Transnistrie. La poudrière de l’Europe, de Xavier Deleu.

03Mai08

Qui connaît aujourd’hui l’existence de la très discrète et autoproclamée République moldave de Transnistrie ? Depuis l’éclatement de l’URSS, cette région séparatiste de Moldavie est considérée par la communauté internationale comme un trou noir aux portes de l’Europe élargie. Sur son minuscule territoire de 4000 km² se dissimule les plus grands entrepôts de munitions et d’armements d’Europe ! Un héritage explosif de l’Armée Rouge.

C’est au cours d’une recherche documentaire, dans le cadre d’un cours de droit international, que je suis tombé par hasard sur ce fascinant carnet de route du journaliste français Xavier Deleu. Ce n’était pas la première fois que j’entendais parler de la Transnistrie. En 2006, à l’occasion d’un référendum en faveur de son indépendance, j’avais rédigé dans une revue universitaire un article de fond sur la situation politique de ce pseudo-État. Passionné par la Russie et l’espace post-soviétique, je ne pouvais passer à côté d’un tel ouvrage. Un pur régal.

Écrit sur le vif, lors du tournage d’un documentaire télévisé, l’ouvrage de Deleu invite à la découverte de ce pays de l’Est, inconnu du grand public, dont le statut étatique n’a jamais été reconnu par la communauté internationale. Pas même par les Russes qui soutiennent ouvertement cette zone moldave dissidente. Pourtant, ce n’est pas faute de réunir tous les attributs d’un État : la Transnistrie dispose de sa constitution, son drapeau, son hymne, son président, son gouvernement, ses frontières gardées, son passeport, sa monnaie, sa banque centrale, son armée, ses universités d’État, et j’en passe…

C’est l’adoption d’une loi faisant de la langue moldave (roumanophone) la seule langue officielle de la Moldavie qui déclenche, dès 1990, les velléités sécessionnistes des Russes et des Ukrainiens (slavophones) de Transnistrie, région orientale de la Moldavie. L’éventualité d’une réunification de la Roumanie et de la Moldavie alarme alors sérieusement les Transnistriens qui réclament leur autonomie. À l’occasion d’un référendum tenu en décembre 1991, la population de Transnistrie se prononce finalement pour l’indépendance pure et simple de son territoire, avec Tiraspol comme capitale. Une guerre éclate alors en 1992 entre les autorités moldaves et les forces armées des Transnistriens. Avec le soutien de la 14e armée russe stationnée en Transnistrie, l’administration moldave doit capituler et accepter un cessez-le-feu.

De nos jours, ce conflit n’est toujours pas réglé. La Moldavie revendique toujours son intégrité territoriale et ne reconnaît pas l’État transnistrien. De l’autre côté du Dniestr, fleuve séparant les deux entités politiques, les Transnistriens réclament la reconnaissance étatique… pour s’intégrer dans la Fédération russe !

Ne soyons pas dupes, avertit toutefois Deleu. Derrière ses revendications indépendantistes transnistriennes se cache une toute autre réalité : le commerce illicite d’armes. C’est la principale activité du régime néo-communiste et autoritaire en place. L’auteur peut d’ailleurs en témoigner. Lui et son équipe se sont fait passer pour une société privée cherchant à se procurer des armes illégales en Transnistrie. Cette mission rocambolesque à la James Bond a permis de mettre à jour un marché rentable des armes, implanté depuis longtemps dans cette région de non-droit. Un commerce qui alimente en armes les rebelles du Darfour ou encore les organisations terroristes d’Irak, d’Afghanistan et du Liban.

Mais ce n’est pas tout : ce pays est également une plaque tournante importante du commerce de la drogue. On comprend vite que l’intérêt du gouvernement de Tiraspol est de conserver à tout prix le statu quo actuel, situation confortable qui lui permet de poursuivre ses activités commerciales de ventes d’armes et de drogue à travers le monde en toute impunité. En effet, le droit international ne s’applique pas dans cette zone de conflit gelé.

Xavier Deleu brossse ici un tableau géopolitique des plus inquiétants. La réalité d’un arsenal militaire en Transnistrie, hérité de l’époque soviétique, menace la sécurité de l’Union Européenne… et celle du monde. Un livre captivant et déroutant qui dévoile les véritables enjeux locaux, régionaux et internationaux d’une région trop souvent ignorée.

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One Response to “Transnistrie. La poudrière de l’Europe, de Xavier Deleu.”

  1. Bonne reflexion !!! Je le met en favori 🙂


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