Développements récents dans les pays nordiques: la Finlande

02Juin08

C’est dans le cadre de mon cours sur le modèle politique scandinave qu’une série de quatre conférences sur les pays nordiques a été organisée, en collaboration avec le Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CERIUM).

Pasi Patokallio, Ambassadeur de la Finlande au Canada, avait carte blanche mardi dernier pour cette seconde conférence sur les pays scandinaves. L’intervention du diplomate revenait sur l’exceptionnelle réussite finlandaise en matière d’éducation et de recherche et développement.

D’entrée de jeu, l’Ambassadeur finlandais se confie : il est régulièrement sollicité par des agences gouvernementales qui cherchent à obtenir des informations mais aussi des conseils en matière d’éducation. « C’est que notre système éducatif est unanimement reconnu comme le meilleur du monde », se vante fièrement le diplomate.

Selon l’enquête PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) qui mesure les performances des systèmes éducatifs des pays de l’OCDE, les élèves finlandais âgés de 15 ans figurent au premier rang mondial pour leurs compétences linguistiques et scientifiques. Le FEM (Forum économique mondial) classe également la Finlande au premier rang mondial pour le recrutement et la qualité de l’enseignement dans les universités.

Pasi Patokallio est très fier du système éducatif de son pays, d’autant plus qu’il est le plus égalitaire : « La gratuité de la scolarité a toujours été garantie par la loi ». Les enseignements primaire, secondaire et supérieur sont entièrement financés par l’État. Cette gratuité s’étend à la cantine et aux fournitures scolaires des étudiants. Les élèves qui habitent loin de l’établissement scolaire qu’ils fréquentent peuvent demander le remboursement de leur frais de transport. Des professeurs spécialisés sont également mis à la disposition des élèves qui souffrent de difficultés d’apprentissage.

Le système éducatif finlandais se fonde sur une scolarité de 9 années obligatoires que les élèves rejoignent à l’âge de 6 ou 7 ans. Après avoir quitté cette école primaire (« peruskoulu », en finnois) à l’âge de 15 ou 16 ans, ceux qui souhaitent poursuivre leurs études ont le choix entre deux cursus scolaires : celui de l’école secondaire ou celui de l’école professionnelle, ces deux filières étant bien séparées. Bien que l’enseignement secondaire ne soit pas obligatoire, une majorité d’étudiants poursuivent quand même ce cursus.

L’école secondaire (« lukio ») prépare à l’enseignement supérieur (université). Cette scolarité se conclut obligatoirement par un examen national (« ylioppilastutkinto ») dont la réussite est une condition sine qua non pour accéder à une université. À l’issu de ce « baccalauréat » finlandais, on discerne généralement un diplôme de spécialisation en sciences naturelles ou en sciences sociales. L’école professionnelle (« ammatillinen oppilaitos ») développe des compétences essentiellement professionnelles et, de ce fait, ne prépare pas à l’enseignement supérieur. Toutefois, les élèves qui le souhaitent peuvent préparer l’examen national tout en poursuivant sa formation professionnelle.

L’enseignement supérieur est assuré par deux types d’établissements : les universités (« yliopisto ») et les grandes écoles polytechniques (« ammattikorkeakoulu »). Les 20 universités du pays dispensent une instruction théorique et préparent le plus souvent à la recherche tandis que les 29 écoles polytechniques privilégient un enseignement concret qui met davantage l’accent sur les applications pratiques. Les étudiants ne déboursent aucun frais de scolarité et peuvent même accéder à une bourse d’étude s’ils décident de poursuivre leurs études à l’étranger.

« Mais l’éducation n’est pas un domaine réservé aux jeunes ! » s’exclame le diplomate finlandais. « La formation aux adultes est particulièrement valorisée dans notre pays ». Cet enseignement est le plus souvent assuré au niveau local, par des écoles municipales ou par des cercles d’étude, sortes de centres indépendants de formation pour adultes. Ceux-ci proposent en général des formations professionnelles ou générales. Il est possible pour un adulte de (re)passer l’examen national ou d’améliorer les notes obtenues lors de la formation de base. Le programme des universités ouvertes (« Avoin yliopisto ») permet également à des adultes de suivre des cours à l’université, sans avoir nécessairement le statut d’étudiant. Ce programme est accessible sans condition préalable et relativement bon marché (environ 60 euros par cours).

En ce qui concerne les politiques d’innovation (R&D), la Finlande se classe régulièrement en tête des classements mondiaux. « Notre R&D est un élément majeur de notre croissance, de notre développement et de notre compétitivité économiques. Le groupe Nokia est notre plus belle réussite », affirme Patokallio. Il faut dire que cette firme finlandaise, née de la fusion des industries de papeterie, de caoutchouc et de câbles en 1966, est devenue en un peu moins de 40 ans un leader mondial en matière de télécommunications. En 2005, son chiffre d’affaires s’élevait à 34,19 milliards d’euros (en progression de 16%).

Cette réussite est le fruit de politiques d’innovation volontaristes visant à accroître la compétitivité du pays tout en préservant la croissance économique et le plein emploi. En Finlande, la R&D est financée par le privé (66%), par les pouvoirs publics (28%) et par des fonds étrangers (6%). Des crédits sont ainsi régulièrement confiés à l’Agence nationale pour le développement technologique (TEKES).

Le Conseil national des sciences et de la technologie constitue un autre instrument de la R&D finlandaise. Il élabore la stratégie du gouvernement en matière d’innovation et gère l’Académie de Finlande (en collaboration avec les Ministères de l’Éducation et de l’Industrie et le TEKES).

L’Ambassadeur finlandais souligne que « le SITRA joue également un rôle moteur pour l’innovation dans notre pays. Ce fonds national est spécialement réservé à la R&D et est généralement investit dans de jeunes entreprises technologiques dans le but de les accompagner pendant les premières années de leur développement ». La coopération entre les entreprises et les universités est l’un des axes fondamentaux de la politique d’innovation finlandaise. Cette stratégie a permis notamment d’accroître considérablement le nombre de ses chercheurs et le montant alloué à la R&D (3,6 % du PIB). « Favoriser les interactions entre les scientifiques et les besoins économiques et sociaux a toujours préoccupé les gouvernements successifs », rappelle le diplomate.

Finalement, « le miracle finlandais peut s’expliquer au travers de trois données : 60% de la population possède un diplôme universitaire (tous secteurs confondus); 50% des salariés suivent chaque année un stage de formation professionnelle; 3 % du PIB est consacré à la R&D, soit l’un des taux les plus élevés du monde », conclut Pasi Patokallio.

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