Quand la crise financière sonne l’alarme

20Oct08

L’actuelle crise financière a fait couler beaucoup d’encres ces dernières semaines. On parle ici d’une simple « crise de liquidité », là d’un véritable « krach boursier du siècle » ou encore d’une « grande dépression », à l’instar de la crise de 1929. Face à la menace de récession économique, voire même de faillite économique (qui a notamment éprouvé l’Islande), les responsables politiques s’activent.

Du plan Paulson aux nationalisations de banques, en passant par la concertation européenne sur un plan d’action commun (qui reste à définir…) et le futur Bretton Woods bis (qui se profile à l’horizon), les idées ne manquent pas pour « sauver » les banques et pour éviter toute nouvelle crise. Dernière en date : la proposition conjointe du Premier ministre britannique Gordon Brown et du Président français Nicolas Sarkozy de refonte du système banquier et financier. Si cette mesure peut sembler cohérente de prime abord, elle ne s’attaque en rien au problème de fond que soulève la crise : les limites de la société de consommation. Je m’explique.

La crise à laquelle nous sommes exposés émane en fait de la crise américaine des « subprimes » qui sévit depuis février 2007. Cette dernière a été le fait d’une incitation excessive au crédit prôné par les banques à des individus aux revenus modestes ou à la côte de crédit insuffisante, le risque encouru par les banques étant atténué par des dispositions légales qui offraient des garanties aux institutions financières. Les banques ne peuvent donc s’en prendre qu’à elle-même dans cette affaire. Elles n’auraient pas dû bénéficier de cette impunité que leur accorde en ce moment même nos dirigeants en lançant des « plans de sauvetage » à qui mieux mieux. 360 milliards d’euros: c’est la somme que compte débourser l’Etat français pour « sauver » le prêt interbancaire. 360 milliards d’euros ! Vous vous imaginez ? Avec cette somme, la France aurait pu investir dans des programmes éducatifs, sociaux, culturels… Mais non. La sauvegarde du système banquier et financier est primordiale puisque celui-ci soutient la consommation.

Dans nos sociétés modernes, il faut consommer. Tout se consomme : biens de première nécessité, produits culturels, services sociaux, éducation, etc… Ainsi s’est développé chez nos concitoyens un comportement effréné qui les pousse à consommer toujours plus (et de plus en plus vite). Certains motiveront ce style de vie en précisant qu’ils n’ont « qu’une vie », d’autres scanderont fièrement « après moi la fin du monde ». Toujours est-il que l’on trouve normal de consommer, même que certains y trouvent le bonheur. Pour atteindre ce soi-disant bonheur, des individus n’hésitent pas à vivre au-delà de leurs moyens (à crédit donc) sans se soucier de rien d’autre que de leur propre bonheur que sous-tend justement cette consommation… avec toutes les conséquences que cela implique pour l’environnement.

Organiser une refonte du système banquier et financier international ne résoudra pas le problème inhérent à nos sociétés modernes de la stimulation incessante (et souvent agressive) à la consommation. Il faudrait plutôt que notre société se soumettent à un exercice de refonte de ses principes et de ses valeurs de base. Les changements climatiques ont déjà sonné l’alarme et ont (heureusement) impulsé un changement notable des mentalités en matière de consommation. Les dirigeants politiques sauront-ils voir en cette crise une seconde alarme ?

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2 Responses to “Quand la crise financière sonne l’alarme”

  1. L’enjeux du Nouveau Breton woods est sur la table!

    L’économiste Jean-Luc Gréau dans un interview donner au Nouvel Obs du 30 octobre, dénonce le Faux Nouveau Bretton Woods de la City.

    « N. O. – Que peut-on attendre d’un nouveau Bretton Woods ? Quels rôles peuvent jouer les pays émergents ?
    J.-L. Gréau. – De deux choses l’une. Ou bien le nouveau Bretton Woods s’inscrit dans la lignée du précédent, qui tendait à stabiliser le monde du point de vue économique, monétaire et financier pour favoriser la prospérité, l’emploi et le progrès matériel, intellectuel et moral des populations. Ou bien il procède d’une tentative de soumettre, plus encore que ce n’était le cas au moment où la crise a surgi, les entreprises et les populations aux exigences maintenues des opérateurs financiers préalablement sauvés par les Etats. Les pays émergents ont un rôle à jouer dans la mesure où ils favoriseront la naissance de ce monde multipolaire, plus équilibré et plus stable, dont nous avons besoin. »

    Face à la situation historique et révolutionnaire que nous sommes entrain de vivre, il ne faut pas céder à la tentation de certains agitateurs qui pensent que du chaos naitra une plus belle société. Du Chaos sortira qu’une autre loi de la jungle ou le plus faible sera toujours le perdant.

    Nous devons aussi dire non au faux nouveau bretton woods proposé par Gordon Brouwn et ses amis, qui essayent d’imposer brutalement un contrôle totale sur l’économie par la haute finance international de la City et Wall street.

    Nous devons au contraire nous mobiliser autour de la mise en faillite du système actuel.

    Pour aiguiser vos convictions politiques et économique afin de rentrer dans la bataille, je vous propose la lecture du dernier tract de solidarité et Progrès, L’indispensable rupture avec l’empire financier, par Jacques Cheminade : http://solidariteetprogres.org/IMG/pdf/TRACT_2008_11_03_NBW_1_.pdf

    « L’avantage des crises est qu’elles changent les règles du jeu. Il dépend de nous que ce ne soit pas pour le pire, mais pour le meilleur. »

    La France doit peser sur le G20, et nous, citoyens, devons tout faire pour influencer nos élites.

    La révolution passera par une réforme profonde du système monétaire et financier international, et non par de vaines révoltes violentes.

    David C.
    david.cabas.over-blog.fr
    leretourdusillon@gmail.com

  2. 2 moqueurpoli

    Je suis navré de voir que mon article sur la crise économique n’ait pas été interpreté correctement. Je ne crois pas, Monsieur Cabas, qu’il faille mettre en faillite le système financier actuel. Je suis plutôt d’avis qu’il faille le responsabiliser pour changer les mentalités et les habitudes de consommation. Qu’on arrête de vivre au-dessus de ses moyens, qu’on arrête de faire de la consommation le but ultime de toute économie, d’autant plus que l’on est au courant des effets néfastes d’une consommation effrenée sur l’environnement. Mon message était moins politique que philosophique.


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