Perspectives russes sur les Pays baltes

14Mai08

Depuis leur indépendance en 1991, l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie ont toutes trois déployé une diplomatie ouvertement tournée vers l’Occident. En un peu moins de 10 ans, ces États baltes sont parvenus à s’affranchir de leur ancienne tutelle russo-soviétique. Aujourd’hui membres plénières de l’Union européenne, ces communautés nordiques ont également intégré la structure de l’OTAN.

Voisins frontaliers du géant russe, les Pays baltes ont toutefois été contraints, bien malgré eux, de maintenir un dialogue politique et économique plus ou moins soutenu avec Moscou. Leurs dépendances énergétiques vis-à-vis de la Russie confèrent d’ailleurs à celle-ci un regain d’influence dans une région qui lui avaient pourtant tournée le dos. Survol géopolitique.

En Estonie, la Russie peine à générer un climat cordial de relations en raison d’un long passé de méfiance. Depuis l’effondrement du régime soviétique, Tallinn a refusé d’adhérer à la Communauté des États indépendants (CEI) en 1991. Elle a également exigé le retrait des troupes russes de son territoire, retrait dont l’effectivité s’est confirmée en août 1994. Mais cette émancipation politique du peuple estonien est toute relative : le pays dépend à 100% du gaz russe. Une dépendance gazière dont profite souvent la Russie dans ses diverses négociations avec Tallinn. Sur le plan diplomatique, les deux pays ont signé, en mai 2005, un accord prévoyant la redéfinition des frontières, sujet de discorde depuis l’indépendance estonienne. Dernièrement, la tension entre Moscou et Tallinn est montée d’un cran lorsque les autorités estoniennes ont décidé, en avril 2007, de déplacer un monument de bronze dédié aux soldats de l’Armée rouge, hérité de l’époque soviétique.

En Lettonie, la Fédération russe a récemment effectué une série d’efforts afin de normaliser ses relations après une période tendue et compliquée, notamment à cause de la négligence des autorités lettonnes en matière des droits de la minorité ethnique russe en sol letton. Depuis 1991, la volonté politique du gouvernement letton de s’ancrer définitivement au sein du monde occidental s’est faite au détriment de la forte minorité russe du pays. Sa difficile intégration dans le système letton est souvent le point d’achoppement des discussions entre Riga et Moscou. Suite à la crise économique russe de la fin des années 1990, Riga a mis en œuvre une restructuration radicale de son commerce extérieur (qui exclue la Russie) vers l’UE qui représente environ les deux tiers des exportations et importations lettonnes. Cependant, ici encore les Russes peuvent compter sur la dépendance énergétique des Lettons pour influer indirectement certaines politiques nationales.

Avec la Lituanie, le voisin russe entretient des relations qui oscillent entre cordialité et animosité. Malgré le retrait des troupes russes du territoire lituanien en 1993, le gouvernement lithuanien pratique une politique d’ignorance et de dédain vis-à-vis de Moscou. Sur le plan politique, Vilnius a accordé la plus haute importance à son intégration dans l’UE et dans l’OTAN. C’est que des craintes de violation de l’espace lituanien par les autorités russes persistent. En effet, Moscou s’est arrogé un droit de transit civil et militaire illimité à travers le territoire lituanien pour rejoindre son enclave de Kaliningrad. Un droit vilipendé par la classe politique lithuanienne car il pourrait mener aux pires dérives. En ce sens, de nombreux diplomates russes ont été expulsés du pays après avoir été accusés d’espionnage. Selon les autorités lithuaniennes, l’ombre des services secrets russes a manifestement plané sur la campagne présidentielle de Rolandas Paksas. Sur le plan énergétique, la Lituanie est fortement dépendante de la Russie même si elle tente de diversifier ses partenaires, grâce à des accords de libre-échange signés avec les deux autres États Baltes, l’Union Européenne et la Turquie.

Observation intéressante: bien que ces trois pays fassent dorénavant partie intégrante de l’Union européenne, la Russie persiste à inscrire les relations russo-baltes non pas dans le cadre européen mais dans un cadre national, au cas par cas.

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