Perspectives russes sur l’Afrique du Nord

26Mai08

Éloignés géographiquement du territoire russe, les pays d’Afrique du Nord détiennent néanmoins une importance non négligeable pour la Russie. Couplés avec les contrats du secteur gazier et pétrolier, les ententes commerciales dans le domaine des armes intéressent un pouvoir russe qui compte revitaliser et dynamiser son complexe militaro-industriel. Si ces contrats potentiels achoppent parfois sur le remboursement de la dette contractée sous l’ère soviétique, Moscou développent des relations tous azimuts avec Tripoli, Alger ou encore Le Caire.

Ancien allié et client de l’Union soviétique, la Libye de Mouammar Kadhafi a toujours refusé de s’acquitter de sa dette (estimée à 3,8 milliards de dollars) engrangée par ses commandes d’armes aux autorités soviétiques. Depuis la suspension des sanctions internationales contre Tripoli, Moscou s’est discrètement rapproché du régime libyen dans le triple but de parvenir à un accord sur la dette libyenne, de renouer la coopération militaro-économique et de s’immiscer sur le marché libyen des hydrocarbures (gaz, pétrole) dont les perspectives attirent de nombreuses entreprises russes (Loukoil, Gazprom). Dans le domaine de l’industrie de l’armement, le besoin affiché de la Libye en matière d’armes fait les choux gras de la société d’État russe Rosoboronexport. Un contrat militaire lui a d’ailleurs été accordé par Tripoli. Il prévoit non seulement le règlement de la dette libyenne à la Russie mais aussi une modernisation de l’armement libyen (composé à 90% de matériels soviétiques). En revanche, l’insistance des Russes sur l’acquittement de la dette libyenne s’est avérée contre-productif : le pouvoir libyen s’est clairement orienté, depuis 2005, vers une politique de diversification de ses importations d’armes.

C’est durant la guerre froide que la formation d’une alliance stratégique a vu le jour entre l’Algérie et la Russie. En 2001, le président algérien Abdelaziz Bouteflika, en visite officielle à Moscou, a signé un accord de partenariat stratégique avec son homologue russe. Cet accord (unique pour un pays nord-africain) avait initialement pour but de relancer la coopération bilatérale dans de nombreux domaines mais il a essentiellement permis la modernisation d’un équipement militaire algérien datant de l’époque soviétique. Sur le plan militaire, le montant des contrats signés entre Moscou et Alger la Russie se chiffre à environ 4,5 milliards de dollars. Il concerne entre autres l’achat de 16 Yak-130 (avions russes d’entraînement et de combat), de MiG-29, de Su-30 MKI ainsi qu’une panoplie d’armes conventionnelles de défense anti-aériennes, d’aéronefs ou encore de matériels navals et terrestres. Le volume total des exportations russes d’armements en Algérie avoisinerait les 6,12 milliards de dollars (chiffre record dans toute l’histoire post-soviétique). En matière de ressources énergétiques, les deux gouvernements ont également convenu d’accroître leur coopération. Le géant gazier russe Gazprom a par ailleurs annoncé son intention de développer une entente en matière de prospection, d’extraction, de transport, de traitement et de commercialisation du gaz naturel algérien.

L’Égypte a toujours été le principal client des Soviétiques jusqu’à ce que le pays se tourne vers les Américains, menant à la réconciliation historique égypto-israélienne du début des années 80. Malgré la très forte présence de Washington dans ce pays, l’Égypte représente toujours un marché lucratif pour la Fédération russe. Dans un contexte d’agressivité de la politique extérieure américaine et de changements dans la balance international du pouvoir, Moscou et Le Caire ont cherché à consolider une entente stratégique basée sur le soutien mutuel. Dans le domaine des ventes d’armes et de technologies nucléaires, un accord aurait été signé en novembre 2004 entre Vladimir Poutine et Hosni Moubarak. Il porterait plus exactement sur la création de réacteurs et de centrales nucléaires dans un cadre qui se veut pacifique. Si elles sont fortement concurrencées par celles des États-Unis ou de l’Europe de l’Est (notamment de la Transnistrie), les ventes d’armes russes à l’Égypte demeurent tout de même rentables. La modernisation récente de l’ancien armement soviétique dans les forces armées égyptiennes en est une bonne illustration. L’instruction de militaires égyptiens par des institutions russes s’insère également dans cette coopération militaire russo-égyptienne. Outre le secteur des armes, Moscou compte également d’immenses intérêts gaziers et pétroliers dans le pays : Loukoil et Gazprom sont les principales entreprises russes qui prospectent les sols égyptiens.

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