Perspectives russes en Amérique latine

19Juil09

Bien qu’elle soit géographiquement éloignée de la Russie, l’Amérique latine constitue l’une des principales priorités du gouvernement russe en matière de politique étrangère. Les autorités russes ont d’ailleurs opéré un rapprochement sans précédent avec certains régimes latino-américains. Signe d’un nouveau rapport de force, le retour spectaculaire de la Russie dans cette région s’inscrit dans la stratégie globale de renforcement des intérêts et des positions russes sur l’échiquier mondial.

Russie-Amérique du Sud

En Amérique latine, Moscou profite pleinement du climat ouvertement anti-américain et des tensions diplomatiques avec Washington (bouclier antimissile, élargissement de l’OTAN, crise géorgienne, présence en Mer noire de la VIe flotte américaine) pour s’implanter dans la sphère d’influence américaine. Ainsi, les Russes répondent à l’intrusion des Etats-Unis dans leurs plates-bandes caucasienne et centre-asiatique. La Russie souhaite par ailleurs fidéliser de nouveaux partenaires économiques, en contractant des ententes bilatérales dans les domaines aéronautiques, énergétiques ou encore militaires.

Dmitri Medvedev et Luiz Inacio Lula Da SilvaAvec le Brésil, la diplomatie russe privilégie avant tout l’intensification des relations commerciales et l’extension de la coopération énergétique, aérospatiale et militaire. Pour la seule année 2008, les échanges commerciaux des deux pays du BRIC ont surpassé les 7,3 milliards de dollars. Le dynamisme du partenariat russo-brésilien s’explique principalement par des intérêts convergents dans de nombreux domaines stratégiques. Dans le secteur énergétique, Moscou ambitionne de s’associer avec Brasilia pour la prospection et l’exploitation des gisements de gaz et de pétrole brésiliens. De son côté, le Brésil souhaite acquérir des équipements russes pour ses nouvelles usines hydroélectriques en construction ainsi que pour le développement de son réseau ferroviaire en pleine expansion. Dans le domaine aérospatial, l’agence spatiale fédérale russe (Rocosmos) a signé un accord avec l’agence spatiale brésilienne (AEB) pour la mise en œuvre d’un mécanisme de coopération et de développement de « Glonass », le système russe de navigation globale par satellite, concurrent du « GPS » américain et du futur « Galileo » européen. Le complexe militaro-industriel russe espère par ailleurs vendre aux Brésiliens du matériel militaire (armes, hélicoptères, missiles, avions, sous-marins) dont le pays a besoin pour renforcer sa puissance militaire. La récente relance du programme nucléaire brésilien ouvre également la voie à une coopération renforcée entre Moscou et Brasilia dans le nucléaire civil et militaire.

Dmitri Medvedev et Raul CastroAvec Cuba, les relations se sont dans un premier temps détériorées après la chute de l’Union soviétique en 1991. Dans le monde de l’après guerre froide, La Havane ne revêtait plus la même importance aux yeux de Moscou. L’arrivée de Vladimir Poutine au pouvoir est venue modifier cette donne géopolitique. Cuba souffrant toujours de l’embargo américain instauré en 1962, le président russe s’est personnellement impliqué dans les affaires cubaines, en soutenant la levée des sanctions économiques auprès de l’ONU, d’une part, et en lui accordant une aide financière dans de nombreux domaines, d’autre part. En novembre 2008, Moscou a offert à La Havane un crédit de 335 millions de dollars pour l’achat d’équipements russes dans les secteurs pétroliers, miniers et des transports. En début d’année, les deux pays ont conclu de nouveaux accords, qui se sont ajoutés au prêt consenti par les Russes au gouvernement cubain. Ces ententes concernent principalement l’industrie agroalimentaire, la pêche, la coopération en matière d’éducation et de recherche scientifique, le sport et le tourisme. Cette reprise du dialogue russo-cubain permet à Moscou de se garantir de nouveaux débouchés pour ses produits, d’étendre son emprise sur le régime castriste et d’y maintenir une forte présence, à moins de 300 km du littoral américain.

Dmitri Medvedev et Hugo ChavezLe Venezuela est la pièce maîtresse du jeu russo-latino-américain. Avec Caracas, Moscou dispose d’un allié de choix dans la nouvelle guerre froide énergétique qui se dessine. Premier producteur de gaz en Amérique du Sud et 5e producteur mondial de pétrole, le Venezuela aiguise l’appétit des industries gazières et pétrolières russes. En novembre 2008, les compagnies russes Lukoil et Gazprom ont signé avec le groupe public pétrolier vénézuélien PDVSA un accord visant la prospection et l’exploitation du pétrole dans la ceinture de l’Orénoque, un fleuve situé à l’est du pays, avec l’espoir d’une production à terme de plus d’un million de barils par jour. Si ce projet devait se concrétiser, il s’agirait de la plus puissante alliance pétrolière au monde. Loin de se limiter aux hydrocarbures, la stratégie russe au Venezuela tire également profit des ambitions militaires du gouvernement chaviste. Entre 2005 et 2007, Caracas aurait ainsi passé avec Moscou douze contrats d’armement d’un montant total de 4,4 milliards de dollars, en lui achetant notamment 24 avions de chasse Sukhoï, 50 hélicoptères de combat et 100 000 fusils d’assaut Kalachnikov. Des sous-marins sont aussi en cours de négociation. Dans le domaine du nucléaire civil, Russes et Vénézuéliens ont conclu un accord bilatéral dans la synthèse thermonucléaire contrôlée et la sécurité des installations nucléaires et des sources de radiation. Le Venezuela ayant longtemps émis le souhait de se nucléariser, ce projet porte également sur la conception, la construction et l’exploitation de nouvelles centrales nucléaires. Cette coopération nucléaire se double aussi d’une coopération militaire. Le 10 septembre 2008, deux bombardiers russes capables de transporter des missiles nucléaires ont atterri à Palo Negro au Venezuela pour participer à des manœuvres conjointes avec les forces armées bolivariennes d’Hugo Chavez. En décembre dernier, un entraînement similaire avec les forces navales des deux pays s’est déroulé au large du Venezuela, en mer des Caraïbes. Baptisés « VenRus 2008 », ces exercices militaires ont engagé 2300 hommes des flottes russe et vénézuélienne, trois frégates, un engin amphibie et huit patrouilleurs. Cette coopération stratégique vient servir les intérêts de Moscou qui souhaite proposer ainsi une alternative à la présence américaine dans la région.

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2 Responses to “Perspectives russes en Amérique latine”

  1. 1 Tom085

    Bonjour à vous Moqueurpoli,

    En effet, la Fédération Russe tente de reconquérir son rang de puissance qui a été fortement écorné depuis la chute de l’U.R.S.S., et l’avènement de l’hyperpuissance états-unienne, la Russie a été reléguée au rang de puissance peu fréquentable sauf pour fournir matière première contre espèce sonante et trébuchante. Toutes les puissances de l’ex-bloc occidentales qui se fourvoient à se croire encore comme les vainqueurs et les dirigeants du monde, se permettent de donner des leçons de démocratie et de droits-de-l’hommisme aux Russes, comme si passer d’un régime autoritaire anti-libéral à un régime démocratique se faisait en 20ans! La France n’est pas devenue démocratique et pieuse envers les droits de l’Homme en 20ans mais en un siècle!

    Dès lors, il m’apparaît qu’évoluant dans un monde multipolaire, il est légitime que l’ancienne puissance alternative aux USA tente d’agrandir sa zone d’influence, hors de son secteur naturel quadrillé par les USA et les OTANiens. Tout comme la Chine qui tente de concurrencer le Japon en Asie Pacifique et Asie du Sud-est.

    En espèrant ne pas avoir dit d’énormité, n’ayant pas la même quantité de connaissances vous. Bien à vous. Tom.

  2. 2 moqueurpoli

    Bonjour Tom085,

    Ce ne sont pas des énormités. Je partage la même opinion que vous. Je suis entièrement d’accord avec le fait que, dans un monde multipolaire, chaque puissance (USA, Chine, Russie, Europe, Brésil, Inde) cherche à s’allier le plus grand nombre d’Etats dans le but de maximiser leurs intérêts énergétiques, commerciaux, économiques et politiques. La Russie ne dément pas cette règle. Au contraire, elle est un exemple stupéfiant de la véracité de cette théorie géopolitique. Le déploiement tous azimuts de la diplomatie russe en est la preuve. Que ce soit en Amérique latine, en Asie, en Europe ou en Afrique, la Russie recherche des partenaires pour rentabiliser le commerce de ses hydrocarbures, de sa technologie nucléaire ou encore de ses armes.

    Quant à la question des droits de l’homme, elle me semble aujourd’hui trop passionnelle pour pouvoir jouer un rôle important dans la pratique des relations internationales. C’est un concept par trop souvent manipulé par les occidentaux pour attaquer l’intégrité nationale de certains pays (je pense à la Russie, mais aussi à la Chine, à la Biélorussie, à l’Iran, aux républiques d’Asie centrale, etc…). Tout est fait pour discréditer ceux qui ne décident pas de suivre le modèle démocratique. Croit-on vraiment, à l’instar de Bush, qu’un monde démocratique serait forcément meilleur ? Personnellement, j’en doute. Je crois plutôt au dialogue des peuples et des cultures, à la nécessité d’une meilleure connaissance de l’autre (avant de le critiquer sur la scène internationale !)… mais les intérêts stratégiques prôneront toujours.


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