Concert de João Gilberto (22/06/08)

26Sep08

Si je me suis déplacé depuis Montréal jusqu’à New York en avion, ce n’était pas a priori pour faire du tourisme. Je tenais en premier lieu à assister au récital du créateur de la bossa nova, João Gilberto. Ce concert marquait en fait les 50 ans de l’apparition de ce subtil mélange de samba, de musique classique et de jazz. C’est en 1958 que sortait « Chega de saudade », officiellement la première chanson et le premier album éponyme de bossa nova.

C’était ma seule chance d’entendre pour la première fois en concert ce monstre sacré de la musique brésilienne et du jazz. Pour commémorer le 50e anniversaire du mouvement musical, João Gilberto, 77 ans, s’était concocté une tournée de huit concerts : le premier aux Etats-Unis (NYC), puis quatre autres au Brésil (São Paulo, Bahia, Rio de Janeiro) et les trois derniers au Japon (Tokyo). C’est donc avec une très grande émotion que je me dirige vers le Carnegie Hall, salle mystique dans laquelle se déroule ce concert-évènement. Mon siège ? A la deuxième rangée du parterre.

Malgré ma joie incontrôlable, une inquiétude persiste et s’installe : c’est que João Gilberto est un personnage excentrique. Il lui est déjà arrivé à de nombreuses reprises de quitter la salle, d’abréger voire même d’annuler ses concerts en raison d’un public jugé trop irrespectueux ou pour cause de sonorisation inadéquate. Incertitude, donc… Sur la scène, aucun décor… A l’exception d’une chaise et d’une petite table sur laquelle est posée une bouteille d’eau (que l’artiste n’utilisera même pas une seule fois durant ce concert de près de 2 heures !).

Le mythe, comme on l’appelle au Brésil, apparaît enfin sur scène muni de sa guitare après seulement cinq minutes de retard (un record, diront certains !). Aussitôt, le public lui fait une ovation : elle dure plus de trois minutes. Puis, les spectateurs reprennent leur siège et leur souffle… Silence… Le spectacle commence…

João Gilberto entame son récital par un fébrile « Doralice » qu’il interprète avec une rythmique différente de celle que l’on peut retrouver sur ses albums mais toujours avec cette même voix douce, ce même murmure mélancolique. Un pur bonheur. Le deuxième morceau aurait dû être le premier : il s’agit de la chanson « Chega de saudade », la toute première bossa nova. Puis, Gilberto enchaîne l’un après l’autre les grands classiques de son répertoire musical comme « Corcovado », « O pato », « Aos pés da Santa Cruz » ou encore « Samba de uma nóta só ».

Après un superbe « Estate », Gilberto s’arrête de chanter. « Tenho um ventinho là na cabeça » (J’ai de l’air climatisé sur ma tête), se plaint-il. Et il est vrai qu’un courant d’air balaie la salle et la refroidit. A trois reprises, l’artiste interrompt son concert et réclame que l’on coupe la climatisation. Mais cet incident technique ne l’a pas empêché d’offrir à un public conquis d’avance un bouquet musical avec «  Wave », « Pra machucar meu coração », « Rosa Morena » ou encore « Desafinado ». Gilberto a aussi étoffé son concert de quelques surprises inédites (et bienvenues) telles que « Você já foi a Bahia ? » et « Samba do avião » qu’il n’avait jamais chantées ni en concert ni sur aucun de ses albums.

Mais la grande stupéfaction de la soirée a été sans aucun doute la chanson « Deus salve a America », version portugaise de « God Bless America ». Gilberto désirait certainement remercier le gouvernement américain d’avoir retenu sa demande d’asile lors de la dictature militaire au Brésil (l’artiste a vécu 10 ans à New York). L’interprétation a apparemment charmé les spectateurs américains. Pour ma part, j’ai préféré le dernier morceau : un monument musical, une mélodie qui a fait le tour du monde. Je veux bien sûr parler de la chanson « Garota de Ipanema », immortalisée en anglais par sa femme Astrud et par le saxophoniste américain Stan Getz. Avant de quitter définitivement la scène, Gilberto aura encore droit à une ovation prolongée.

« Melhor do que o silêncio só João ». (Seul João vaut mieux que le silence).

Pour ceux ou celles qui connaissent l’artiste, je vous propose une liste complète du répertoire interprété par l’artiste lors de ce concert inoubliable.

  1. Doralice
  2. Chega de saudade
  3. Corcovado
  4. Morena boca de ouro
  5. Preconceito
  6. O pato
  7. Aos pés da Santa Cruz
  8. Caminhos cruzados
  9. Samba de uma nóta só
  10. Estate
  11. Vou te contar (Wave)
  12. Você já foi a Bahia ?
  13. Eclipse
  14. Pra machucar meu coração
  15. Brigas, nunca mais
  16. Bahia com H
  17. Rosa Morena
  18. Ligia
  19. Este seu olhar
  20. Samba do avião
  21. De conversa em conversa
  22. Desafinado
  23. Deus salve a América (God Bless America)
  24. Garota de Ipanema
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2 Responses to “Concert de João Gilberto (22/06/08)”

  1. 1 Luigi

    super, il faut espérer qu’il continue à jouer encore longtemps.

  2. 2 Arlette

    Je suis également très touchée par cette voix, j’étais à son concert à Nîmes en 1985, je garde un souvenir émerveillé, le plus beau concert auquel j’aie assisté.
    Je souhaiterais revivre une telle soirée


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