La crise s’invite à Monaco

09Déc08

Le projet était pharaonique. Monaco prévoyait depuis 2005 l’aménagement d’une presqu’île pour gagner 15 hectares de terrain sur la mer, soit 8 % de la surface actuelle de la petite principauté de 2 km². La presqu’île en question devait abriter logements, hôtels, commerces, restaurants, musées. Elle devait également accueillir 2 000 touristes (!) résidents supplémentaires. Mais cette extension urbaine sur l’espace maritime de Monaco vient tout juste d’être suspendu par le Prince Albert.

monacoLe dirigeant monégasque aurait invoqué l’actuelle crise économique comme motif principal de la suspension de ce chantier titanesque estimé entre 4,5 et 9,5 milliards d’euros. Inutile de vous dire que cette décision est très mal vécue auprès des deux groupes (Monte-Carlo Development Company et Monte-Carlo Sea Land) pressentis pour le projet. Le premier groupe aurait déjà dépensé 36 millions d’euros en frais d’étude et ne serait pas prêt à abandonner un projet qu’il estime rentable. A l’origine, sa candidature avait été retenue pour l’aménagement d’une dalle sous-marine à 50 mètres de profondeur et le traitement urbanistique de l’île. Le second avait été sélectionné pour son projet gargantuesque de concevoir une « Venise monégasque » parsemées de canaux intérieurs.

Grand amoureux de la nature trop peu présente dans cette ville balnéaire bétonnée à l’extrême, le Prince Albert s’est également inquiété de l’impact du nouveau quartier potentiel sur l’écosystème méditerranéen en rade de Monaco. Le souverain monégasque désirait en faire un « quartier durable », « exemplaire » et « soucieux de la protection des fonds marins, de la faune et de la flore ». Malheureusement pour lui, force est de constater que les éléments ne sont pas réunis pour donner satisfaction au suzerain monégasque.

monaco-quartier-fontvieilleMonaco est d’ailleurs loin d’être un modèle en matière de politique environnementale: au cours du dernier siècle, de grands travaux ont permis à Monaco de s’étendre de près de 40 hectares par le biais de remblais sur la mer… le plus souvent au détriment de son écosystème. Dans les années 60, le Forum Grimaldi et le Larvotto ont été érigés sur la mer. En 1965, un nouveau quartier (à droite), près de celui de Fontvieille, a été construit. Il accueille dorénavant le stade Louis-II, l’Université de Monaco (dans laquelle j’ai failli étudié) et une grande surface. En 2003, une digue semi-flottante de 352 mètres de long pour un poids total de 163 000 tonnes a été édifiée. Elle est à l’origine de 360 nouvelles places de parking (vive la pollution automobile !), 25 000 m² de stockage, 2 gares maritimes (vive la pollution maritime !), des locaux administratifs et commerciaux (vive la pollution sonore !) et un parc immobilier de 15 000 m² (vive la pollution urbaine !).

Lors de mon bref passage à Monaco cet été, avant de m’envoler vers la Finlande, j’ai pu encore une fois admiré le triste paysage d’une urbanisation saturée, d’une côte sur-bétonnée, d’une des villes les plus pollués de la Côte d’azur. La suspension par le Prince Albert de son projet urbain d’envergure risque fort bien de n’être qu’une pause momentanée dans la frénésie immobilière des Monégasques (et de ses touristes fortunés), les enjeux économiques et financiers étant trop important. En attendant, venez observez à la longue-vue comme moi ce que l’avenir leur réserve…

monaco-ete-2008

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6 Responses to “La crise s’invite à Monaco”

  1. 1 Melina

    Bonjour,

    De temps à autre, je lis votre blog et il me semble que vous n’êtes pas toujours pertinent dans vos analyses.

    Monaco est une ville que je connais bien et je voulais juste vous faire remarquer que la dimension écologique du nouveau programme est un aspect que vous évacuez un peu vite.

    Par ailleurs, dire que les appartements à Monaco sont habités par de riches touristes est une approximation malheureuse. Monaco est une ville extrêmement active au niveau de la recherche-développement (médicale par exemple) ainsi que dans les secteurs financiers. Contrairement à ce que l’on pense souvent, c’est une ville où l’on travaille beaucoup. Quant aux appartements luxueux, s’ils n’appartiennent pas tous à des personnes travaillant en ville, ils ne le sont pas non plus par des « touristes ». Dans la plupart de cas, il s’agit de placements etou de défiscalisations (voire d’évasion fiscale). N’oubliez pas que Monaco figure sur la liste des paradis fiscaux européens (la liste la moins recommandable).

    Cordialement.

  2. Ça ne m’aurait pas déplu d’étudier à Monaco. Pour le climat, il y a pire.
    Sympa, la photo longue-vue. 🙂

  3. 3 moqueurpoli

    Bonjour Melina,

    Je ne suis pas entièrement d’accord avec votre raisonnement. Monaco est également une ville que je connais très bien (je suis cannois) et je trouve qu’elle ne fait pas du tout honneur à sa politique environnementale tant exaltée par son monarque.

    Pour être franc, je ne vois pas comment le projet monégasque d’extension en mer puisse participer à la modernisation de la ville et à la sauvegarde de son écosystème… surtout lorsque l’on se doute que la surface disponible que devait offrir la presqu’île aurait majoritairement été réservée à la promotion immobilière. C’est bien connu à Monaco ! Pour moi, ça ne s’appelle pas de la modernisation mais pure soumission face aux exigences des lobbies financiers (que vous semblez encenser) et immobiliers.

    Le projet aurait permis d’accroître sensiblement la superficie du petit territoire monégasque, certes, mais il n’est pas besoin d’avoir fait un Master en gestion de l’environnement pour savoir que les conséquences d’un tel projet seront, malgré ce que peuvent en dire les deux sociétés finalistes, désastreuses pour le milieu naturel de Monaco. Sous prétexte de garantir un supposé développement de la principauté, les Monégasques saccagent ce qui leur reste encore d’espaces (à peu près préservés) et, je dirais même plus, ils sacrifient leur environnement sur l’autel de la spéculation immobilière.

    Avouez quand même, Melina, que pour un pays qui a pris l’engagement officiel de défendre la cause environnementale et qui prétend être un modèle dans ce domaine, c’est un paradoxe pour le moins déroutant (et dérangeant). Avec les projets d’extension en mer, on assiste à la destruction de l’écosystème monégasques (d’après mes recherches les remblais conduiraient à une modification des courants marins et à une accélération de la sédimentarisation.

    Je suis loin d’être un expert en urbanisme ou en aménagement du territoire: je ne suis qu’un étudiant de science politique, en filière relations internatuonales. Mais d’après moi, avant de se lancer dans des projets pharaoniques de construction, Monaco devrait avant tout s’attacher à améliorer et à restructurer ce qui existe déjà. Je m’explique: Monaco pourrait se pencher sur des projets de réaménagement, de réhabilitation, de revalorisation (je pense à ces nombreuses tours d’habitation d’une mocheté inégalée). Bref, le Prince Albert devrait y réfléchir à deux fois avant de lancer en grande pompe des programmes pour le moins néfaste pour l’environnement.

    En ce qui concerne les « touristes », je voulais évidemment parler des Russes, Saoudiens et autres Américains fortunés qui viennent s’installer une partie de l’année à Monaco. Souvent débridée, leur mode de vie est généralement basée sur la société de consommation (voitures de luxe qui ne sont pas toujours écologiques, construction de logements de luxe dans lesquels ils ne vivent même pas – car tout est question de spéculation immobilière ou de placements immobiliers). Bravo pour l’environnement !

  4. 4 moqueurpoli

    Merci Olivier,

    Oui, c’est vrai que ça aurait été sympa d’étudier à Monaco mais… leur programme universitaire était trop basé sur le marketing, la gestion d’entreprises et le management. Une école de commerce propose les mêmes cours (et ce, pour moins cher !). Malheureusement pour moi, ils n’avaient aucun programme dédié à la science politique ou aux relations internationales, sujet qui m’intéresse nettement plus.

  5. 5 Melina

    Bonsoir,

    votre réponse m’autorise à réagir, je souhaiterais donc préciser ma pensée car votre réponse m’a choquée sur un certain point. Je n’ai singulièrement mentionné le problème écologique que pour référence, et je ne pense pas avoir encensé ni soutenu un quelconque lobby (et encore moins lobbies) financier.

    Je trouve le terme, en tout cas, vraiment exagéré. En considérant la superficie de Monaco, le nombre de personnes concernées et la souveraineté de la principauté en matière d’aménagement du territoire, il est difficile de parler de lobby. Il n’y a pas de lobby à Monaco, il y a juste les intérêts financiers et économiques de la principauté…

    La seule raison valable à la suspension de ce projet est purement conjoncturelle : la crise actuelle entraîne une dévalorisation immobilière et l’augmentation des surfaces disponibles ne ferait qu’accélérer le processus. Une personne censée ou entourée de conseillers qui le sont, comme le Prince Albert, ne réfléchira pas longtemps avant de prendre une décision. C’est tellement évident que seul Nice matin a pu passer à côté.

    En tout cas, je vous remercie d’avoir pris en compte mes objections. Cependant, au contraire de ce que vous soutenez, les choix de Monaco en matière d’immobilier et de surface habitable sont tout à fait raisonnables. Que feriez-vous si vous ne pouviez pas étendre votre surface, mais que la valorisation de votre état en dépendait ? Vous tâcheriez de vous agrandir… sur la mer (c’est la seule option). Il faut être logique : Monaco n’est pas aménageable à moins de tout raser, l’écosystème a déjà été détruit depuis longtemps et la perturbation est extrêmement localisée. Que préconiseriez-vous ? des parcs ? irrigués avec quelle eau ? Monaco n’a pas de raison d’être en dehors de la finance et des activités tertiaires (R&D, Casino, Hôtels de luxe), à moins de servir de pâturage caprin. C’est une vitrine et je vous rappelle amicalement qu’il en a toujours été ainsi.

    Votre dévouée.
    Melina

  6. Mon avis sur le propos sera plus trivial : tu es passé à Monaco cet été? Sans rien dire? grrr (promis je laisserai un post plus intello et fouillé la prochaine fois !)


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