Perspectives russes au Moyen-Orient

27Nov08

Anciens voisins frontaliers de l’URSS et actuels Etats limitrophes de l’Asie centrale et du Caucase, véritables arrière-cours et zones tampons de la Russie, l’Iran, l’Irak et l’Afghanistan sont les principales cibles de la politique moyen-orientale de la Russie. Compte tenu de sa contigüité avec la région caucasienne, la diplomatie russe maintient en Irak une présence importante mais difficile, d’autant plus que le pays est en proie à une situation chaotique.

teheran1Avec l’Iran, les relations se sont fortement intensifiées depuis l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine. La Russie demeure aujourd’hui le premier exportateur d’armes conventionnelles à l’Iran. La coopération nucléaire de la Russie dans ce pays, illustrée par la construction russe de la centrale de Bushehr, relève de considérations économiques sur un marché iranien lucratif et prospère. Mais au-delà des intérêts économiques, la Russie et l’Iran partagent des visions et des objectifs communs sur les questions de la lutte contre une contagion islamiste d’origine sunnite, de la concertation pour la stabilité de l’Afghanistan et de la coopération énergétique associant le triangle Moscou-Téhéran-New Delhi. Plus globalement, les deux gouvernements partagent la volonté de maintenir un système multipolaire en limitant l’hégémonie américaine. En revanche, plusieurs dossiers suscitent l’inquiétude de Téhéran et risquent de générer des frictions diplomatiques entre les deux États frontaliers: le système d’alliances militaires russes avec les anciennes possessions soviétiques autour de la mer Caspienne, le rapprochement spectaculaire opéré avec Israël ou encore les intérêts russes en Irak concurrencent certaines visées iraniennes.

bagdadAvec l’Irak, la principale préoccupation russe est l’apurement du passif pétrolier. En d’autres termes, Moscou cherche à récupérer le remboursement de la dette irakienne, estimée à 8 milliards de dollars, engrangée par ses importations d’armements durant la période soviétique. Avant la guerre engagée par l’administration américaine sur Bagdad, un grand dilemme frappait la diplomatie russe en Irak. D’une part, la Russie accomplissait, auprès de l’Organisation des Nations Unis, des efforts diplomatiques visant la réduction, à défaut de suspension ou d’élimination, des sanctions internationales sur l’Irak qui entravaient alors son accès au marché pétrolier irakien et l’empêchaient d’y faire valoir ses droits sur la dette irakienne. D’autre part, dès 2001, la Russie s’était engagée dans une nouvelle alliance russo-américaine, basée sur la lutte anti-terroriste, dans laquelle elle ne pouvait que difficilement contester un allié américain déterminé à partir en guerre contre le régime de Saddam Hussein. Le refus de Moscou de se lancer dans cette aventure militaire n’ayant pas empêché Washington de l’entreprendre, la Russie tente à présent de recouvrer ses intérêts pétroliers – notamment de juteux contrats d’exploration du sous-sol irakien contractés par la société LouKoil – et le remboursement de la dette soviétique irakienne dans un lourd et dangereux contexte marqué par le chaos.

kaboulEn Afghanistan, les conditions sont profitables à la Russie. Les Russes se plaignaient souvent que des combattants tchétchènes étaient entraînés en Afghanistan et qu’ils étaient soutenus par l’organisation Al-Qaïda. Ils avaient eu l’intention, plusieurs mois avant les évènements du 11 septembre, de bombarder l’Afghanistan pour enrayer ce phénomène en coupant l’aide financière et logistique apportée par les Talibans aux islamistes du Tadjikistan, d’Ouzbékistan et de Tchétchénie. Vladimir Poutine désirait alors se débarrasser de la mouvance islamiste pour éviter sa propagation à l’ensemble de l’Asie centrale, voire à l’intérieur même des frontières russes. Du coup, les Russes considèrent globalement que les Américains ont fait le travail pour eux en combattant les Talibans. Un travail qu’ils auraient dû faire eux-mêmes de toute façon à plus ou moins brève échéance. En outre, avec la reconstruction de l’Afghanistan, Moscou peut espérer remporter de fructueux contrats, voire même retrouver l’influence qu’elle a perdue dans ce pays.

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