Tension délétère en Amérique latine

08Déc08
Décidément, rien ne va plus en Amérique du Sud. A la suite du rappel par le président Lula de son ambassadeur en poste à Quito le 25 novembre dernier, le Paraguay, la Bolivie et le Venezuela – en guise de soutien à l’Equateur – ont vivement récusé la semaine dernière le leadership brésilien au sein de la communauté économique et politique des pays d’Amérique latine, plus connue sous son nouveau nom générique d’UNASUR (Union des nations sud-américaines), organisation supranationale créée en mai 2008 à l’image de l’Union européenne.
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Pomme de discorde ? Une usine hydroélectrique construite en territoire équatorien par l’entreprise brésilienne Odebrecht (à droite). Baptisée San Francisco, la centrale devait fournir 12 % de l’électricité en Equateur. Mais le projet a été suspendu en septembre par le président équatorien, Rafael Correa, sous le prétexte de l’incompétence technique de l’entreprise, après que des défauts de construction aient été observés au cours d’une inspection de l’usine en question. Depuis, ce fâcheux incident a provoqué une véritable brouille diplomatique entre Quito et Brasilia: Correa a expulsé Odebrecht et conteste le prêt de 243 millions de dollars (192 millions d’euros) que lui a accordé la Banque nationale pour le développement économique et social (BNDES) du Brésil pour financer ce projet.
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La récente décision de Rafael Correa (à gauche) de s’en référer à un tribunal international arbitral marque une ère inédite de contestation interne de la gouvernance régionale en Amérique latine. Etranglés par la crise financière internationale et alignés sur les positions de l’Equateur, certains gouvernements de gauche parmi les plus radicaux (Caracas, La Paz et Asunción) ont communiqué à Brasilia leur décision de revenir sur leurs dettes contractées avec le Brésil. En réponse à cette menace collective, le président Lula a mis en garde ses voisins contre une manœuvre politique qui ne ferait que saper la confiance des investisseurs, paralyser le financement de grands projets régionaux et mettre un frein à l’intégration de l’Amérique du Sud. Au-delà du différend commercial, on assiste à une véritable lutte géopolitique entre le Brésil et le Vénézuela pour la puissance régionale (et morale !) en Amérique latine.
hugo-chavezPour Hugo Chavez (ci-contre), instigateur de la révolution bolivarienne d’obédience marxiste, la gauche brésilienne s’est embourgeoisée: elle s’est quelque peu recentrée vers le centre de l’échiquier politique, s’est adaptée au capitalisme et s’est fourvoyée en s’alliant à l’ennemi américain. C’est cette analyse qui le pousse à contrebalancer le poids de Brasilia au sein du Mercosur. Et pour cela, il n’hésite pas à entraîner dans sa cohorte d’autres pays sud-américains. Le 26 novembre dernier, les pays de l’ALBA (Alternative bolivarienne pour les Amériques) se sont félicités de la décision de l’Equateur d’annuler le paiment de sa dette à l’égard du Brésil. Appuyés de ses homologues boliviens, nicaraguayen et hondurien, Chavez s’est fait le porte-parole d’une « réponse concertée » à des actions qui sont « contre la volonté de l’Equateur« , qui « blesse son économie » et qui menace de « rompre l’ordre civil« . Il a par la suite encourager les gouvernements de la région à suivre les traces de l’Equateur.
luiz-inacio-silva-da-silvaPour Luiz Inacio Lula da Silva (à gauche), l’intégration régionale est capitale, voire impérative pour le développement politique, économique, commercial, social et culturel de la région sud-américaine: le précédant établi par l’Europe est la preuve flagrante que  l’unification des Etats au sein d’une structure supranationale puissante entraîne des progrès notables dans ces domaines. Durant ses deux mandats à la tête de l’Etat brésilien, cet ancien ouvrier métallurgiste s’est attelé à conduire l’ensemble des pays latino-américains vers une communauté de destin unique. Heureux aboutissement, fruit d’une longue histoire, la création de l’UNASUR s’inscrit directement dans cette stratégie. Outre la communauté économique, le projet inclut à terme le passage à la monnaie unique, l’octroi d’une citoyenneté et d’un passeport commun et l’instauration d’un parlement commun.

drapeau-de-lunasurPlus grand prêteur en Amérique du Sud, la BNDES est un outil économique dont se sert Lula pour financer divers projets de développement en Equateur, au Vénézuela, à la Bolivie, au Paraguay, pour ne citez que ces pays (qui insistent sur la nécessité de remettre en cause la légalité des dettes contractées ou de ne pas les assumer tout simplement). Dans ce cadre, le prochain sommet des dirigeants de l’UNASUR (ci-contre), prévu les 16 et 17 décembre prochain, pourrait permettre à Lula de réaffirmer la pertinence de son leadership en Amérique du Sud en tentant de trouver une solution « à l’amiable » au problème conjoncturel de la dette équatorienne.

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