La main du diable, de Maurice Tourneur (1943)

02Nov08

Une auberge de montagne isolée. La nuit. Des clients sont rassemblés dans le hall d’entrée et discutent. Tout d’un coup, un étrange individu fait son apparition. Il paraît être traqué. Il porte pour tout bagage un coffret qu’il serre précieusement sous son bras. Les pensionnaires le pressent de leur raconter son histoire. Flash Back. Peintre médiocre et malheureux en ménage, Roland Brissot a racheté à un restaurateur italien un talisman magique: une mystérieuse main coupée, enfermée dans un coffret qui lui apportera talent, célébrité, amour et fortune. Or, cette acquisition scelle un pacte avec le Diable qui, masqué sous les traits d’un petit homme vêtu de noir, ne tarde pas à lui réclamer son âme en échange…

Film fantastique français de Maurice Tourneur.
1h22, 1943.
Avec Pierre Fresnay (Roland Brissot), Josseline Gaël (Irène), Noël Roquevert (Mélisse, le cuisinier italien), Palau (le petit homme alias le Diable), Pierre Larquey (Ange), Guillaume de Sax (Gibelin)…
Note: 14/20.

Classique du cinéma français, La main du diable fait partie de ces rares productions françaises à avoir traité aussi explicitement de l’esprit du mal. Réalisé sous Vichy pour le compte d’une société allemande (Continental), l’œuvre reste profondément moralisatrice – l’argent et le succès ne font pas le bonheur et éloigne des vrais valeurs – dans une France accablée par l’effort de guerre et dont l’économie se résume aux pénuries et rationnements alimentaires.

Tourneur reflète avec un réalisme éloquent la tension persistante qui régnait à l’époque de l’occupation. Étonnant que personne n’ait pu y voir une quelconque allusion métaphorique à l’oppression d’Hitler et de ses troupes nazies (le Diable) sur le peuple français (symbolisé ici en la personne de Brissot)… Mais il est vrai qu’en cette période difficile le cinéma n’avait pas vocation à la sédition mais à l’évasion, à la distraction.

Adaptation remaniée du mythe faustien, le film plonge dès les premières minutes le spectateur dans un climat intriguant et angoissant, climat d’ailleurs entretenu par un esthétisme empruntant pour beaucoup à l’expressionnisme allemand d’avant-guerre (jeu d’éclairage entre la lumière et la pénombre, ombres sur les murs, cadrages inclinés, regards expressifs des acteurs). Du reste, les apparitions successives du « petit homme » contribuent au mystère ambiant dans lequel baigne le film.

Cette fable fantastique s’appuie de surcroît sur une palette de talents confirmés. En premier lieu, Pierre Fresnay, dont la virtuosité artistique n’est plus à démontrer. Aussi bien à l’aise en smoking qu’en haillons crasseux, il est tout simplement percutant en pauvre peintre qui tente de fuir son effroyable destin et réussit une fois de plus à nous épater. Et que dire de ce Noël Roquevert, inoubliable, qui s’en donne à cœur joie en simulant un accent italien expressif à souhait mais plutôt caricatural. Ou de ce sympathique Pierre Larquey, attachant  et paternel dans son rôle d’ange protecteur.

Outre la fin (aussi bâclée que précipitée), on regrettera peut-être la voix avenante, le sourire niais ou encore les yeux peu malicieux de Palau, qui interprète ici un Satan bien timide, plutôt réservé et assez craintif (aux antipodes de la représentation satanique traditionnelle). Entiché d’un chapeau melon et paré d’un porte-documents, le diable devient ici plus candide et dérisoire que jamais. Malgré ces quelques réserves, le film conserve une atmosphère quelque peu désuète mais qui ne peut que séduire le cinéphile. Un fleuron du cinéma français à voir ou à revoir.

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One Response to “La main du diable, de Maurice Tourneur (1943)”

  1. 1 Frydman Charles

    LE DIABLE DIABOLISAIT

    Bien sûr le diable c’était et les troupes nazies…

    Et pour que le peuple ne s’en aperçoive pas, le diable diabolisait…

    Il diabolisait les communistes dans une affiche de 1943 représentant Staline avec une main énorme sur un village français. Avec pour légende en rouge ne haut à gauche: « la main du diable » , et en bas ironiquement: » ça sent si on la France ».

    Il diabolisait les juifs dans l’exposition de septembre 1941: « le juif et la France ».
    Une affiche rappelant celle du film « la main du diable » don le scénariste Jean-Paul le Chanois était juif et communiste !!! Maurice Tourneur était le fils d’un bijoutier juif…

    Dans le film le diable c’est aussi les mathématiques…celles du petit homme qui double le prix du rachat de l’âme tous les jours comme dans une légende sur le jeu d’échecs. C’est les statistiques des jeux de hasard au casino de Monte-Carlo que Brisset ne maitrise pas…

    Et en filigrane les statistiques utilisés comme une arme par les nazis dans une démonstration pseudo-scientifique pour prouver la mainmise ds juifs…


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