La crise libanaise résolue ?

26Mai08

Mieux vaut tard que jamais. Après 18 mois de crise politique, six mois de vacance à la présidence de l’État et plusieurs semaines de violences meurtrières au pays du cèdre, le général Michel Sleimane a enfin été investi à la tête de l’État libanais hier. De nombreuses délégations étrangères étaient spécialement venues féliciter le nouveau président libanais. Une ovation lui a été réservée après son discours tenu devant le Parlement libanais. Des tirs de joie ont même fusé dans les rues de Beyrouth dès l’annonce officielle de sa nomination.

Mais au-delà des réjouissances immédiates, force est de constater que le pire reste à faire : je veux parler de la constitution d’un gouvernement stable dans ce pays multiconfessionnel miné de l’intérieur par des tensions infra-communautaires violentes.

Officiellement, la participation au pouvoir des principales communautés religieuses du pays est inscrite dans la Constitution libanaise : Chrétiens, Musulmans sunnites, Musulmans chiites et Druzes tiennent tous une place distincte dans la vie politique libanaise. Mais la gangrène qui ronge chacune de ces communautés depuis la guerre civile a désagrégé irrévocablement la société libanaise.

Pour commencer, les Musulmans et les Chrétiens sont politiquement partagés entre la majorité parlementaire (musulmans sunnites, chrétiens, druzes) et l’opposition (musulmans chiites, une partie des chrétiens, minorité de druzes). Alors que la majorité parlementaire (soutenue par l’Occident et l’Arabie saoudite) affiche clairement sa position anti-syrienne, l’opposition (menée par le Hezbollah) revendique ses liens avec Damas et Téhéran.

Pour compliquer un peu plus ce paysage politique, ajoutons que les diasporas libanaise et palestinienne sont une autre source constante de conflits communautaires. Les Chrétiens réclament la participation de la diaspora libanaise (majoritairement chrétienne) à la vie politique libanaise en lui permettant d’exercer son droit de vote. Dans la même lignée, les Musulmans sunnites prônent la naturalisation des réfugiés palestiniens (majoritairement d’obédience sunnite) résidant sur le sol libanais. La communauté chiite s’oppose catégoriquement à ces deux projets : elle prétend qu’un droit de vote de la diaspora libanaise renforcerait le pouvoir des chrétiens et qu’une naturalisation des palestiniens serait de l’intérêt de l’État israélien.

Si le nouveau président libanais peut compter sur le soutien extérieur des Américains et des Français, Sleimane devrait en revanche trimer pour se constituer un bloc de soutien politique à l’intérieur. Soutenu à moitié par les uns et par les autres, il dispose d’une marge de manœuvre bien faible. Au parlement, la majorité lui reproche ses liens avec Damas et doute de sa neutralité politique. L’opposition, quant à elle, remet en question sa modération et son désir de consensus. Michel Sleimane est malgré lui la dernière option du Liban. À défaut d’un consensus national, le monde assistera à la désintégration inévitable du Liban.

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