Le Groenland en route vers l’indépendance

01Déc08

Après le Timor oriental (2002), le Monténégro (2006), le Kosovo (février 2008), l’Ossétie du Sud (août 2008) et l’Abkhazie (août 2008), le Groenland pourrait bien rejoindre à son tour le club des nations nouvellement indépendantes du XXIe siècle.

carte-groenlandMardi dernier, les électeurs groenlandais étaient appelés à se prononcer par référendum sur un nouveau régime négocié avec le Danemark, un régime qui leur accorderait une autonomie élargie (incluant le pouvoir sur sa police, ses tribunaux et ses garde-côtes, l’officialisation de la langue inuit comme unique langue officielle, le droit de contrôler leurs propores ressources minérales et énergétiques, le droit à l’autodétermination et à la reconnaissance du peuple finlandais par Copenhague). Le texte soumis à la population proposait au total des transferts de compétence dans plus de 30 domaines.

la_cote_du_groenlandOn l’aura deviné, les Groenlandais ont sans surprise choisit massivement l’autonomie élargie (75,5 % des suffrages exprimés), ouvrant ainsi la voie à une potentielle indépendance de Nuuk (capitale groenlandaise) vis-à-vis du Danemark qui règne sur ce territoire stratégique de l’Arctique depuis près de trois siècles. Depuis 1953, le statut de l’île n’a cessé de s’affranchir de la tutelle danoise. De colonie danoise, le Groenland devint comté d’outre-mer avant d’acquérir en 1979 une autonomie interne. En 1984, du fait de quotas de pêche trop stricts imposés par la Communauté économique européenne, les Groenlandais décidèrent de quitter cette institution à laquelle avait adhéré le Danemark en 1973.

Autrefois du ressort des autorités danoises, les relations internationales sont dorénavant laissées au gouvernement groenlandais. Depuis les deux dernières décennies, le Groenland a signé des traités spéciaux avec l’UE mais surtout avec l’Islande, les Iles Féroé et les populations inuit du Canada et de Russie. En 1996, Nuuk fut également l’un des membres fondateurs du Conseil arctique, avec la collaboraton de Copenhague.

nuukrrEn fait, ce qui sous-tend la tentation de l’indépendance, c’est la rumeur selon laquelle l’île « gelée » (et sa zone économique exclusive) abriterait d’importantes réserves d’hydrocarbures, en particulier au pôle nord. Cette rumeur, ni confirmée ni démentie, suscite évidemment les convoitises d’un peuple à même de s’affirmer sur la scène internationale. D’autant plus que le réchauffement climatique pourrait faciliter la prospection et l’exploitation dans les eaux groenlandaises. La découverte accidentelle d’un gisement de pétrole pourrait alors offrir à Nuuk (ci-contre) une économie qui la porterait vers l’indépendance économique et politique.

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11 Responses to “Le Groenland en route vers l’indépendance”

  1. L’Ossétie du Sud et l’Abkhazie sont indépendantes? C’est officiel?

  2. Je crois que le Groenland est d’ailleurs le seul territoire à avoir quitté l’UE/la CEE. Vrai?

  3. D’un point de vue stratégique, est-ce que le Groenland restera plus ou moins dans le giron américain, ou bien on peut prévoir un rapprochement avec la Russie voisine? Russie qui a des prétentions territoriales claires sur ces terres arctiques (et que le Canada ne voit pas d’un très bon œil).

  4. 4 moqueurpoli

    Officiellement, les Russes ne comptent pas revenir sur leur reconnaissance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie. Un tel acte décrédibiliserait d’ailleurs Moscou aux yeux de nombreuses nations post-soviétiques et avantagerait les Occidentaux (en particulier les Américains). Alors, pour ma part, même si les autorités de ce pays n’ont pas encore leur siège à l’ONU (à l’instar du Kosovo !), je les considère indépendants.

    Le Groenland est effectivement le seul territoire à avoir quitté l’UE. On l’explique le plus souvent par le fait que la CEE imposait des quotas de pêche trop destructeurs pour l’économie piscicole groenlandaise (qui représente environ 90 % de son commerce extérieur). Mais il ne faut pas oublier que le Groenland est majoritairement peuplé d’Inuits qui, pour la plupart, n’ont jamais mis le pied sur le continent européen. Le sentiment d’appartenance à la sphère européenne y est donc réduit aux quelques danois « expatriés » au Groenland. En outre, l’entrée dans la CEE leur avait été imposée par l’adhésion du Danemark en 1973.

    En ce qui concerne ton troisième commentaire, je dirais que, dans le Grand jeu géopolitique qui devrait se jouer en Arctique au cours des prochaines décennies, toute alliance (de quelque nature qu’elle soit) est possible. Dans ce cadre, une alliance russo-groenlandaise est aussi plausible qu’une alliance canado-groenlandaise. Du fait de la situation géographique du Groenland, je pencherais toutefois pour une alliance canado-groenlandaise. Mais on est ici dans le domaine de la science-fiction pure (lol).
    Il serait intéressant, et tu m’y fais penser, d’écrire une Histoire de l’Arctique au XXIe siècle, sorte d’essai politico-militaire futuriste qui analyseraient, à l’instar d’un Jules Verne moderne, les différentes stratégies (et les guerres potentielles) entre Etats arctiques. Si l’Union européenne conserve ses prétentions en Arctique comme elle l’a fait tout récemment il y a deux semaines, ça promet ! La guerre du siècle risque de se produire en Arctique…

  5. 5 Andrei Tilin

    Si on considère l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud comme indépendants « de facto », on doit indiquer les dates de leur propres proclamations d’indépendance (et non pas le août 2008, date de leur reconnaissance par la Russie). Leur reconnaissance par seuls la Russie et le Nicaragua ne constitue pas leur indépendance « de juré », il faudrait qu’il y ait une certaine cohorte de pays influents politiquement pour que ceci soit considéré ainsi. Peut-être même, la reconnaissance par l’ONU serait une telle condition sine qua non de cette reconnaissance…

  6. 6 moqueurpoli

    La théorie de la reconnaissance internationale est une vieille querelle de juristes qui remonte à la fin du XIXe siècle. S’il est vrai que seuls la Russie et le Nicaragua ont reconnu l’indépendance des deux provinces séparatistes de Géorgie, la seule influence politique de la Russie (qui ne reviendra pas sur cette reconnaissance) suffirait d’après moi à considérer l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud comme des Etats indépendants. D’autant plus que le pouvoir géorgien n’y gouverne plus depuis des années.

  7. Oui, mais dans ce cas, que doit-on penser de la Transnistrie? Officiellement moldave, mais occupée par les Russes… indépendante, ou pas?

  8. 8 moqueurpoli

    Je me rappelle avoir rédigé, pour mon cours de droit international, une étude sur le concept juridique de la reconnaissance étatique avec justement pour étude de cas celui de la région séparatiste de Moldavie, la Transnistrie. S’il est vrai que ce territoire n’est pas reconnu internationalement, il n’en demeure pas moins que la Transnistrie est indépendante de facto: les autorités moldaves n’ont plus accès au territoire. Ce dernier est géré par un gouvernement de Transnistriens russophones, pro-russe et désireux de devenir un sujet de la Fédération russe, à l’image de Kaliningrad.
    Mais les autorités moldaves refusent de voir cette réalité en face et hurlent au viol de leur intégrité nationale par les Russes, qui y ont installé leur régiment de la 14e armée.

    Si le sujet t’intéresse, je te renvoies à l’article que j’ai consacré à ce thème après la lecture d’un ouvrage très instructif de Xavier Deleu, « Transnistrie. La poudrière de l’Europe ».
    (https://perspectivesgeopolitiques.wordpress.com/2008/05/03/transnistrie-la-poudriere-de-l%e2%80%99europe-de-xavier-deleu/)

  9. Je vais aller voir ça. Merci!

    Il y a quantité d’autres exemples dans le monde: Somaliland, territoires palestiniens, république turque de Chypre du nord… 🙂

    Bon week-end!

  10. 10 moqueurpoli

    Oui, c’est vrai qu’il y a d’autres territoires qui ne sont pas reconnus par la communauté internationale. Et pourtant, certains fonctionnent comme de vrais Etats !
    Bref, cela démontre une chose: le géopolitique primera toujours sur le juridique…

    Je te souhaite également un bon week-end.

  11. 11 Cécile

    Pour moi le droit international démontre surtout que le plus fort a toujours raison.

    Pour l’ensemble de ces territoires la question de l’existence en tant qu’Etat reste en suspens. Il n’est pas établit que la reconnaissance soit un élément constitutif de l’Etat. Au contraire pour beaucoup l’Etat se definit simplement par un territoire, une population et un Gouvernement effectif. Dans ce cas l’existence d’un Etat n’est qu’une question de fait dont le droit ne peut que prendre acte.

    Quant à la situation de la Transnistrie… c’est pour moi un gros sac de noeud à la Russe.


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