L’Atalante, de Jean Vigo (1934)

05Déc08

l_atalanteJuliette, une fille de paysans de l’Oise jamais sortie de son village, épouse Jean, un jeune marinier patron de l’Atalante. L’équipage se compose d’un mousse et d’un second, le père Jules, qui cohabitent dans une cabine pleine de « bazar » et d’innombrables chats. Très vite, la jeune femme s’ennuie à bord. Sur les conseils d’un camelot, elle finit par fuir pour se rendre à Paris. Mais son mari, blessé dans son amour-propre, donne l’ordre de repartir sans l’attendre…

Drame français de Jean Vigo.
1h29, 1934.
Avec Michel Simon (le père Jules), Dita Parlo (Juliette), Jean Dasté (Jean), Gilles Margaritis (le camelot), Louis Lefebvre (le mousse)…
Note: 16/20

Quand un scénario banal accouche d’un film remarquable. Chef-d’œuvre incontesté du cinéma français, L’Atalante invite à une escapade poétique, une croisière lyrique à bord d’un vieux rafiot. Michel Simon, un brin branquignol, est irrésistible en père Jules. Sourire en coin, accordéon en main, l’acteur suisse est de la fête et n’hésite pas à pousser la chansonnette du bout des lèvres.

Mais cette joyeuse ivresse dissimule au plus profond de la psychologie des personnages un état d’esprit tout autre. Rien n’y fait, pas même les chants et les danses ludiques. Le chaland se révèle objet de suffocation psychique, d’étouffement intellectuel, de léthargie mentale. Personne n’échappe à cette malédiction effroyable.

D’abord Juliette. En voulant échapper à son village, elle se retrouve dans une situation d’enfermement bien pire: sur le chaland, aucune issue; sur le fleuve, aucun débouché. Elle fuit ce monde si dérisoire, si commun, si insignifiant pour en découvrir un autre fait d’illusion, de violence, de duperie, de perversion.

Le père Jules, ensuite. A l’exception de ses chats, ce fier à bras est un sans amis, un sans famille. Il s’enferme malgré lui dans un univers fait de faux semblants. Son monde est imagination, mensonge, souvenir, mélancolie.

Enfin, Jean. Vexé du désintérêt que lui porte sa femme, le nouveau marié jaloux, violent, oppressif, s’enferme à son tour dans ses préjugés, dans ses certitudes, dans ces convictions. Sa dépression l’amènera à douter de lui puis à expier ses actes lors d’une scène aquatique d’un lyrisme quasi transcendental.

Du reste, le film se distingue par une technicité singulière emprunte de surréalisme, de sophisme et d’érotisme. La musique, folâtre, joviale, juvénile, tranche nettement avec le drame de la désunion du couple. Subtilité des cadrages, finesse stylistique et aisance des acteurs font de cette oeuvre originale un impératif pour votre culture cinématographique. Un film à voir.

 

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