Perspectives russes sur le conflit proche-oriental

29Mai08

Conscient que la sécurité de la Fédération russe est de plus en plus connectée avec le Proche-Orient, Vladimir Poutine s’est investi plus activement dans le conflit proche-oriental. Il s’agit pour la Russie d’y contrebalancer l’hégémonie américaine, d’y conserver ses intérêts économiques et de s’y constituer de nouveaux marchés. Dans ce cadre d’analyse, la diplomatie russe tente de trouver un équilibre entre ses anciennes relations arabes, avec les Syriens et les Palestiniens, et son nouveau partenariat israélien.

Après vingt-quatre années de relations diplomatiques interrompues (entre 1967 et 1991), le récent rapprochement entre la Russie et Israël constitue l’un des changements les plus inattendus de la diplomatie russe au Proche-Orient, par rapport à la défunte U.R.S.S. Il faut dire qu’avec plus du quart de sa population issu de la grande vague d’immigration russe et ex-soviétique, Israël est le seul État (hors de la CEI) dans lequel Moscou dispose d’un foyer national russe conséquent. Ce levier permet à Moscou de légitimer la mise en œuvre d’une politique extérieure plus active avec Tel-Aviv. En avril 2005, la visite de Poutine en Israël était la toute première visite officielle d’un chef d’État russe ou soviétique depuis la création du pays en 1948. Le volume d’échanges commerciaux entre Moscou et Tel-Aviv n’a pas cessé de croître depuis ces dernières années et concerne les domaines de l’énergie, de l’informatique, de la technologie de haute pointe et des télécommunications. Malgré les intérêts communs des deux pays à collaborer (notamment dans le domaine de l’énergie ou de la lutte antiterroriste), la concurrence des Américains, la coopération nucléaire avec l’Iran et les ventes d’armements aux « ennemis » d’Israël (Syrie, Iran, Irak) entravent souvent la réalisation de nombreux projets de coopération multiples avec l’Etat juif.

Depuis la Conférence de Madrid en 1991, la diplomatie russe co-parraine le processus de paix au Proche-Orient. Un tel rôle entraîne nécessairement un dialogue sur place avec les leaders régionaux. Dans cette confrontation politique, la Russie tente de maintenir l’équilibre entre ses relations avec Israël et l’Autorité Palestinienne. Dans ce but, le président russe s’est attribué le rôle de médiateur et tente d’apaiser le climat de tension permanente entre Israéliens et Palestiniens, d’une part, et les factions palestiniennes entre le mouvement politique du Hamas et celui du Fatah. La Russie a dans ce sens cessé de miser sur un seul cheval. Auparavant, elle s’évertuait à détériorer les rapports avec les deux parties au conflit: cette période est visiblement révolue. C’est d’ailleurs dans cette optique que le Kremlin a invité à Moscou une délégation de représentants du Hamas reconnu par le gouvernement russe comme partie intégrante de la direction politique palestinienne. Avec ces négociations, la Russie s’efforce de retrouver une respectabilité internationale mais le manque d’appui politique extérieur, conjugué à la concurrence américaine dans la région, risquent plutôt de faire aboutir ce projet vers de piètres résultats.

La diplomatie russe entretient des relations privilégiées avec la Syrie datant de l’époque soviétique. Mais Damas a encore besoin des Russes. Le président syrien Bashar al-Assad a besoin d’un partenariat avec la Russie pour sortir son pays de l’isolation international. Cette promiscuité diplomatique permet ainsi de doter la Russie d’un levier d’influence supplémentaire dans la région. Dans ce cadre, Moscou et Damas ont développé des relations bilatérales renforcées depuis quelques années. Pour la Russie, il s’agit tout d’abord de tirer le maximum de profit d’un grand importateur d’armes. La modernisation effective des systèmes syriens de défense anti-aériens par les Russes va en ce sens. Dans une autre mesure, Moscou entend soutirer à Damas d’avantageux contrats gaziers. Les bonnes relations du régime syrien avec des groupes tchétchènes sont largement considérées par la Russie comme un gage de sécurité nationale. Cependant, l’aide économique et militaire fournit à Damas par Moscou ne fait pas le bonheur du gouvernement Israélien qui s’inquiète des conséquences qu’entraînent les relations syro-russes sur sa propre stratégie de défense nationale.

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