autre interprétation croustillante, celle de la chanson Rosa Morena, une samba écrite par Dorival Caymmi, avec laquelle la brésilienne n’a pas manqué de charmer un public déjà conquis d’avance.

Eliane Elias au pianoAucune fausse note lors de concert mémorable, si ce n’est la présence de photographes accrédités qui bombardaient la chanteuse de photos, ce qui la gênait visiblement. Il aura quand même fallu une demande spéciale de l’artiste pour que les hostilités cessent. Mais cette petite altercation n’a pas empêché les échanges endiablés entre la pianiste et son batteur qui semblaient bien s’en donner à cœur joie sur scène. Vers la fin du concert, l’insistance du public et l’appel de la musique ont certainement contribué aux deux rappels que l’artiste a gracieusement offerts à son auditoire. Madame Elias laisse une impression de fraîcheur, de chaleur et de simplicité que seuls les grands artistes de jazz savent dévouer à leur public. Il ne reste plus qu’à attendre son prochain passage à Montréal !

Pour ceux et celles d’entre vous qui connaissez la musique brésilienne, la liste ci-dessous reprend, dans l’ordre, les morceaux interprétés par la muse pauliste lors de ce concert :

1-     Ladeira da preguiça (version instrumentale)

2-     Call Me

3-     Chega de saudade

4-     They Can’t Take That Away From Me

5-     Bananeira

6-     Isto aqui o que é ?

7-     Só danço samba

8-     Rosa Morena

9-     Desafinado

10-   Garota de Ipanema

11-   Chiclete com banana

12-   A rã


C’était il y a deux ans et demie. Dans un article revenant sur l’élection présidentielle iranienne de 2009, je tentais de démystifier quelques postulats populaires trop souvent galvaudés par la presse européenne et américaine sur le régime iranien de Mahmoud Ahmadinejad. Ces derniers mois, des stéréotypes du même genre ont circulé dans de nombreux médias occidentaux au sujet du nucléaire iranien. Sur la table des négociations internationales depuis près de dix ans, ce dossier est loin d’être réglé et continue de raviver les fantasmes et les peurs d’une opinion publique occidentale très sensible aux questions de sécurité internationale. Rétrospective et logique géopolitique du programme nucléaire iranien.

Une coopération nucléaire pour endiguer l’Union soviétique

C’est dans les années 50 que les premiers programmes nucléaires iraniens sont lancés, avec l’appui des Etats-Unis. A l’époque, le régime du Shah est considéré comme un allié fiable et stable sur lequel les Américains peuvent compter pour enrayer la menace communiste. Après la ratification du Traité de non-prolifération – le fameux TNP – en 1970, une première centrale est construite en 1975 par la société allemande Kraftwerk Union. Quatre ans plus tard, la révolution islamique porte un coup fatal à la coopération technologique en matière nucléaire entre Téhéran et Washington. Relancé tant bien que mal après 1979, le programme nucléaire iranien galvanise une nation en guerre lors du conflit qu’elle mène avec le régime irakien de 1981 à 1988. En 1995 et en 1996, la République islamique d’Iran signe deux contrats successifs avec la Russie et la Chine afin de s’approvisionner en uranium.

Le retour inexorable de la puissance iranienne

La poursuite du développement nucléaire de l’Iran se justifie de manière plus significative depuis 2001. La donne géopolitique se transforme presque subitement avec les attaques américaines contre le régime des talibans en Afghanistan puis, l’année suivante, contre celui de Saddam Hussein, en Irak. En réalité, ces deux incursions s’inscrivent dans le nouvel agenda politique de l’administration Bush pour le Moyen-Orient : l’instauration de gouvernements démocratiques qui suppose, en contrepartie, l’éviction de ceux qui ne correspondent pas à cet idéal. La suite est tristement connue : les régimes afghan et irakien tombent en peu de temps mais les nouveaux gouvernements, créés de toute pièce par les autorités américaines, doivent composer avec une situation chaotique.

Témoin des développements politiques désastreux à ses frontières, où se profile le spectre de la guerre civile, Téhéran se sent plus que jamais menacée par la perspective de subir le même sort que ses deux voisins, en d’autres termes d’ « être le prochain sur la liste ». La théocratie iranienne souhaite échapper au projet américain de démocratisation du Moyen-Orient par tous les moyens. Elle mise ainsi sur l’arme nucléaire pour dissuader Washington de s’ingérer dans son pré-carré national. Ce calcul stratégique se base sur la théorie classique de la dissuasion nucléaire.

L’arme diplomatique ou la vraie menace iranienne 

Pour prendre la véritable mesure de l’évolution de la puissance iranienne, il faut non seulement tenir compte de son insertion régionale (rendue possible grâce à l’élimination du régime de Saddam Hussein) et de son activisme dans le monde islamique (en tant que chef de file du courant chiite) mais également de ses ambitions en tant que puissance internationale jouant pleinement son rôle dans la mondialisation.

L’Iran actuel cherche à se faire entendre sur la scène internationale, par tous les moyens. En amplifiant son programme nucléaire, Téhéran ne cherche ni à rayer l’État juif de la carte, ni à écraser la Turquie ou à triompher de l’Arabie saoudite, sa grande rivale mais à jouer un rôle international prépondérant, à l’image des autres nations émergentes comme la Chine, l’Inde ou encore le Brésil. Téhéran s’est ainsi lancée ces dernières années dans une stratégie mondiale de recherche d’alliés  qui peuvent être utilisés pour contester, de façon directe ou détournée, une hégémonie américaine de plus en plus lourde. Le régime iranien dispose désormais d’un vaste réseau international d’Etats en mesure de l’aider en cas de crise majeure, pour contourner un embargo imposé par les pays occidentaux ou soutenir sa volonté d’indépendance.  Sur ce plan diplomatique, le régime iranien semble avoir trouvé des alliés et des interlocuteurs d’intérêts non négligeables. L’accord entre le Brésil, la Turquie et l’Iran sur le nucléaire en mai 2010 est venu renforcer cette nouvelle dimension géopolitique de l’Iran.

En détruisant le potentiel économique et social irakien, les Américains ont de facto donné le pouvoir régional au régime iranien, qui souhaite pleinement assumer ce rôle dans les plus cours délais, si ce n’est déjà fait. En raison de la crise financière et des échecs successifs de l’OTAN en Afghanistan, en Irak et en Libye, Téhéran comprend bien qu’une guerre sur son territoire ne constitue plus un risque majeur. Au contraire, elle détient dorénavant plusieurs moyens de pression qu’elle continuera à exploiter au niveau national (dissuasion nucléaire), régional (liens rapprochés avec le Hezbollah et le Hamas) et international (alliance conjecturelle avec les autres pays émergents).

Les sanctions internationales étant pour la plupart inefficaces, les Etats-Unis et l’Europe n’auront pas le choix de revenir à la table des négociations et/ou d’accepter l’existence d’un nouveau membre dans le club des nations nucléarisées.


Voilà près de trois mille ans que l’homme élabore idées et images de la Terre. Il a construit les grands mythes de la Création, parcouru le Moyen-Orient sur les pas d’Hérodote, repoussé les frontières des espaces connus grâce aux explorateurs et aux conquérants. Il a imaginé la Terre plate ou sphérique, ronde ou rectangulaire. Il l’a pensée peuplée de monstres dans ses zones inexplorées, centrée autour de Jérusalem, cernée par le fleuve Océan. Il a parfois même cru y reconnaître le paradis… Depuis deux siècles, la Révolution industrielle et les progrès des sciences ont accéléré la conquête du monde; conquête tout autant intellectuelle que militaire. Une fois la surface de la Terre parcourue, l’homme a voulu percer les secrets de ses profondeurs, sonder ses océans, connaître les mystères de son atmosphère. Il sait maintenant sa beauté de perle bleue perdue dans l’immensité de l’Univers. Il connaît aussi sa fragilité. Certes, il n’est plus de contrées à découvrir, mais la légende de la Terre est loin d’être achevée: écologie et démographie sont à présent deux maîtres mots de notre avenir et l’homme doit encore apprendre à protéger sa planète, de lui-même surtout.

On ne présente plus Yves Lacoste. Eminent géographe, chevalier de la Légion d’Honneur, père fondateur de l’école géopolitique française, professeur émérite à l’Université de Paris VIII, lauréat du prestigieux Prix Vautrin Lud, directeur-fondateur de l’Institut français de géopolitique et de la revue Hérodote, auteur d’importants ouvrages qui ont marqué son époque… Pour le géopolitologue, Yves Lacoste est un mythe vivant, une légende infatigable qui, à plus de 80 ans, ne lasse pas de surprendre. Il vient de publier l’année dernière une étude géopolitique sur la question post-coloniale, un sujet de prédilection.

Ce petit opus publié en 1996 invite au voyage. Des premières « enquêtes » d’Hérodote à la découverte de l’espace, en passant par les voyages de Marco Polo, les observations de Vidal de La Blache de Vasco de Gama et ceux de Christophe Colomb, Lacoste dévoile progressivement toute la magnificence, la splendeur, la somptuosité même de cette machine terrestre et des phénomènes naturels (et parfois moins naturels) qu’elle met brillamment en scène. Ici, c’est un soleil radieux dont les rayons caressent tendrement le visage; là c’est une nuit étoilée qui éveille les pensées les plus intimes. Et toujours ces quatre saisons, comme une roue sans fin, qui n’en finit plus de tourner.

De courbes rocheuses accentuées en relief plus vallonné, ce tour du monde en 148 pages ne laisse pas le lecteur indifférent. Il y a d’abord l’histoire d’un être singulier: l’Humain. Celui qui repousse les limites de l’inconnu, celui qui prend possession du territoire, celui qui laboure cette partie supérieure de la lithosphère que l’on appelle la croûte terrestre, enfin, celui qui, sans en avoir conscience, détruit la terre à coup de pesticides et de gaz d’échappement. Il y a ensuite toutes ces luttes d’influences pour le contrôle d’une plaine, d’une montagne, d’un littoral, d’une mer; et des ressources que l’on y recèle. Evidemment, car forcément, « la géographie ça sert d’abord à faire la guerre » pour reprendre le titre de l’une des premières oeuvres d’Yves Lacoste.

Et quelles guerres acharnées sur cette terre ! Tantôt pour consolider un empire commercial, tantôt pour s’accaparer les richesses d’un sous-sol ou d’un fond marin, tantôt pour répandre la primauté de sa foi aux quatre coins du monde. Heureuse et funeste, gracieuse et désastreuse, la légende la terre présente la particularité de ne pas être ancrée dans une réalité fixe. Elle se module, se remodule, se forme, se déforme, sans jamais véritablement donner un sens à son évolution. Son secret ? Personne n’a su le dévoiler, le mettre à jour. Et il n’est pas sûr que la terre se décide à livrer ses mystères tant que l’Humain voudra la dominer, une domination qui n’aura que pour point de chute sa propre annihilation.

Car la terre ne fait qu’un avec l’homme, une fusion cosmique maintes fois révélée mais toujours difficile à supporter pour l’Humain. Lacoste prend tout l’ampleur de ce défi et propose une réconciliation entre la race humaine et la planète terre, une réconciliation qui se veut comme un retour à l’essentiel, à l’origine des choses et qui ne passera que par une prise de conscience générale de la symbiose existentielle qui lie l’Humain à la terre. Un livre à lire et à relire.


A vol d’oiseau, environ 2800 kilomètres séparent Helsinki de Tunis, la capitale africaine la plus proche du territoire finlandais. Malgré cette distance, la Finlande entretient depuis plusieurs années une présence étroite et continue sur le continent africain, plus particulièrement dans la zone sub-saharienne. Si les objectifs avoués du gouvernement finlandais dans cette région sont l’éradication de la pauvreté et la promotion du développement durable, des considérations de politique intérieure peuvent également expliquer ce penchant humanitariste.

Lancée en 2009 sous le gouvernement centriste du premier ministre Matti Vanhanen (ci-desous, en compagnie de son homologue tanzanien), la nouvelle politique africaine de la Finlande mise avant tout sur l’expérience finlandaise en matière de coopération de développement pour favoriser la stabilité et l’amélioration des conditions socio-économiques en Afrique. L’établissement d’un secteur privé dynamique et entreprenant, la consolidation des échanges commerciaux à l’échelle continentale et internationale, le renforcement de la démocratie multipartite et de la participation des citoyens, la prévention des conflits et la maîtrise des migrations constituent les points d’orgue de l’approche finlandaise. Elle a également pour objet d’élargir son champ d’action : aux partenaires de la première heure (Ethiopie, Tanzanie, Mozambique, Kenya, Zambie) se sont ainsi joints de nouveaux partenaires, tels que la Somalie, le Soudan, la République centrafricaine ou encore l’Afrique du Sud. Dans un contexte africain marqué par la crise économique, l’insuffisance des infrastructures, la raréfaction des denrées alimentaires et la faiblesse chronique de la gouvernance démocratique, l’aide finlandaise au développement se manifestent à tous les niveaux : bilatéral, européen et international.

Au niveau bilatéral, la Finlande souligne entre autres l’importance des questions climatiques et environnementales. En ce sens, elle finance notamment deux projets dans les bassins du Nil et du Lac Victoria à hauteur respectivement de 5 millions d’euros et de 2 millions d’euros sur 4 ans. Il s’agit dans les deux cas de soutenir une gestion égalitaire et durable de la ressource aquifère dans ces deux régions. En tant que membre de l’Union européenne, la Finlande met également l’accent sur le commerce, l’infrastructure et l’intégration régionale au sein de l’Union africaine. Dans le cadre du Fonds fiduciaire UE-Afrique pour les infrastructures créé en 2007, Helsinki s’est engagée à financer jusqu’à concurrence de 5 millions d’euros des projets visant le soutien des infrastructures dans plusieurs zones sub-sahariennes. Par ailleurs, le gouvernement finlandais vient de consacrer 3,9 millions d’euros sur la période 2009-2011 pour la construction de réseaux de distribution de l’eau et d’installations sanitaires en Afrique de l’Ouest. En outre, la Finlande participe également aux efforts internationaux de développement du continent africain à travers sa participation au sein de l’ONU, de la Banque mondiale, du Fonds monétaire international ou encore du Comité d’aide au développement de l’OCDE. Dans cette perspective, la collaboration de la Finlande à la mise en œuvre de l’Accord de l’ONU pour la lutte contre la désertification s’est élevée à plus de 2 millions d’euros.

Indépendamment du rôle développementiste que s’est donnée la Finlande en Afrique, la politique finlandaise dans ce coin du globe résulte en partie des problématiques liées à l’immigration. En Finlande comme dans la majorité des pays développés, l’immigration africaine est souvent stigmatisée, marginalisée, quand elle n’est pas tout bonnement remise en cause par les mouvements populistes et nationalistes. Preuve accablante d’un manque de dialogue interculturel, un « malaise social » s’est durablement installé dans la société finlandaise. Pour preuve, la progression fulgurante du parti nationaliste Perussuomalaiset (Parti des Vrais Finlandais, en finnois) qui a obtenu 19 % des suffrages, soit un gain de plus de 50 %, lors des dernières élections législatives en avril dernier. C’est ainsi que certains parlementaires font le calcul politique qu’il est plus avantageux de développer le continent africain que de tenter une hypothétique conciliation sociétale : un développement accru de l’Afrique pourrait entraîner, selon eux, un recul du phénomène de l’immigration en Finlande; l’acquisition d’un meilleur niveau de vie dans leur pays inciterait moins les Africains à immigrer vers le nord. Pourtant, selon les statistiques du gouvernement finlandais, l’immigration en provenance d’Afrique est loin d’être massive ou de menacer l’ethnie finlandaise comme le laissent à penser les rumeurs. En 2010, les immigrants africains ne représentaient que 10,5% de l’immigration totale. Parmi ceux-ci, les groupes nationaux les plus présents sont les Somaliens (4%), les Nigériens (0,8%), les Congolais (0,8%) et les Soudanais (0,7%). Ces chiffres sont évidemment sans commune mesure avec ceux observés parmi les immigrés Estoniens (17%), Russes (17%) et Suédois (6%) qui constituent les groupes communautaires les plus importants dans ce pays nordique.

Coupant court aux allégations mensongères le plus souvent colportées par les milieux populistes, dont le seul désir est, sinon de suspendre, du moins de durcir la politique d’immigration, de nombreux colloques et autres symposiums sont organisés ponctuellement par des universitaires et différents acteurs de la société civile pour tenter de susciter un dialogue plus constructif (ci-haut, des enfants sont initiés au concept de tolérance et du vivre-ensemble dans une école de Vantaa, près d’Helsinki). Le prolongement de la crise financière et le raz-de-marée politique qu’ont provoqué les révoltes arabes risquent certainement d’enflammer pendant longtemps encore les débats à l’Eduskunta, nom donné au parlement finlandais, au sujet d’une immigration africaine galopante et de la capacité de la Finlande à accueillir ces immigrés et leur famille.

Pour aller plus loin:

* Africa in Finnish Foreign Policy, document d’information publié en 2010 par le gouvernement finlandais.

* Le rapport 2010 du gouvernement finlandais sur ses activités de coopération de développement.

* La politique finlandaise de développement pour l’Afrique, document d’information du gouvernement finlandais.

* Le Ministère de l’immigration compile et publie sur son site des données statistiques depuis 2005.


Perçus le plus souvent comme décors lointains d’épopées romanesques peut-être improbables, l’Asie centrale et le Caucase ont longtemps échappé aux regards médiatiques et aux analyses documentées. L’invasion de l’Afghanistan aggrava le processus de déconstruction de l’Union soviétique; l’implosion de cette dernière provoqua le déclenchement de guerres civiles dans le Caucase et de profondes turbulences en Asie centrale. Sur cette toile de fond déjà brouillée, les attentats du 11 septembre 2001 ont alors entraîné les États-Unis dans un combat vengeur en Afghanistan. D’un seul coup, dans l’espace régional entier couvert par cet ouvrage, des enjeux encore flous se précisèrent. La visibilité des ramifications du terrorisme oblige les États à adopter de nouvelles postures. Dans l’amorce d’un nouveau «Grand jeu» diplomatique, les impératifs de sécurité internationale s’imbriquent dans la complexité des réalités ethniques et religieuses et les convoitises économiques s’attardent plus encore sur l’important potentiel énergétique et minier de la région. Cet ouvrage collectif analyse ces principaux enjeux ; il articule clairement les contributions des auteurs autour d’une problématique soulignant que la sécurité du Caucase et de l’Asie centrale est désormais mondialisée.

Bien que la publication de cette étude universitaire remonte à 2004, il est frappant de constater qu’elle demeure toujours d’actualité sept ans plus tard. C’est que la plupart des évènements donnés pour majeurs et qui se sont déroulés ces dernières années dans les régions de l’Asie centrale et du Caucase n’ont eu qu’un impact limité sur les principaux défis économiques et politiques auxquels sont encore aujourd’hui confrontés les pays centre-asiatiques et caucasiens. La révolution des tulipes du 24 mars 2005 et le renversement consécutif du président kirghize Askar Akaïev; la répression massive du gouvernement ouzbek à Andijan le 13 mai 2005 suite à une insurrection prétendument pacifiste; l’éclatement de la crise russo-géorgienne le 8 août 2008 en véritable conflit visant les républiques sécessionnistes d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud; tous ces soubresauts politiques – à l’exception peut-être de l’entrée en vigueur du Traité de Semipalatinsk visant l’instauration d’une zone exempte d’armes nucléaires en Asie centrale – n’auront finalement que très peu modifié la donne géopolitique dans la sphère post-soviétique.

Bien au contraire, les évènements récents sont plutôt de nature à aggraver et à envenimer une situation très instable qui menace d’imploser à tout moment. Une répression politique massive à l’égard des opposants, une corruption endémique qui affecte l’ensemble des rouages de chaque Etat, une percée grandissante de l’extrémisme religieux au sein des populations locales, des litiges frontaliers toujours en suspens, des conflits sporadiques le plus souvent reliés à la question de l’eau ou à celle des ressources énergétiques et minières, un trafic de stupéfiants qui prolifère à partir de l’Afghanistan voisin et une imbrication complexe d’intérêts de puissances extérieures telles que la Russie, la Chine ou les Etats-Unis favorisent l’instabilité de l’Asie centrale et du Caucase, ce qui par le fait même hypothèque gravement l’avenir de la région. Une région qui à la lecture de ce livre est loin d’avoir complété sa transition post-soviétique.

L’approche multidisciplinaire de cet ouvrage académique permet de mieux appréhender la complexité des différents enjeux nationaux et régionaux ainsi que leurs ramifications à l’international. Ainsi, à la grille d’analyse de Peter Konecny et de Guy Morissette qui privilégie un cadrage historique (culture clanique pré-coloniale; legs de l’époque tsariste; héritage du soviétisme) se relaient celles de Frédéric Lasserre ou de Thomas Juneau, plus focalisées sur les aspects géopolitiques (ambition russe de reconquête d’une influence momentanément perdue; intérêts retrouvés de la Chine, de l’Iran et de la Turquie; intervention récente des États-Unis). Alors que Pierre Jolicoeur et Isabelle Facon préfère analyser les perspectives militaires et sécuritaires des conflits ethniques du Caucase (Tchétchénie, Nagorno-Karabakh, Ossétie du Sud, Abkhazie), Jeremy Gunn et Yuriy Matashev s’attardent sur les raisons de la montée de l’extrémisme islamique dans une région centre-asiatique pourtant peu éduquée en matière religieuse (répression du fait religieux et promotion de l’athéisme sous l’ère soviétique; syncrétisme culturel et cultuel). Enfin, Emmanuel Gonon et Jérôme Le Roy introduisent une clé de compréhension économique en mettant l’emphase sur les projets de coopération régionale (gestion des voies d’exportations des hydrocarbures; désenclavement régional en matière de transport routier, ferroviaire et maritime; naissance d’une nouvelle route de la soie). Ce tour d’horizon très instructif est présenté par Gérard Hervouet, professeur à l’Institut québécois des hautes études internationales de l’Université Laval à Québec.

L’analyse de Matashev sur les sources de l’islam radical en Ouzbékistan m’a parue la plus intéressante mais également la plus inquiétante. Il est effectivement alarmant d’observer à quel point la mouvance islamiste a pu gagner en popularité alors que l’islam ouzbek, longtemps isolé des grands centres religieux musulmans (Arabie saoudite, Iran) du fait de la domination tsariste puis soviétique, s’est toujours défini comme un mélange d’hanafisme, de soufisme et de pratiques folkloriques populaires qui remonte à l’époque pré-islamique. Historiquement ancrées en Asie centrale, ces diverses dimensions religieuses – que l’on décrit souvent comme rationalistes et pacifistes – sont de nos jours concurrencées par des doctrines beaucoup plus rigoureuses et rigoristes importées de l’étranger.

Selon l’auteur, la première infiltration du radicalisme religieux aurait touché la région à la suite de l’invasion par l’Union soviétique de l’Afghanistan en 1979: de nombreux ouzbeks ont été conscrits et ont dû aller se battre dans les rangs de l’Armée rouge d’où plusieurs sont revenus en croyant avoir davantage en commun avec leurs cousins musulmans qu’avec leurs compatriotes soviétiques, sans parler de ceux qui ont fait défection pendant le conflit ou qui sont revenus amers de l’expérience de s’être battus contre leurs coreligionnaires. En conséquence, plusieurs soldats d’ethnie ouzbèke seraient devenus plus sympathiques à la cause de ces Afghans qui menaient une guerre sainte contre les infidèles russes que ces Ouzbeks savaient déjà corrompus.

Suite à l’effondrement de l’URSS, de nombreux jeunes ouzbeks, désorientés par cette expérience afghane traumatisante, auraient fréquenté des madrasas islamistes en Afghanistan, au Pakistan et en Arabie saoudite grâce aux subventions significatives saoudiennes. Ces dernières auraient été également attribuées pour la construction de nouvelles mosquées et pour la distribution massive de littérature islamique dans le but principal de soutenir l’idéologie wahhabite du régime saoudien. Aussi, le Parti de la Liberté (Hizb-ut-Tahrir), le Parti de la renaissance islamique et le Mouvement islamique d’Ouzbékistan ont-ils exercé un rôle majeur dans le développement de l’extrémisme religieux et du terrorisme en Ouzbékistan et, de manière plus générale, en Asie centrale.

Couplée à l’application d’une gestion stricte « à la soviétique » des questions religieuses, l’utilisation de méthodes très dures afin de supprimer la dissidence extrémiste (arrestations brutales et emprisonnements de masse, procès sommaires, contrôle de la presse religieuse, confiscation de la littérature islamique) a pu effectivement contribuer à radicaliser une population pauvre et à favoriser l’émergence de groupes islamistes voire terroristes. D’où la nécessité pour Matashev de la mise en oeuvre de réformes politiques promouvant la démocratie, les droits de l’homme et une liberté religieuse plus accrue. Cependant, en l’état actuel des choses, l’affaiblissement de la menace islamiste est loin d’être acquis pour le gouvernement ouzbek compte tenu de la répression étatique contre la mouvance islamiste, conséquence directe de la participation de l’Ouzbékistan à la lutte internationale contre le terrorisme.


Pièce importante du grand jeu asiatique, enclavée entre les deux puissances russe et chinoise, la Mongolie affiche une politique extérieure pour le moins originale depuis la chute du régime communiste mongol en 1992. Sa stratégie internationale vise plus particulièrement la préservation de l’intégrité territoriale et le maintien de la souveraineté nationale dans un pays où les gigantesques ressources minérales aiguisent l’appétit vorace de nombreux Etats. Cette posture défensive repose sur une stratégie concentrique comportant trois paliers ayant chacun pour but de garantir l’indépendance et la sécurité au pays de Genghis Khan.

Au niveau national, l’enjeu primordial pour Oulan-Bator est de disposer d’une force d’autodéfense et de sécurité à la fois efficace, moderne et compétente; et qui soit reconnue comme telle à l’étranger. En ce sens, les dirigeants mongols cherchent prioritairement à intégrer militairement leur pays dans la zone Asie-Pacifique. L’adhésion de la Mongolie en tant que membre observateur de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) en 2004 ou sa participation récente à l’exercice militaire Angkor Sentinel au Cambodge en mai dernier participent au renforcement des capacités militaires mongols. La Mongolie s’engage également dans de nombreuses opérations de maintien de la paix au sein de l’ONU. A l’heure actuelle, le pays déploie près de 150 militaires, soldats et observateurs, en Afghanistan, au Darfour, au Sahara occidental et en République Démocratique du Congo. Près de 900 militaires mongols ont également été dépêchés en Irak depuis 2003 (voir image de droite) pour soutenir la sécurité et la reconstruction nationale. Au-delà de cet engagement militaire, ces opérations menées à l’extérieur permettent aux forces mongoles d’acquérir en retour une expérience de terrain essentielle pour la sûreté du territoire mongol, en cas d’agression potentielle de Moscou ou de Pékin. Si ce petit Etat n’a évidemment aucune prétention de pouvoir un jour écarter la menace extérieure, son armée professionnelle lui procure un très relatif sentiment de sécurité.

Sur le plan régional, le principal défi des élites mongoles est de parvenir à un équilibre de l’influence des Chinois et des Russes en misant sur la forte concurrence économique et politique à laquelle se livrent ces derniers dans cet El Dorado nord-asiatique. Si la Chine, avec une part de marché représentant plus de 70 % des exportations mongoles, est sans contredit le premier partenaire économique de la Mongolie, la Russie en est indiscutablement son premier fournisseur. 100 % des hydrocarbures et 80 % du blé mongol proviennent de Russie, ce qui soulève un sérieux problème de dépendance qui n’a fait que s’aggraver au cours de la dernière décennie, avec notamment l’envolée des prix du gaz et des denrées alimentaires. Aussi, la Mongolie tente-t-elle tant bien que mal de maîtriser le niveau de pénétration économique de chacun de ses deux voisins. Suivant cette logique, tout accord politique, économique ou commercial conclu avec l’un sera inéluctablement contrebalancé par la conclusion d’un accord de même ampleur avec l’autre. La ratification le 6 janvier dernier d’un accord sur le nucléaire civil entre Moscou et Oulan-Bator vient d’être récemment compensée en juin par la signature d’une entente économique et stratégique à hauteur de 500 millions de dollars entre Pékin et Oulan-Bator. Il en va de même pour les visites officielles: quelques semaines seulement auront séparé la visite de courtoisie du président mongol Tsakhiagiin Elbegdorj à Moscou (ci-haut), du 30 mai au 3 juin, de celle de son premier ministre Sukhbaatar Batbold à Pékin (ci-contre), effectuée du 15 au 17 juin. Cette subtile manœuvre d’équilibre des puissances allège quelque peu les inquiétudes économiques de ce pays encore très pauvre et plus que jamais dépendant de son voisinage.

La scène internationale est l’ultime volet de cette stratégie de desserrement de l’étau russo-chinois qui asphyxie petit à petit la marge de manœuvre politique des dirigeants mongols. Pour ces derniers, il s’agit de créer de nouvelles alliances stratégiques à l’étranger, sans toutefois provoquer les susceptibilités économiques et commerciales des Russes et des Chinois. Dans cette ordre d’idée, la Mongolie entretient des liens très étroits avec le Japon, les Etats-Unis, le Danemark ou encore l’Allemagne, pour ne citer que ceux-là. Ces coopérations bilatérales s’organisent à tous les niveaux: économique et commercial (dans le cadre du marché unique, avec plusieurs pays membres de l’Union européenne), politique (en tant que médiateur ponctuel dans le conflit nord-coréen, pour le Japon) et militaire (en tant que membre de la coalition en Irak, avec les Etats-Unis). La vulnérabilité économique de ce pays explique en grande partie les efforts importants entrepris par l’Etat mongol auprès des grandes chancelleries occidentales et asiatiques afin d’attirer de nouveaux investisseurs, notamment dans le secteur des infrastructures dont le pays a grandement besoin. Mais l’aide promise par les différents gouvernements tarde souvent à se concrétiser et la crise économique actuelle, qui frappe de plein fouet les principaux pays donateurs, risque de freiner leur élan charitable.

En attendant les retombées de la rente tirée de l’exploitation minérale, la Mongolie reste toujours un pays en voie de développement où le mode de vie nomade concerne encore près d’un tiers de la population. Le fonds souverain, que l’Etat mongol a créé en 2009 à l’image de celui de la Norvège, devrait pouvoir soutenir dans un futur proche le développement nécessaire de ses infrastructures économiques et sociales et lui permettre une relative autonomie financière. En dépit de ce potentiel, le haut niveau de corruption dans l’attribution des licences d’exploitation de gisement minier au sein même de l’administration mongole demeure un énorme obstacle.

Pour aller plus loin:

*Mongolia’s Geopolitical Gambit, analyse géopolitique d’Alan M. Wachman.

*Le site présidentiel du chef d’Etat mongol.

*Mongolie: création prochaine d’une co-entreprise avec la Russie, article d’Erik Burgos publié sur le site du magazine Diplomatie.

*La fiche signalétique de la Mongolie sur le site de l’Université de Laval.


Cela fait exactement un an, 4 mois et 9 jours que je n’ai pas écrit d’articles sur ce blog. Ce n’était pourtant pas l’inspiration qui manquait. La scène internationale offre suffisamment à voir de bouleversements économiques, sociaux et politiques pour que le géopolitologue y trouve une source intarissable de réflexion, d’analyse et de questionnement intellectuel. D’autant plus qu’il serait absurde de conjecturer sur l’inconséquence de certains évènements sur la stabilité générale du monde dans les années à venir. Je pense ici à la catastrophe aérienne de Smolensk, en Russie, qui semble avoir insufflé un renouveau politique dans les relations russo-polonaises; à l’investiture de la première femme à la tête de l’Etat brésilien qui devrait assurer la continuité des politiques de son successeur et amener ce pays émergeant à jouer un rôle de premier plan sur les dossiers internationaux; au scandale politique internationale soulevé par les révélations du site internet WikiLeaks qui aura marqué une prise de conscience plus ou moins généralisée de l’émergence de nouvelles menaces électroniques sur la sécurité des Etats; à l’enlisement de la crise financière grecque qui témoigne de façon manifeste l’incapacité chronique de l’Union européenne à répondre aux défis économiques du XXIe siècle; ou encore à la révolte arabe qui tout en menaçant la stabilité régionale – plus ou moins péniblement acquise au cours des 30 dernières années – bouleverse de façon brutale les alliances dans le monde musulman.

Un an sans écrire, donc. Mais il arrive parfois un moment où l’on éprouve le besoin de s’arrêter un temps, de prendre du recul sur soi, de faire le vide autour de soi, de réfléchir rétrospectivement au sens que l’on donnait à sa vie et, par conséquent, d’en redéfinir les buts et les objectifs au gré des évènements dont on n’est malheureusement pas toujours le maître. Voilà un vaste programme qui ne s’annonçait pas de tout repos. Bien vite, je me suis rendu à l’évidence que cet exercice était nettement plus facile à concevoir qu’à réaliser: la tâche me paraissait plus que fastidieuse. En général, l’activité introspective permet à l’individu qui la pratique de découvrir ses propres processus cognitifs et d’en retirer une meilleure compréhension. Si cette introspection peut parfois se révéler pénible et déstabilisante, elle n’en demeure pas moins nécessaire à la bonne constitution psychique et mentale d’un être humain. Après avoir voyagé par monts et par vaux, il me fallait en fait retrouver un nouveau port d’attache, un point d’ancrage stable d’où je puisse momentanément me ressourcer… avant de repartir éventuellement à l’aventure, vers d’autres horizons.

Me voici donc à Montréal, en sol canadien, où je reprends ma route après quelques malencontreux incidents de parcours. Quel bonheur de pouvoir revenir dans cette ville toujours aussi chaleureuse et attachante, après y avoir étudié les relations internationales pendant près de 5 ans. J’aurai sans doute l’occasion de vous faire partager la passion que j’aie pour cette ville nord-américaine et son multiculturalisme. Je vous ferai découvrir à l’occasion le Montréal insolite, celui que les touristes ne connaissent pas. Du reste, je continuerai naturellement à porter un regard aussi attentif que critique sur l’actualité internationale, en privilégiant comme à mon habitude les sujets les moins souvent traités par les médias. Ainsi, l’organisation générale de mon blog reste inchangée. Au programme: des analyses géopolitiques, des fiches de lecture, des commentaires de films mais aussi des billets plus personnels sur mes états d’âme, mes voyages ou ma vie à Montréal. Perspectives géopolitiques est donc de retour sur la toile. Et toujours avec cette volonté constante de contribuer humblement à une meilleure connaissance des enjeux internationaux. Pour vous donner un peu l’eau à la bouche, je peux déjà vous dire que les prochains articles traiteront principalement de géopolitique mongole et africaine. Je vous convie également à suivre la série de billets que je prévois prochainement de consacrer à la politique de défense canadienne.

Enfin, je souhaite profiter de ce petit exposé introductif pour remercier chaleureusement ceux et celles parmi mes lecteurs qui ont toujours maintenu, malgré ma longue absence, un vif intérêt pour mon blog et les analyses que j’y développe. Vous avez été nombreux à me solliciter pour m’encourager et m’inciter à poursuivre mes analyses. Vos commentaires me sont plus que jamais précieux. N’hésitez surtout pas à me faire partager vos réactions qu’il me fera plaisir de publier et de commenter à mon tour sur l’interface de mon blog.


Qualifiée d’importance historique et planétaire par la communauté internationale, la signature jeudi dernier à Prague de NEW START, le nouveau traité de réduction des armements stratégiques nucléaires entre les Etats-Unis et la Russie, ne doit pas occulter la modestie des objectifs qu’il fixe et les profondes divergences opposant ces deux pays dans le domaine de la sécurité. En outre, la tendance mondiale actuelle à la nucléarisation minimise la portée concrète de cet accord.

Il faut dire que l’instrumentalisation de cet évènement politique par le président des Etats-Unis a été totale. Tout d’abord, par le choix du lieu de sa signature. Celui-ci s’inscrit dans le symbolisme mystifié que semble affectionner le président américain. C’est effectivement à Prague qu’Obama avait prononcé il y a un an, le 6 avril 2009, son grand discours contre la prolifération nucléaire. Le choix de la date ne tient pas non plus du pur hasard : le traité entre les deux superpuissances nucléaires, dont les arsenaux représentent plus de 95 % de l’armement nucléaire dans le monde, se tenait à une semaine du Sommet sur la sécurité nucléaire que conviera Washington les 12 et 13 avril prochain.

Pour autant, la portée de ce traité n’en reste pas moins négligeable en termes stratégiques. Ainsi, l’accord de Prague prévoit une réduction de 30 % de l’arsenal atomique russe et américain. Il impose en outre une limite de 1550 ogives nucléaires opérationnelles pour chacune des parties, soit une baisse de 74 % des objectifs du premier traité START. En outre, l’accord ne tient pas compte des ogives nucléaires non déployées ou en attente de destruction qui représentent pourtant un arsenal beaucoup plus important. Enfin, ce pacte institue un plafonnement de missiles très élevé que ni la Russie ni les Etats-Unis ne dépasse actuellement.

Dans une autre mesure, les nombreux désaccords entre Américains et Russes en matière de sécurité risquent de faire avorter toute coopération nucléaire dans le cadre de ce nouveau traité. Après les trois accords START de 1991, 1993 et 1997 et l’accord SORT de 2002, la viabilité de cet énième traité de réduction des armements stratégiques nucléaires reste précaire du fait de la témérité politique des deux protagonistes. L’annonce du Secrétaire d’Etat américain à la Défense Robert Gates selon laquelle la signature du nouveau traité ne menaçait pas la capacité de la Maison Blanche à poursuivre son programme d’installation d’un bouclier antimissile en Europe est d’ailleurs venue jeter de l’huile sur le feu.

Destiné à contrer une attaque hypothétique de missiles iraniens, ce projet américain a pendant plus de 8 ans envenimé les relations entre Washington et Moscou, la Fédération russe jugeant que les missiles déployés étaient trop proche de ses frontières. Le Kremlin a d’ailleurs menacé plusieurs fois d’installer des missiles balistiques Iskander dans la région de Kaliningrad pour riposter à un tel déploiement américain à ses frontières. Les récentes négociations américaines en vue de remanier ce projet – qui pourrait finalement voir le jour en Roumanie ou en Bulgarie – a de nouveau suscité la méfiance des Russes, tant et si bien que ces derniers se sont réservés une voie de sortie du traité si jamais les Etats-Unis venaient à installer un bouclier antimissile dans un ancien pays satellite de l’ex-URSS.

Par ailleurs, le traité NEW START est en complet décalage avec le contexte géopolitique actuel dans lequel il s’inscrit: un contexte marqué par la nucléarisation tous azimuts. Depuis le début du XXIe siècle, de nombreux pays se sont effectivement lancés dans la « course au nucléaire ». L’Iran, la Corée du Nord, l’Algérie, le Brésil, l’Argentine, l’Egypte, l’Arabie saoudite, le Japon, la Suède ou encore la Finlande ont tous misé sur le nucléaire, tantôt à des fins militaires, dans le but d’acquérir des armes de destruction massive, tantôt à des fins pacifiques, pour développer leur industrie nucléaire civile. Cette expansion rapide de l’énergie nucléaire, militaire ou civile, présente des risques évidents de prolifération et de sécurité que le traité NEW START ne règle pas le moins du monde.

Au-delà de la symbolique que représente cet accord pour les relations russo-américaines, les tensions internationales sur les questions nucléaires pèsent sur la sécurité du monde. Bien qu’elle soit peu probable à l’heure actuelle, une aventure militaire nucléaire aurait des conséquences apocalyptiques sur l’écosystème de la planète. Tant que la communauté internationale n’aura pas établi de distinction claire entre nucléaire civil et nucléaire militaire, une épée de Damoclès planera sur le destin de l’humanité.


Aucun traité international n’aura autant soulevé de querelles et de litiges entre Etats que celui du droit de la mer. En fixant le statut juridique des différentes zones maritimes (mer territoriale, zone économique exclusive, plateau continental), la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, signée à Montego Bay en 1984, a donné une impulsion nouvelle aux velléités expansionnistes et à la délimitation rigide des espaces maritimes.

A l’image de l’archipel japonais ou de l’Arctique, le bassin caribéen est lui aussi en proie à la résurgence des revendications frontalières maritimes. Outre la mainmise sur les ressources halieutiques et nutritionnelles dont recèlent la mer des Caraïbes, l’exploitation des ressources énergétiques et le contrôle des routes commerciales sont les principaux motifs incitant certains Etats du pourtour caribéen à contester la souveraineté d’un territoire ou d’une zone maritime. Petit panorama des revendications territoriales.

Malgré sa superficie de 5 km², l’île de Navasse (ci-contre) revêt une importance considérable pour la République d’Haïti qui revendique depuis plus de 150 ans la souveraineté de ce petit îlot aux Etats-Unis. La possession de cette île, située entre Haïti et la Jamaïque, permettrait aux Haïtiens d’accroître l’étendue de leur zone économique exclusive (ZEE) actuelle, aujourd’hui limitée du fait de la frontière terrestre avec la République Dominicaine et la proximité géographique des îles de Cuba, de la Jamaïque et des Bahamas. L’économie haïtienne locale pourrait en outre tirer profit d’une faune aquatique généreuse qui dynamiserait davantage son marché local. Occulté par le récent tremblement de terre, cet enjeu n’est pas perçu comme prioritaire par le gouvernement haïtien. De leur côté, les autorités américaines souhaitent maintenir leur présence dans une région hautement stratégique dans la lutte contre le trafic de drogue qui gangrène la région caribéenne.

Le partage des frontières terrestres et maritimes du golfe du Honduras (à gauche) opposent depuis le XIXe siècle le Belize et le Guatemala. Ce dernier revendique la totalité des possessions méridionales du Belize, soit la province de Toledo et les îles de Ranguana et Sapodilla. Le gouvernement guatémaltèque lorgne plus particulièrement le contrôle de ses deux îles qui pourraient à la fois permettre au pays d’élargir le périmètre de sa ZEE et de le doter d’un accès à la mer des Antilles. Depuis la reconnaissance officielle du Belize par le Guatemala en 1991, les discussions sont restées lettre morte, les concessions étant difficilement acceptables pour le Belize : pour pouvoir accorder au Guatemala un couloir maritime entre la mer territoriale du Belize et du Honduras, le Belize devrait renoncer à ses 12 milles de mer territoriale et les ramener à 3 miles.

De la même manière, la souveraineté de l’archipel colombien de San Andrés et Providencia (à droite) est remise en cause par le Nicaragua. Outre le potentiel touristique remarquable dont disposent ces îlots, les aspirations nicaraguayennes sont principalement dictées par un impératif économique, qui passe par l’extension de leur ZEE. Pour Managua, il s’agit d’ouvrir de nouvelles perspectives aux pêcheries et autres industries halieutiques dans un pays généralement reconnu comme l’un des plus pauvres d’Amérique latine. Le gouvernement colombien, quant à lui, n’a aucun intérêt à céder ces lopins maritimes qui lui appartiennent depuis 1928 et qui lui ont permis de bénéficier jusqu’à présent d’une manne considérable en matière de tourisme et de commerce de fruits. La perte de cette zone – stratégique pour le contrôle des routes commerciales en direction ou en provenance du Canal de Panama – désavantagerait par ailleurs la Colombie face à son rival vénézuélien.

Le golfe du Venezuela (ci-contre) présente une toute autre configuration géopolitique. Enjeu planétaire mondial et stratégique, le pétrole y est la principale source de tensions entre la Colombie et le Venezuela, tous deux non membres de la Convention sur le droit de la mer. La question de la délimitation de la frontière maritime colombo-vénézuélienne revêt donc ici une importance politique capitale. Il en va de la capacité des deux pays de peser d’un poids plus lourd dans le commerce mondial des hydrocarbures. Dans ce bras de fer entre Bogota et Caracas, le gouvernement vénézuélien est avantagé grâce à sa possession de la quasi-totalité du lac Maracaibo, où les réserves de pétrole sont les plus importantes.

Cocotiers, palmiers, plages de sable fin sur fond de ciel bleu… Derrière ce paysage idyllique se cache une réalité géopolitique plus préoccupante. Dans l’espace caribéen, les luttes d’influence pour le contrôle des espaces maritimes et de leurs ressources naturelles minent ponctuellement les relations entre Etats insulaires.

Ces tensions récurrentes sont un frein à l’établissement d’une coopération régionale durable dans des domaines aussi prioritaires que la protection de l’environnement maritime, la prévention des catastrophes naturelles ou encore la lutte contre le trafic de drogue. Si quelques initiatives ont déjà vu le jour, un règlement définitif de ces différends semble peu probable à moyen terme.

Pour aller plus loin:
* La Convention des Nations Unies sur le Droit de la Mer sur le site de l’ONU.
* L’Université de Caen propose un atlas de l’espace caribéen.
* Les Caraïbes dans la géopolitique mondiale, essai d’Eric Lambourdière et Al.
* L’Observatoire politique de l’Amérique latine et des Caraïbes de SciencesPo Paris.


Suspension des accords de coopération inter-coréenne, rejet des clauses de l’armistice de 1953, durcissement des positions diplomatiques, réouverture des installations nucléaires, reprise des essais souterrains, renouvellement des tirs de missile et de fusée. Depuis son retrait du TNP (Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires) en 1993, la Corée du Nord défie ponctuellement la communauté internationale. Dernière provocation en date: le lancement par Pyongyang vendredi dernier de tirs d’artillerie en Mer jaune dans une zone frontalière sensible avec la Corée du Sud,  pour le troisième jour consécutif.

Unanimement condamné par la communauté internationale, ce pied de nez diplomatique – qui n’a rien d’inédit en soi – s’inscrit dans la stratégie nord-coréenne visant à se doter d’une arme de dissuasion afin de pérenniser son régime et de négocier en position de force avec Washington. Pour autant, la communauté internationale, emmenée par la fermeté américaine, ne semble pas disposer à entamer des pourparlers avec Pyongyang et poursuit sa politique surannée d’isolement de la Corée du Nord. Au-delà des conséquences désastreuses de cette stratégie sur le plan économique et humanitaire, l’inaction profite globalement aux autorités nord-coréennes ainsi qu’aux Etats limitrophes qui n’ont aucun intérêt direct à désamorcer le jeu géostratégique qui se joue dans la région.

Pour la Chine, la Corée du Nord est un pion stratégique dont elle n’a nullement l’intention de se départir. Depuis la proclamation de la République populaire démocratique de Corée (RPDC) en 1948, le gouvernement chinois a toujours activement soutenu le régime de Pyongyang. Ce soutien se manifeste sous diverses formes: aide alimentaire, livraison de produits énergétiques, vente d’armes, transfert de technologie nucléaire. Principale alliée de la Corée du nord, la Chine s’oppose vertement à la stricte application des sanctions internationales qui pourraient à terme provoquer la chute du régime de Pyongyang et entraîner un afflux incontrôlé de réfugiés sur les 1300 kilomètres de sa frontière avec son voisin communiste. Par ailleurs, la Chine n’a pas intérêt à mettre en péril une relation économique mutuellement bénéfique. Le commerce bilatéral de la Chine avec la RPDC s’est soldé à 2,8 milliards de dollars en 2008, soit une augmentation d’environ 40 % par rapport à 2007. Quant aux exportations chinoises au pays de Kim Il-Sung, elles se sont élevées à 2 milliards de dollars l’année dernière. En outre, la Chine s’est vu attribuer la gestion de plusieurs installations portuaires nord-coréennes, ce qui lui procure un avantage commercial certain sur ses concurrents japonais et sud-coréens. D’un point de vue stratégique, le soutien de la Chine à Pyongyang assure au régime chinois la présence d’une nation amie à sa frontière sud-est, véritable zone tampon entre son territoire et celui de la Corée du Sud démocratique qui abrite environ 30 000 soldats et marins américains. Cela permet à la Chine de réduire son déploiement militaire dans la région pour se concentrer plus directement sur la question de l’indépendance de Taïwan. Par ailleurs, l’allégeance nord-coréenne à la Chine offre à cette dernière un rempart contre la domination militaire des Etats-Unis et la concurrence économique japonaise.

Pour la Corée du Sud, la capacité de nuisance du régime de Kim Jong-il n’a pas que des inconvénients. Sur le plan militaire, la menace nucléaire nord-coréenne – soutenue par la Chine – permet à Séoul de justifier la présence militaire américaine sur son territoire et le soutien diplomatique de Washington. Le maintien par l’armée américaine d’un important stock d’armement dans le pays lui épargne également de coûteuses dépenses en matière de défense. Sur le plan politique, le statut quo des relations inter-coréennes accommode une Corée du Sud désireuse de favoriser une évolution graduelle du conflit sans se lancer dans une aventure politique désastreuse. En effet, Séoul n’a aucun intérêt à voir s’effondrer le gouvernement de Pyongyang. Les coûts induits par une chute brutale du régime entameraient le dynamisme et la croissance économique du « dragon» sud-coréen. Il en va de même pour la question de la réunification des deux Etats: la volonté d’encourager la réunification avec le voisin du Nord est largement tempérée par les craintes de voir cette réunification déboucher sur des difficultés économiques et sociales auxquelles le Sud devrait faire face. La difficile reconversion de la Corée du Nord – dont l’économie est l’une des plus sinistrées de la planète pourrait engendrer une diminution de la production et de la compétitivité des entreprises sud-coréennes ou provoquer un écroulement rapide des investissements directs étrangers. Ainsi, le coût de la réunification coréenne oscillerait entre 25 milliards et 3,5 trillions de dollars selon les experts. Les prévisions alarmistes des Sud-coréens ne semblent toutefois pas être partagées par leur riverain japonais.

Pour le Japon, la perspective d’une réunification « à l’allemande » du peuple coréen, même si elle est fort peu probable à court terme, demeure une éventualité qu’elle n’exclut pas, et qu’elle redoute même. En effet, les conséquences d’une Corée réunifiée seraient très dommageables pour l’économie japonaise: Tokyo se verrait alors contrainte de rivaliser avec les deux locomotives chinoises et coréennes. Cette analyse vient d’ailleurs d’être corroborée par une étude de la prestigieuse Goldman Sachs qui estime que le nouvel Etat coréen pourrait bien se classer au huitième rang économique mondial d’ici 2050, devant la France, l’Allemagne… et le Japon. Cette puissance économique pourrait se doubler d’une puissance politique avec laquelle la nouvelle Corée tenterait de déstabiliser ou de menacer les intérêts de son rival japonais, par exemple en jouant sur les scandales politico-financiers de la classe politique nippone ou sur le levier non négligeable que représentent les quelques 600 000 Coréens résidant au Japon dont le statut social et politique n’est toujours pas reconnu. Par ailleurs, la présence d’une seconde puissance nucléarisée sur son front occidental persuaderait Tokyo de nucléariser son arsenal militaire afin de pérenniser son intégrité territoriale et de préserver l’équilibre dans la région. Face au conflit inter-coréen, le Japon s’estime de plus en plus vulnérable, surtout que sa dépendance militaire vis-à-vis des Etats-Unis s’est vue maintes fois critiquer par son opinion publique au cours de la dernière décennie. L’importance croissante du budget japonais consacré à la défense et à la sécurité (48 milliards d’euros en 2008) démontre bien que Tokyo prend très au sérieux les menaces qui pèsent sur son avenir

Pour les Etats-Unis, les risques de prolifération nucléaire et/ou de transfert de technologie fissile servent de prétextes pour maintenir des forces armées en Corée du Sud et au Japon, formant ainsi une sorte de ceinture militaire face à une Chine aux aguets. Trois objectifs spécifiques sous-tendent la stratégie nord-coréenne de Washington: la lutte contre la prolifération nucléaire, la dénuclarisation de la Corée du Nord et l’ouverture de discussions bilatérales à ce sujet avec la Chine. Déjà sous l’administration Bush a été mise en place, avec la collaboration du Japon, une initiative de sécurité anti-prolifération visant à développer les capacités d’interception des vaisseaux nord-coréens transportant du matériel nucléaire. Or, cette manœuvre a été gravement affaiblie par l’absence de participation des Sud-Coréens et des Chinois. Washington s’est également engagé dans un processus de négociation à six (Corée du Nord, Corée du Sud, Chine, Russie et Japon) dans le but de trouver une solution viable au problème posé par le nucléaire nord-coréen. S’il est peu vraisemblable que les discussions du sextette amènent Pyongyang à se dénucléariser, il est en revanche possible qu’un accord de contrôle des réacteurs nord-coréens soit signé en échange d’une aide économique supplémentaire: c’est ce que l’administration Obama s’emploie à obtenir depuis la reprise des hostilités par Pyongyang en juillet dernier. La carte maîtresse des Etats-Unis dans sa stratégie nord-coréenne reste cependant le régime chinois: l’objectif primordial de Washington est d’inciter Pékin à faire pression sur Pyongyang, en lui rappelant notamment les conséquences du conflit (augmentation des capacités militaires japonaises, renforcement de la coopération américano-nippone). Le scénario idéal pour les Américains serait l’organisation par la Chine d’un coup d’Etat qui éliminerait de fait Kim Jong-il et le remplacerait par un régime dictatorial prêt à abandonner ses ambitions nucléaires et à suivre l’exemple chinois d’ouverture vers le monde.

Ce dernier scénario pourrait toutefois se retourner contre les intérêts américains. En effet, si la tension venait à monter en Corée, la Chine pourrait se décider à éliminer le régime nord-coréen pour éviter une guerre dont elle risquerait d’être l’une des perdantes. Une telle solution mettrait fin au problème nord-coréen mais pourrait affaiblir la position américaine sur le continent asiatique puisqu’il ne lui serait plus nécessaire de maintenir ses soldats en Corée et au Japon. Avantageux pour tous, le statut quo semble être de mise à brève échéance. Mais la partie n’est pas encore gagnée…

Pour aller plus loin:

* La fiche signalétique de la Corée du Nord sur le site de l’Université de Sherbrooke

* L’analyse de la banque Goldman Sachs sur le site de l’association Korea is one

* L’autre pays du matin calme: les paradoxes nord-coréens, de Barthélémy Courmont

* Corée: réunification impossible ? Quid de l’après Kim Jong-il ?, de Claude Helper