Perspectives russes sur le Caucase

05Oct08

Les Russes connaissent bien le Caucase: ils y sont implantés depuis le XVIe siècle. Après la chute de l’Union soviétique, trois républiques caucasiennes sont devenues indépendantes. Alors que l’Arménie a délibérément choisi de rester sous le giron russe, l’Azerbaïdjan et la Géorgie se sont alliés aux Etats-Unis afin de s’affranchir de la mainmise russe. Dans la région, la Russie cherche à préserver une influence tangible dans une région importante pour le transit pétrolier.

Avec l’Arménie, la Russie dispose d’un allié sûr. Depuis l’effondrement de l’Union soviétique, l’Arménie a toujours maintenu des relations stratégiques très rapprochées avec Moscou, notamment dans le but de pallier le désavantage géopolitique de son enclavement par des voisins hostiles (Turquie, Azerbaïdjan). La participation massive de la Russie à la vie économique arménienne relève, entre autres, d’une volonté d’entretenir une forte présence militaire russe sur le territoire arménien. C’est que  l’Arménie présente un facteur important de stabilité en Transcaucasie pour la Russie. Moscou et Erevan ont d’ailleurs réaffirmé leur désir de perfectionner la coopération au sein de la Communauté des Etats indépendants (CEI) ainsi que de mettre en œuvre des projets économiques dans les domaines de l’énergie et des transports. Les responsables russes et arméniens coopèrent également afin de trouver une solution viable au conflit du Haut-Karabakh (entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan), conflit compromettant le maintien de la stabilité dans la région.

Avec l’Azerbaïdjan, la Russie s’est engagée dans un nouveau dialogue malgré la position clairement pro-américaine de la république azérie. Après le drame humain très violent dans le Haut-Karabagh en 1992, la politique extérieure du président Abdoulfaz Eltchibeï incluait l’adhésion à la CEI, un rapprochement avec la Turquie ainsi qu’un désir d’étendre les liens avec la communauté azérie vivant en Iran. Après une insurrection, qui a mis fin au règne d’Eltchibeï, Gueïdar Aliev a réussi dès 1994 à redévelopper une économie au bord de la faillite grâce à l’exportation de pétrole sur les marchés occidentaux. La corruption et le népotisme ont toutefois empêché tout développement durable dans les autres secteurs économiques. Les discussions du projet de construction du B.T.C. (Bakou-Tbilissi-Ceylan), un oléoduc acheminant le gaz d’Azerbaïdjan vers la Turquie via la Géorgie voisine, ont trainé mais un accord a été signé en 2003. Du fait de son exclusion dans ce projet énergétique, l’influence russe s’est peu à peu dégradée dans cette république caucasienne.

Avec la Géorgie, la Russie tient un discours ferme depuis la présidence de Mikhaïl Saakachvili qui s’est ostensiblement engagé dans un rapprochement très prononcé avec les Etats-Unis. Fort de ce soutien, le président géorgien accuse ouvertement Moscou de soutenir les autorités séparatistes d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud. L’évacuation des dernières bases militaires russes, exigée par Tbilissi, s’inscrit d’ailleurs dans la lignée des priorités de l’administration géorgienne : éviter une domination russe indirecte et reconquérir les provinces perdues (Adjarie, Abkhazie et Ossétie du Sud). Pour la Russie, il s’agit de protéger ses ressortissants (la plupart des Ossètes et des Abkhazes ont le passeport russe) qui subissent régulièrement des exactions de la part des Géorgiens. Cette confrontation russo-géorgienne s’est récemment transformée en affrontement armé direct, suite à l’intervention de l’armée géorgienne en Ossétie du Sud en août 2008. Les forces de maintien de la paix russes ont alors vigoureusement riposté et le président russe Dmitri Medvedev a reconnu l’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud (en sachant très bien qu’elle déciderait tôt ou tard de s’intégrer à la Fédération russe). Tbilissi souhaite toujours regagner son intégrité territoriale mais le déploiement de troupes russes dans la région et les intérêts contraires de Moscou risquent bien de ne pas lui offrir satisfaction. La Russie a réussi, dans le cas géorgien, à préserver ses intérêts en contrôlant dorénavant une grande partie des côtes maritimes géorgiennes (et donc du transit pétrolier).

 

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