Nouvelles perspectives américaines (IV)

13Nov08

La politique américaine au Moyen-Orient

« Tant que le Moyen-Orient restera un lieu de tyrannie, de désespoir et de colère, il continuera de produire des hommes et des mouvements qui menacent la sécurité des États-Unis et de nos amis. Aussi, l’Amérique poursuit-elle une stratégie avancée de liberté dans le Grand Moyen-Orient » (George Bush, Discours sur l’état de l’Union, 24 janvier 2004).

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La « doctrine Bush » proposait un remodelage du « Grand Moyen-Orient« , concept géopolitique approximatif et dénué de sens si l’on en juge d’abord par la diversité culturelle qui caractérise la sphère arabo-musulmane. Sous son air humaniste (la démocratie libérale à l’américaine est moralement supérieure et doit donc s’exporter dans le monde), cette politique avait pour but de maintenir la suprématie militaire américaine dans cette région du monde afin de profiter des importantes ressources pétrolières qui s’y trouvent et de préserver la sécurité intérieure des Etats-Unis en luttant contre le terrorisme.

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Compte tenu de la menace terroriste qui pèse toujours sur les intérêts américains dans le monde, la marge de manoeuvre du prochain locataire de la Maison Blanche demeure plus que modeste. Bien qu’elle soit désastreuse, la politique moyen-orientale de George Bush ne fera pas l’objet d’un rejet radical de la part d’Obama. Si le discours présidentiel risque de changer en substance (Obama privilégie la diplomatie au conflit armé), l’action politique, en revanche, ne devrait pas subir de grandes distorsions. Au Moyen-Orient, Obama devrait donc s’inscrire dans la continuité politique de Bush: maintien d’une présence américaine renforcée en Afghanistan et en Irak, poursuite du soutien à Israël et de la guerre contre le terrorisme, campagne contre la prolifération nucléaire et, par conséquent, contre la nucléarisation de l’Iran.

usa_israel_flag_largeAvec Israël, les Américains disposent d’un puissant allié dans la région, le seul qui soit véritablement démocratique avec la Turquie (autre alliée de Washington). Souvent imbriqués, les intérêts israéliens et américains sont intimement liés depuis plusieurs décennies, au point où l’on voit mal Obama refuser la défense d’Israël en cas d’agression ou de menace à sa sécurité. Comme sous l’administration Bush, la relance du processus de paix israélo-palestinien devrait ponctuer l’agenda présidentiel au cours des quatre prochaines années. Mais le soutien indéfectible de Washingnton à Israël risque (encore une fois) d’entraver les négociations.

guerre-dafghanistanEn Afghanistan, les perspectives ne sont pas très reluisantes: les combats s’intensifient, les images de guerre reviennent hanter les petits écrans, le renforcement militaire reste improductif et la reconstruction de l’Etat afghan (state building) n’a jamais été aussi près de l’échec. Barack Obama sait très bien qu’il ne peut pas désengager son pays de cette guerre. S’il le fait, ce serait le signal inopportun d’une victoire de l’insurrection des talibans et d’Al-Qaïda sur les troupes américaines. Le nouveau président américain ne pourra donc tenir un autre langage que celui de la guerre contre le terrorisme et du déploiement de troupes supplémentaires à Kaboul. Dans cette optique, il demandera une plus grande contribution à l’effort de guerre aux alliés de l’OTAN et risque de s’attaquer aux régions tribales localisées le long de la frontière pakistanaise.

guerre-en-irakAvec l’Irak, Washington s’est embourbé dans un second Vietnam. Les Américains sont dorénavant confronter à un vrai dilemne. Dans un premier temps, quitter l’Irak reviendrait à offrir sur un plateau d’argent la victoire aux insurgés irakiens et étrangers, avec le risque que leur insurrection ne se répandent à travers le Moyen-Orient et l’Asie centrale. Dans un second temps, rester en Irak affaiblirait davantage le crédit américain à l’extérieur et minerait dangereusement la cohésion nationale à l’intérieur. Que Barack Obama le veuille ou non, c’est la situation sur place qui imposera le rythme du retrait des troupes américaines et non l’inverse. Sur ce dossier, la prudence exigerait du président américain une approche pragmatique, basée sur une analyse quotidienne de la guerre, et non une précipitation dictée par des postulats pacifistes et humanistes.

Lié à la menace terroriste, le dossier de la prolifération nucléaire et des transferts technologiques devrait également tenir une place non négligeable dans l’agenda présidentiel d’Obama. Car, le sénateur de l’Illinois ne cesse de le répéter: il veut un monde sans armes nucléaires et souhaite que son pays respecte son engagement concernant le Traité de non-prolifération (TNP). Mais c’est sans compter sur les intentions parfois contradictoires de la Russie, de la Chine, d’Israël, de l’Inde, du Pakistan ou encore… de l’Iran.

us-iranAvec l’Iran, les Américains ont su jusqu’à présent éviter la confrontation armée. Barack Obama s’est dit ouvert au dialogue avec l’Iran et voudrait voir se déployer une diplomatie active à l’égard de l’Iran. Tout en négociant, celle-ci viserait l’application de sanctions plus sévères pour augmenter le coût politique et économique pour Téhéran de la poursuite de son programme nucléaire et pour inciter cette dernière à l’abandonner. Mais les visées hégémoniques iraniennes, fortes de la destruction du régime irakien ennemi, risquent de pérenniser les diatribes nationalistes et anti-occidentales des dirigeants actuels. L’administration Obama n’aurait, dans ce cadre, aucun intérêt à favoriser le dialogue et pourrait hypothétiquement se lancer dans une aventure militaire plus que périlleuse avec Téhéran.

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