Perspectives russes sur l’Asie centrale

03Juin08

Ancienne région soviétique, l’Asie centrale revêt toujours un caractère hautement stratégique pour la Fédération de Russie. Ses intérêts recouvrent des domaines aussi multiples que l’aérospatiale, la lutte anti-terroriste, la coopération militaire, la collaboration politico-économique ou encore les hydrocarbures. Depuis le début de la décennie 2000, Moscou doit aussi affronter la forte concurrence étrangère (notamment celle des Américains et des Chinois) dans cette région.

Depuis son indépendance en 1991, le Kazakhstan déploie une diplomatie multidimensionnelle qui conjugue de bonnes relations entre ses deux grands voisins asiatiques (Russie, Chine) avec de nouvelles relations occidentales (Union européenne, États-Unis). Si l’influence de la Fédération russe est relative dans ce pays, Moscou demeure le principal partenaire commercial du Kazakhstan. Les échanges avec Astana s’élevaient à plus de 10 milliards de dollars en 2007. La coopération bilatérale entre les deux États atteint un très haut niveau dans les domaines de l’aérospatiale (avec la station spatiale de Baïkonour) et du militaire (avec l’Organisation de coopération de Shanghai). Préoccupés par des considérations énergétiques (gaz), les Russes ont insisté sur l’importance stratégique de l’exploitation des richesses de la mer Caspienne. Un accord portant sur la rénovation d’un gazoduc partant du Turkménistan jusqu’à la Russie via le Kazakhstan a d’ailleurs été signé le 12 mai 2007. L’accord prévoit également la construction imminente d’un deuxième gazoduc. Dans ce pays, Moscou a réussi à repousser l’influence de Washington mais la présence de Pékin se fait de plus en plus prégnante.

Jusqu’en 1998, le gouvernement russe a toujours bénéficié de la croissance économique rapide du Kirghizistan grâce aux réformes agraires et (surtout) à l’exploitation de la mine d’or de Kumtor, dans l’est du pays. Le régime semi-démocratique d’Askar Akaïev était l’un des alliés les plus fidèles de Moscou et garantissait les intérêts russes dans la région. Mais une dure crise financière régionale interrompt en 1998 la progression économique du pays. Une crise économique va momentanément perturber les relations russo-kirghizes puisque Bichkek décide d’effectuer un virage diplomatique : le petit pays centrasiatique se tourne vers les États-Unis dans la foulée du 11 septembre 2001. Malgré l’opposition des Russes, les Américains obtiennent l’installation d’une base militaire permanente. Le Kirghizistan devient alors le seul pays dans lequel Washington et Moscou détiennent tous deux une base militaire. Si les États-Unis concurrencent la Fédération de Russie dans ce pays (surtout après la Révolution des Tulipes de 2005 qui a détrôné Akaïev, soutenu par la Russie), les relations avec Bichkek restent importantes, notamment au sein de la Communauté économique eurasienne (CEE) ou encore de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS).

Pays le plus peuplé de la région, l’Ouzbékistan vise plus particulièrement le leadership régional en Asie centrale. C’est pourquoi Tachkent affiche une diplomatie autonome vis-à-vis de la Russie, et ce depuis l’indépendance du pays. En 2001, les autorités ouzbeks ont d’abord opéré un rapprochement avec les États-Unis, laissant disposer Washington d’une base militaire sur son territoire. Mais des critiques américaines très virulentes à l’encontre du président autocratique Islam Karimov ont précipité l’éviction de l’armée américaine du sol ouzbek. Tachkent s’est alors tourné vers Moscou en signant un traité stratégique portant sur des questions militaires, politiques, économiques, commerciales et de coopération en matière de lutte anti-terroriste. Ce renouement du dialogue permet à Karimov de raffermir son pouvoir à l’intérieur du pays ainsi qu’au sein de la CEI, de l’OCS ou encore de la CEE.

Une longue guerre civile (19921997) a empêché tout espoir de prospérité économique au Tadjikistan. Pour préserver la stabilité interne du pays et freiner le trafic de drogue depuis l’Afghanistan vers l’Europe, la Russie a signé un traité avec Douchanbé, lequel lui confie la surveillance des frontières de cette ancienne république soviétique. Après une relative période d’accalmie débutée en 1997, la décision du président Emomali Rakhmonov en avril 2004 de hâter le départ des gardes-frontières russes a été perçue comme un recul de l’influence du Kremlin au Tadjikistan. Depuis, Douchanbé a finalement accepté le principe de l’installation d’une base militaire russe et de la location du centre d’observation spatiale de Nourek pour une durée indéterminée. Cette pérennisation de la présence militaire russe au Tadjikistan permet à Moscou de renforcer son influence politique dans la région et de contenir l’influence de la Chine voisine.

Depuis son indépendance, le Turkménistan mène une politique ambitieuse qui repose en grande partie sur son potentiel énergétique et agricole. Deuxième État gazier de la CEI après la Russie, le pays dispose également d’énormes richesses pétrolifères. Soutenu par Moscou, le président Saparmourat Niazov a dominé le pays en monarque absolu (et farfelu) pendant plus de 20 ans. En optant pour une politique de neutralité tant vis-à-vis des États voisins que des principales organisations internationales, il visait la stabilité du pays. Avec sa mort en décembre 2006, l’avenir de la fourniture du gaz turkmène à un prix réduit restait très incertain. Mais Moscou a récemment signé avec Achgabat un accord énergétique concernant les fournitures gazières, un accord qui assure des bénéfices confortables à Gazprom. Toutefois, une politique de désenclavement économique s’opère également avec de récents projets de pipelines avec la Chine, le Pakistan, l’Azerbaïdjan et la Turquie, projets excluant tous la Russie.

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One Response to “Perspectives russes sur l’Asie centrale”

  1. 1 Laurent

    Intéressant, quoique (volontairement à mon avis) trop russo centré. Le fait est que la présence des Russes dans la région n’a cessé de diminuer et que les USA et la Chine prennent un poids croissant. On peut évoquer à ce titre le rôle croissant de ces pays d’Asie centrale en terme de support des troupes américaines en Afghanistan, par deux canaux:
    -Participation directe des troupes Kazakhes, sérieusement à l’étude
    -Nécessité de diversifier les approvisionnements en raison du danger représenté par la passe de Khyber: on parle d’augmentation des convois de fret et de matériel militaire via l’Ouzbékistan ET le Turkménistan (ce serait quand même une sacré nouveauté).
    Bravo pour ce blog- vous me semblez avoir une connaissance de l’ancien espace soviétique au moins aussi développée que certains de mes profs à Sciences po. Puis-je me permettre une question indiscrète: est-ce une connaissance livresque ou avez vous déjà parcouru vous même la région de long en large?
    Cordialement. Laurent.


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