Alerte générale: hypocrisie en vue !

14Juin08

53, 4%. Le verdict des Irlandais est sans appel : Non, c’est non. Le peuple irlandais a massivement rejeté le Traité de Lisbonne (dit « simplifié ») à l’issue du référendum de jeudi dernier. En fait, ce traité faisait suite au Traité constitutionnel européen (TCE) de 2004 qui avait lui aussi été rejeté par référendum en 2005 par une majorité d’électeurs français et néerlandais. Le Traité de Lisbonne se constitue d’ailleurs aux trois quarts du TCE auquel quelques modifications avaient été rajoutées par le Comité d’action pour la démocratie européenne (Groupe Amato), soutenu par la Commission européenne.

Alors que les Irlandais se sont exprimés démocratiquement sur cette nouvelle question juridique, des critiques fusent un peu partout contre leurs choix politiques. Sur certains forums par exemple, on peut lire des propos d’une condescendance aberrante. Quelques exemples parmi les plus récurrents :

« C’est ça la démocratie : 1 500 000 de votants foutent en l’air l’Europe alors qu’en plus, ce sont les Irlandais qui en ont profité le plus. Il y a 10 ans l’Irlande était le pays le plus pauvre, il est maintenant le plus riche. Merci la reconnaissance… »
« … Qu’ils remboursent les aides reçues et qu’ils soient exclus de l’EU… »

Ces accusions absurdes et vaines affichent une hypocrisie des plus consternantes. Premièrement, les Irlandais ne sont pas les seuls à s’opposer au Traité de Lisbonne : si un référendum s’était tenu dans leur pays respectif, Français, Néerlandais, Britanniques ou encore Suédois auraient très certainement rejeté ce traité modificatif du TCE.

Deuxièmement, critiquer le choix démocratique des Irlandais revient à remettre en cause l’idée de démocratie (le pouvoir du peuple), pourtant l’un des piliers idéologiques de l’Union européenne (elle qui d’autre part souhaite exporter ses valeurs dans le monde). Ce genre de critique (qui n’a rien de constructif en soi) ne sert finalement qu’à élargir le fossé qui s’est créé entre l’élite politique et la population (qu’elle soit irlandaise, française, allemande, belge, etc…).

Troisièmement, à un vain débat sur l’Europe des institutions, il faudrait substituer une Europe des projets. Si les Etats-membres ne s’entendent pas sur certaines questions, en revanche, d’autres sujets sont fédérateurs et peuvent facilement les rallier, des projets simples qui demeureraient dans le concret et non pas dans une abstraction juridique d’un traité.

Un nouveau cadre constitutionnel ou juridique ne changerait pas grand-chose en Europe: on aurait toujours une Europe à la carte, une Europe à plusieurs vitesses. Des Etats-membres s’opposeraient toujours à l’Union économique et monétaire (la zone euro), d’autres ne participeraient pas pour autant à l’Espace Schengen. Certains réussiraient sans aucun doute à obtenir des dérogations spécifiques suivant les enjeux en cause et leurs intérêts nationaux.

Ce qu’il faut avant tout, c’est regagner en substance la confiance du peuple (en créant par exemple des programmes destinés à rehausser la compétence civique européenne des Européens, c’est-à-dire à mieux faire connaître les institutions européennes et leurs fonctionnements). Cela me paraît d’un bon sens absolu… mais peut-être que les « sages » de la Commission européenne ont une toute autre opinion sur la question. Si tel est le cas, je ne demande qu’à comprendre…

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5 Responses to “Alerte générale: hypocrisie en vue !”

  1. 1 Titem

    Je comprends néanmoins la frustration des pro-européens qui voient l’un des pays qui a le plus bénéficié de son intégration à l’Union Européenne rejeter le traité de Lisbonne. Même si ce n’est certainement pas le seul peuple qui aurait refusé ce traité.

    Tu parles de démocratie ; bien sûr elle implique d’avoir le choix dans son vote. Mais elle oblige aussi à un débat citoyen, ce que ni la complexité du traité, ni les élucubrations les plus éhontées (voter oui c’est voter pour la peine de mort ou pour l’avortement) n’ont permises. En cela, on ne peut pas frapper des deux mains en criant « démocratie ». Elle a pris un double coup.

    « Un nouveau cadre constitutionnel ou juridique ne changerait pas grand-chose en Europe: on aurait toujours une Europe à la carte, une Europe à plusieurs vitesses ». Mais dans l’Europe des projets que tu appelles de tes voeux, il y aurait aussi une Europe à plusieurs vitesses : celle où les pays choisiraient de s’investir parce qu’il y va de leur intérêt national, sans que l’on prenne en compte l’intérêt communautaire. Une anti-Europe à plusieurs vitesses, ce n’est vraiment pas ce qu’il nous faut.

  2. 2 moqueurpoli

    L’Europe politique, si elle se met en place un jour, aura un visage certainement très différent de celui que certains pro-européens (utopistes ou idéalistes, peut-être les deux) voudraient lui accoler de nos jours. L’Europe n’en a pas fini avec ses contradictions (le débat sur l’entrée de la Turquie pointe à l’horizon, le concept de l’Europe-forteresse aussi, sans parler de la coopération militaire avec l’OTAN, pour ne citer que celles-là). Je ne dis pas qu’il faut tout arrêter, que la « machine politique » s’est essoufflée… loin de là. Mais si l’on veut aller plus loin avec l’Europe, si l’on veut se constituer en bloc uni, face à celui de la Russie, de la Chine, de l’Inde, des États-Unis ou du Brésil, cela ne saurait se faire dans la précipitation (prenons l’exemple de l’adhésion de 10 nouveaux États-membres en 2004 ou de celle de 2 autres pays en 2007 qui n’étaient franchement pas prêts juridiquement et politiquement à entrer dans l’UE). Rome ne sait pas construite en un jour ! Et si l’Union européenne persiste dans cette précipitation qui la caractérise aujourd’hui, bonjour les dégâts…
    L’Empire européen (car c’est bien de cela qu’il s’agit) ne pourra se construire que dans le temps… et dans les mentalités ! N’en déplaise aux impatients ou aux dirigeants de la Commission européenne ! Mais ce n’est pas en faisant de la colonisation intellectuelle (en dénigrant de la sorte sa population qui n’adhère pas aveuglément à son projet unificateur, en la rendant responsable de tous les maux de l’Europe) que le problème sera réglé.

  3. 3 Ave

    « Critiquer le choix démocratique des Irlandais revient à remettre en cause l’idée de démocratie (le pouvoir du peuple) »
    Non Monsieur ! L’idée de démocratie n’a pas grand-chose à voir avec le referendum. On sait ca, si ce n’est pas depuis Napoléon et ses fameux plébiscites, au moins depuis De Gaulle. Poser une question à un peuple n’est démocratique que si l’on part du principe que d’une part les électeurs sont parfaitement conscients des enjeux du scrutin et d’autre part qu’ils se prononcent uniquement sur la question qu’on leur pose. Espérer réunir ces deux conditions avec des millions de votants est statistiquement impossible.
    Interdire la critique du referendum au nom de l’idée de démocratie, est l’œuvre d’un vieux manipulateur ou d’un jeune manipulé.

  4. 4 moqueurpoli

    Cher Ave,

    En Europe, nous vivons (souvent pour le meilleur, parfois pour le pire) en démocratie.
    Dans ce système de gouvernance, un peuple (aussi bête et ignorant soit-il) aura toujours le dernier mot (que ce soit par les urnes ou par les institutions démocratiques). C’est la fameuse tyrannie de la majorité, comme le notait il y a déjà plus de deux siècles Alexis de Tocqueville.

    Ce que j’ai voulu signifier dans mon texte était la partialité et la condescendance décevantes avec lesquelles une partie de l’élite européenne a discrédité le référendum irlandais… Quand le peuple vote en faveur d’un traité européen, on acclame le discernement et la sagacité de la population. Mais quand c’est le contraire qui se produit, on réprouve l’incapacité des européens à comprendre les véritables enjeux de tel´le ou telle question référendaire. Je crois important de rendre compte de cette mauvaise foi, de cette hypocrisie ambulante qui caractérise souvent la politique européenne.

    D’autres part, on voit bien ici que l’idée d’Union européenne ne se manifeste pas de la même facon, que l’on soit francais, irlandais, britannique, espagnol, allemand ou grec… On ne pense pas l’Europe de la même manière. Au lieu de pourfender ceux qu’on appelle les ignorants comme si on détenait la vérité, essayons de dialoguer pour mieux comprendre les intérêts de l’autre.

  5. Tu connais mon opinion à ce sujet ; je pense aussi que l’Europe a fait preuve d’un peu trop de précipitation, et qu’il est vital qu’elle se donne une finalité.

    Tu parles « d’empire » européen, mais l’empire suppose la puissance (l’Europe est une puissance économique, ne l’oublions pas), la diversité culturelle (là, c’est indéniable, excessif dirons certains) et le dynamisme. Sur ce dernier point, je pense que l’Europe doit substituer la dynamique d’extension à la dynamique d’intégration politique, et qu’elle se définisse des frontières claires !

    Enfin, je pense que ni toi ni Ave avez totalement tort. Effectivement, il y a une tyrannie de la démocratie, et l’on souhaite que les Européens ne votent que dans un sens. Mais il ne devrait pas y avoir de vote si l’on n’est pas en mesure de saisir tous les enjeux du débat, ce qui n’était pas le cas ici, d’autant plus que le débat a été parasité par des annonces malhonnêtes (sur l’avortement par exemple). D’où les critiques aussi adressées aux Irlandais (procès que l’on a également fait aux Français).


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