Nouvelles perspectives américaines (II)

06Nov08

Le challenge des pays émergents

Quelle diplomatie déployer à l’égard des puissances émergentes (Russie, Chine) dont l’importance stratégique ne saurait être négligée ? Quelles attitudes privilégier ? Quels comportements éviter ? Il est difficile pour l’heure d’imaginer une politique américaine différente de celle menée sous la présidence de George W. Bush.

Vladimir Poutine i Hu Jintao

La présidence de Barack Obama ne devrait pas bouleverser de manière durable la stratégie globale américaine déjà déployée depuis plusieurs années. Au contraire, le nouveau président n’aura guère le choix que de la poursuivre. Tantôt cordiales et bienveillantes, tantôt tendues voire hostiles, les relations qu’entretiennent les Américains avec les pays émergents resteront vraisemblablement ambivalentes. C’est que, du point de vue américain, ces nouveaux pays industrialisés sont à la fois perçus comme des partenaires et des adversaires sur la scène internationale.

china-america1Avec la Chine, Barack Obama devrait poursuivre la politique pragmatique menée par son prédécesseur: intensifier le commerce avec la Chine, renforcer les liens politiques et fermer les yeux sur la question des droits de l’homme pour éviter de mécontenter l’une des économies les plus prospères de la planète. Cette diplomatie est en fait le fruit de l’interdépendance économique et commerciale croissante entre les deux pays (plus du quart des importations américaines sont chinoises et les principales réserves mondiales de change libellées en dollars sont à Pékin). Seule une crise majeure au sujet de Taïwan pourrait modifier la politique américaine vis-à-vis de la Chine. Mais les intérêts économiques l’emporteront toujours sur un quelconque humaniste.

russiaamerica11Avec la Russie, un certain pragmatisme devrait prévaloir. Les relations demeureront sans doute floues mais immanquablement animées, ponctuées de collaborations opportunistes (notamment dans les domaines de l’énergie, du nucléaire, et de la lutte contre le terrorisme) et de tensions chroniques (élargissement de l’OTAN, bouclier nucléaire américain, politique russe de voisinage à l’égard des anciennes républiques soviétiques). Le conflit russo-géorgien a clairement démontré au monde que la Russie était prête à en arriver aux armes pour défendre ses intérêts nationaux, ce qui ne manquera pas de faire réfléchir la nouvelle administration à Washington. Par ailleurs, un isolement de la Fédération russe sur la scène internationale serait d’autant moins concevable que la Russie dispose d’un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU et que Moscou dispose des plus importantes ressources gazifères de la planète. Outre en Europe de l’Est et dans le Caucase, des tensions risquent d’émerger en Arctique si le partage effectif des frontières maritimes n’est pas scrupuleusement respecté par l’un des membres du club des cinq.

Ci-dessous, je vous propose d’examiner deux cartes (l’une en anglais, l’autre en russe) qui propose une lecture partisane de la stratégie américaine vis-à-vis de la Chine et  de la Russie. Elles détaillent comment les Américains, par le truchement d’alliances, de satellites, d’armes et de bases militaires, encerclent la Chine et la Russie et cherchent à entraver leur expansion économique, politique et militaire. Bien que le caractère propagandiste de ces documents saute aux yeux, les informations contenues dans ces cartes demeurent très intéressantes.

map_america_china1

« Comment l’Amérique surveille l’expansion chinoise »

nato_russia1

« Comment les Américains contrôlent le territoire de la Russie ».

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7 Responses to “Nouvelles perspectives américaines (II)”

  1. Pour la thérie de l’encerclement, elle est encore plus frappante vis à vis de l’Iran. J’avais vu un intéressant numéro du Dessous des cartes, sur le sujet!

    Je me régale avec tes billets! 🙂

  2. Si les Russes se sentent encerclés par les Américains, la crainte des Américains est de se retrouver isolés derrière les océans.

  3. 3 moqueurpoli

    Merci Olivier pour ces commentaires.

    En ce qui concerne ta première intervention, je suis d’accord. Depuis 2003, la stratégie américaine au Moyen-Orient s’est principalement employée à contenir les visées impérialistes d’une Iran qui compte (toujours) détenir l’arme nucléaire d’une part et à l’encercler militairement d’autre part pour mieux se parer à une attaque de plus ou moins grande envergure. Obama a dit qu’il resterait ouvert au dialogue mais… rien n’est moins sûr.

    Je ne crois pas, par contre, que les Américains ont peur de se retrouver isolés entre deux océans. Avec la dépression économique qui semble perdurer, je crains plutôt que ce ne soit Washington qui risque de s’isoler d’elle-même, en instaurant notamment des mesures protectionnistes unilatérales qui, bien qu’en contradiction avec les lois du marché global, pourraient séduire une population affligée par la « crainte du lendemain ».

  4. On en encore la preuve aujourd’hui, avec le missile lancé par Téhéran, et qui pourrait atteindre Israël, bien sûr, mais aussi la Bulgarie ou la Grèce (donc l’UE).

    Sinon, c’est vrai qu’il y a une tentation de retour au protectionnisme, et les Canadiens craignent cette tentation, mais à mon avis ça ne sera pas viable. Les États-Unis n’ont plus d’industrie depuis longtemps, et tout ce qui reste est en train de s’écrouler. GM en est le symbole le plus frappant. Quand ce géant ne pourra plus payer ses factures, le monde va trembler, et j’ai lu dans mes journaux préférés que la faillite pouvait être en janvier (11 milliards de réserves en caisse pour 16 milliards de dépense par mois).
    Or, les États-Unis, même s’ils consomment moins, ont quand même besoin d’importer l’essentiel de leurs biens.

    Ce que je trouve inquiétant, ces jours-ci, c’est que rien ne semble pouvoir arrêter la crise, pas même la Chine qui voit ses carnets de commande fondre comme neige au soleil. La déflation est là… et le chômage revient. :-/

    Et ce que je trouve encore plus inquiétant, c’est que le gouvernement américain allonge centaine de milliards sur centaine de milliards pour Fannie Mae, Freddie Mack, AIG… le plan Paulson, bientôt GM… la dette explose.

    Si un jour que je crois proche, quelqu’un commence à remettre en cause l’assise financière de l’État fédéral, alors là…

  5. 5 moqueurpoli

    Je te conseille la lecture du livre « Après l’empire. Essai sur la décomposition du système américain » de l’essayiste franco-américain Emmanuel Todd (publié aux Editions Gallimard, en 2002). L’auteur y offre une réflexion particulièrement intéressante sur la puissance déclinante des États-Unis et la relie au fait que les Américains ne sont plus des producteurs mais des consommateurs, ce qui a renforcé leur dépendance envers le marché global qu’ils ne contrôlent plus.

    Si une chose est sûre avec la crise économique, c’est la chute de l’impérialisme américain sur le système financier mondial.

  6. Je l’ai lu en 2003, et relu vers 2005. Bon bouquin. 🙂

    Après mes lectures de ce matin, je me dis qu’après la bulle immobilière qui vient d’exploser, crevant la bulle sur les matières premières, entrainant l’économie réelle, la prochaine bulle pourrait être le dollar.
    – il sert de valeur refuge (mais quel refuge!!) grâce à l’attrait des bons du Trésor.
    – la dette des ménages, des États, et de l’État fédéral est colossale. Les plans de sauvegarde et de relance se succèdent, financés par un État qui fait marcher la planche à billets à plein régime. Encore aujourd’hui, GM, Ford et Chrysler qui demandent 25 milliards…
    Or
    – les Américains rapatrient leurs capitaux mais les Japonais, les Chinois… pourraient faire pareil, après tout (le Japon est en déficit et la Chine se retrouve en surproduction).
    – qui posera en premier la question de la solvabilité des États-Unis et de la réelle valeur du dollar?

    Ça peut se faire rapidement. Après tout, il y a trois mois, on n’imaginait pas la faillite de l’automobile américaine, ni le retour de la déflation… on était obnubilé par l’effet de second tour de l’inflation.

  7. 7 moqueurpoli

    Tu as certainement raison. Les Américains vont devoir accepter leur nouveau statut de puissance moyenne, aux côtés de la Chine, de la Russie, de l’Allemagne, du Japon, du Brésil, de la Grande-Bretagne, de la France, de l’Inde. Mais ce sera un processus long et difficile.


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