Le syndrome 080808 en Finlande

24Oct08

En Finlande, le syndrome 080808 ravage la classe politique et pourrait même, si elle n’est pas habilement soignée à temps, menacer la cohésion nationale. La perte de la faculté d’entendement et de compréhension des enjeux internationaux et la subséquente tendance à dénaturer les débats géopolitiques du pays apparaissent comme les principaux symptômes de cette maladie irrationnelle qui ébranle actuellement l’élite politique, toute obédience politique confondue.

Ces derniers mois, le syndrome 080808 a soulevé quantité de débats passionnels au sein de l’Eduskunta (ci-contre), le parlement finlandais, ainsi que dans les cercles diplomatiques. Cette pathologie finlandaise s’est manifesté dès le 8 août dernier, lorsque la Russie a envahi une partie du territoire de Géorgie, suite à l’assaut militaire de cette dernière contre des ressortissants russes Abkhazes et Ossètes, pour la plupart des sécessionnistes. En Finlande, le traumatisme qu’a laissé l’invasion militaire russe est toujours palpable au sein de la classe politique. En effet, certains politiques perçoivent dorénavant la Russie comme une menace potentielle à l’intégrité territoriale de leur pays.

Quelle politique adopter face à une Russie revenue en force sur les devants de la scène internationale ? Tel est le dilemme géopolitique auquel est confrontée l’élite politique finlandaise. La paranoïa en affecte plusieurs et est à l’origine de nombreuses polémiques sur les intentions réelles de Moscou dans le monde. D’aucuns estiment (à tort) que les Russes veulent reconquérir leur ancien empire perdu (dont la Finlande a fait partie pendant près de 110 ans !) via le rapatriement ou la protection de leurs ressortissants dans les pays limitrophes.

Heureusement, quelques voix pragmatiques s’élèvent contre l’absurdité de cette russophobie. C’est le cas de Paavo Väyrynen, ancien ministre finlandais des affaires étrangères. Selon lui, la date du 8 août 2008 est loin d’avoir initié un tournant dans l’histoire des relations internationales (contrairement au 11 septembre 2001, par exemple). La réaction russe contre l’attaque géorgienne en Ossétie du Sud était une conséquence logique de la discorde russo-géorgienne qui a perduré depuis la chute de l’Union soviétique.

S’il est vrai que des tensions analogues subsistent dans les frontières méridionales russes et qu’elles peuvent faire ressurgir l’escalade de la violence dans le Caucase, en Asie centrale ou en Europe de l’Est (menant ainsi à d’éventuels conflits entre la Russie et l’Union européenne), l’intégrité territoriale de la Finlande n’en est pas pour autant menacée.  L’Ukraine, la Moldavie et les Pays baltes auraient plus raison de s’inquiéter que la Finlande. En ce qui concerne leurs relations avec son voisin russe, les Finlandais souffriraient seulement des (très improbables) sanctions économiques que pourrait imposer l’UE à la Russie, cette dernière étant le plus important partenaire économique de la Finlande après la Suède et l’Estonie.

A mon avis, l’attitude que la Finlande devrait arborer face à la Russie doit être interprétée à l’aune de trois objectifs géopolitiques interdépendants. Tout d’abord, la Finlande doit impérativement préserver son marché russe, dans lequel elle s’est beaucoup investie ces dernières années. Dans ce cadre, Helsinki doit intensifier ses relations bilatérales (économiques, commerciales, politiques, culturelles) avec Moscou. La Finlande doit en outre chercher à promouvoir et à faciliter ses activités économiques et commerciales avec la Russie. Secundo, les Finlandais doivent s’abstenir de froisser leur partenaire russe en s’embarquant dans des expéditions politiques périlleuses (comme l’adhésion à l’OTAN). Il serait plus astucieux pour Helsinki de conserver sa neutralité politique actuelle, prudente stratégie qui lui permettra de conforter des liens privilégiés avec Russes et Européens. Enfin, la Finlande pourrait être à l’avant-garde d’un projet européen de coopération et de sécurité incluant la Russie. Elle doit par conséquent œuvrer en ce sens auprès de la Commission européenne, du Parlement européen et du Conseil de l’Union européenne pour tenter de redresser l’image des Russes auprès des élites européennes largement russo-sceptiques. Il en va de son intérêt d’arrimer d’une manière ou d’une autre la Russie à l’Europe afin d’assurer sa stabilité économique et politique.

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