Stop à la russophobie !

27Oct08

Natalie Nougayrède. Son nom ne vous dit peut-être pas grand chose. Pourtant, je suis sûr que vous avez déjà dû lire au moins une fois l’un de ses articles. Car oui, Madame Nougayrède (à droite) est journaliste. Elle est en fait correspondante à Moscou pour le journal Le Monde, dans lequel elle publie régulièrement des billets sur la Russie. Des billets qui sont, bien entendu, peu flatteurs envers le pouvoir en place et dont le point d’orgue semble bien de discréditer le Kremlin et ses dirigeants aux yeux des Français. Et j’insiste: Madame Nougayrède est russophobe.

Le titre de son dernier article, publié samedi dernier, parle de lui-même: Moscou préparait la guerre en Géorgie. Bien que son argumentaire rapporte l’analyse d’Andreï Illarionov (ci-contre), principal conseiller économique de Vladimir Poutine durant son premier mandat présidentiel, on comprend bien vite que la journaliste souscrit largement aux idées critiques de l’économiste russe sur la portée réelle du conflit russo-géorgien. Et Nougayrède de choisir un titre à sensation (il faut toujours vendre son produit !). Une démarche bien orchestrée, subtile à souhait et qui l’exempte de toute subjectivité, puisqu’elle se réfère à un « expert » (un expert qui, entre nous, a claqué la porte à l’administration Poutine et dont l’objectivité devrait plutôt être remise en doute). Mais bon, le lecteur attentif ne peut se laisser berner par ce subterfuge littéraire qui consiste à diffuser ses propres opinions à travers celles d’autrui.

D’autre part, soyons honnêtes et arrêtons de fantasmer: la Russie n’a jamais « prévu » de « guerre » contre la Géorgie. Comment aurait-elle pu ? Des troupes russes de maintien de la paix étaient stationnées aux frontières des deux Etats depuis 1992, des discussions interétatiques en vue de régler les questions abkhaze et ossète étaient en cours… Donner une quelconque prétention guerrière à la Russie tient du fantasme le plus puéril, d’une mésinterprétation des évènements d’août dernier ou, plus grave, d’une volonté politique d’instrumentaliser l’évènement pour faire basculer l’opinion publique dans la crainte de cette nouvelle Russie au prestige retrouvé, dans une antipathie radicale envers celle-ci, voire dans une aversion totale pour les Russes et leur pays.

Les Russes ne sont pas nos ennemis, n’en déplaise à Madame Nougayrède. Et je persisterai en disant que l’Europe a tout intérêt à s’en faire des alliés. Au lieu de critiquer la Russie (souvent sans la connaître),  les journalistes et politiques occidentaux devraient plutôt inciter aux échanges (économiques, associatifs, politiques, culturels) avec ce pays eurasiatique. La Russie n’est plus le pays de Staline: on a parcouru du chemin depuis la fin de l’ère soviétique, et les quelques réminiscences de cette dernière transcrivent plutôt l’inquiétude d’un peuple face à un futur incertain qu’une véritable nostalgie du communisme.

Du reste, la Fédération russe demeure, comme la France, un Etat démocratique (le knout, le goulag, les camps de travail en Sibérie, c’est fini tout ça !). Seulement, la démocratie s’est adapté à son environnement.  Et puis, entre nous, les critiques adressés au Kremlin peuvent aussi s’appliquer à la France: fraudes électorales (n’a-t’on pas assister à de telles irrégularités en France ?), contrôle politique de l’information (Sarkozy ne contrôle t’il pas indirectement les médias ?), étranglement des libertés civiles (Qu’en est-il du fichier Edvige qui, selon ses détracteurs, menace la vie privée au nom de la sécurité publique ?)… Ce que l’on reproche à la Russie, on peut très bien le reprocher aux Occidentaux. La Russie est peut-être un pays conservateur et autoritaire sur plusieurs points mais ce n’est pas pour autant une dictature ! Il faut savoir faire la part des choses. Au pays de Pouchkine, le besoin d’un pouvoir fort s’explique principalement par un passé validant cette forme de gouvernance et par la difficulté chronique à maintenir la cohésion sociale et nationale dans le pays le plus étendu du monde, pays qui, doit-on le rappeler, abrite une mosaïque ethno-culturelle spectaculaire empreinte à de fortes tensions sociales.

Pour en revenir à l’article de Nougayrède, s’il y a bien quelqu’un qui a méticuleusement préparé et planifié les affrontements entre Russes et Géorgiens, c’est Mikhaïl Saakachvili. Le jeune président géorgien (il n’a que 40 ans !) savait très bien qu’il pouvait compter sur le soutien moral (et même militaire) des Américains, ces derniers ayant en partie financé la Révolution des Roses qui l’a porté au pouvoir en novembre 2003. En abreuvant le lectorat français de ses diatribes contre les Russes, Nougayrède ne fait qu’alimenter une russophobie inutile et perverse qui pourrait avoir de graves conséquences sur le futur des relations bilatérales entre la France et la Russie.

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11 Responses to “Stop à la russophobie !”

  1. 1 ANNA

    Bravo !
    Et merci ! (de la part d’une russe…)
    p.s. dommage que vous n’êtes pas nombreux a être si lucide…

  2. 2 Michel Marte

    Le Monde n’est plus qu’un torchon qui ne vaut pas plus qu’une affiche « A vendre ».

    Les occidentaux ont déjà réussi à offrir l’empire chrétien ottoman aux hordes Turques. Nous sommes en train de ré-éditer notre exploit avec la Russie. Mais s’il y a une telle agitation anti-Russe, c’est qu’elle profite à quelqu’un. Mais pourquoi des Fikielkraut, Carbone Bernard etc s’acharnent t’ils? Pour l’intérêt du pays dont ils détiennent le passeport ou pour d’autres intérêts?

    La Russie n’a jamais soutenu Israel inconditionnellement. Oh.

  3. 3 Denys PLUVINAGE

    Bonjour,
    je découvre votre article un peu tardivement à l’occasion d’une recherche sur un autre sujet. Je partage totalement votre opinion. J’ai vécu et travaillé à Moscou pendant quinze ans, de 1992 à 2007. J’ai donc vu de très près le chaos des années 90, le « travail » des conseillers étrangers. Puis la reprise en main par le président Poutine qui lui a valu cette énorme popularité en Russie. J’ai côtoyé certains journalistes français en poste en Russie au début des années Eltsine et l’un d’entre eux m’a expliqué comment ses reportages étaient orientés depuis Paris par un rédacteur en chef qui avait besoin d’y retrouver ses stéréotypes.
    Fin 2007, à mon retour, j’ai découvert une russophobie que je ne soupçonnais pas. Je dois dire, cependant que cette russophobie semble diminuer, en tout cas auprès des entreprises que je conseille dans leur expansion en Russie. Cette russophobie n’existe pratiquement pas parmis les moins de trente ans que je rencontre. Leurs ainés, cependant, semblent pour beaucoup d’entre eux ne pas être sortis de la guerre froide.
    J’ai moi-même écrit un article sur la russophobie que l’on peut télécharger à l’adresse :
    http://blogs.ionis-group.com/isg/planete-ouverte/russie/denys_pluvinage_en_russie_isg/
    Bien cordialement
    Denys

  4. 5 Lord A. Saville

    Excellent article, équilibrée dans sa présentation qui traduit plutôt le côté professionnel des relations franco-russes que le côté médiatique et donc celui des journalistes. Il est aussi instructif pour comprendre les réelles relations franco-russes de se reporter aux rapports des missions sénatoriales et de celles des parlementaires pour comprendre le décalage entre d’un côté la réalité russe et le besoin de pragmatisme du mode professionnel et de l’autre côté la persistance d’une vision idéologique que l’on ne peut supposer qu’héritée du temps de la guerre froide.

  5. 6 moqueurpoli

    Bonjour Anna,

    Merci pour ce commentaire. Ne désespère pas : la russophobie est le fait d’une méconnaissance totale de la Russie et de sa culture. Avec la mondialisation, les Français (et les Européens en général) seront obligés d’entrer en contact avec ce pays que j’adore tant.

    Bien cordialement.

  6. 7 moqueurpoli

    С Новым Годом !

  7. 8 moqueurpoli

    Bonjour,

    Je suis tout à fait d’accord avec vous. Mais je persiste à croire que cette russophobie n’est pas qu’une vision idéologique héritée du temps de la guerre froide. Elle révèle une certaine fermeture d’esprit de certains Européens – que corroborent les exemples turcs ou arabes – face à une culture étrangère. Envoyez-les à Saint-Petersbourg, à Moscou, à Istanbul ou au Caire, faites-les discuter avec la population locale et vous verrez comme ces européens changeront d’avis.

    Bien cordialement.

  8. 9 zelectron

    Le Monde était, je dis bien était, un grand journal; ce qu’il est devenu ? un torchon comme tant d’autres. Passons, Natalie Nougayrède souffre peut-être de troubles cognitifs légers qui l’empêcheraient d’avoir la moindre objectivité ou bien quelque ennuis personnels ou encore des ennuis de santé: souhaitons lui un prompt rétablissement.
    Ceux qui sont russophobes en ce moment sont ceux qui vont demain applaudir à tout rompre aux réussites industrielles et commerciales, humaines et environnementales, sportives et scientifiques, spatiales et politiques de ce si beau pays qu’est la Russie !

  9. 10 Sergey Selyunin

    Bonjour !

    Les photos des russophobes – Natalie Nougayrède, Marie Jégo, Noelle Lenoir, André Glucksmann et cetera : http://tchaykovsky.com/rusphobi/nat_noug.htm

    Merci.


  1. 1 An 1 | Dissonance

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