Ces îles que le Japon revendique

30Juil09

Revendications territoriales du JaponQue ce soit au nord, au sud ou à l’ouest, le Japon a toujours eu quelques soucis avec ses riverains quant à la souveraineté sur les îles qui entourent son archipel. Ces revendications territoriales font d’ailleurs régulièrement surface dans les milieux diplomatiques, les débats politiques et les médias publics japonais.

Dernier avatar de ces prétentions hégémoniques, le parlement nippon a adopté le 3 juillet dernier une loi affirmant la pleine souveraineté du Japon sur les « Territoires du Nord » – plus connus sous le nom de Kouriles du Sud – aujourd’hui administrés par la Russie.

A ces querelles frontalières – parfois ancestrales – se superpose la question stratégique du partage des territoires maritimes et de leurs ressources halieutiques, minérales et énergétiques. Tour d’horizon des principales revendications japonaises dans la région.

Kouriles du SudSoixante après la fin de la seconde guerre mondiale, Tokyo n’a toujours pas signé de traité de paix avec la Russie. L’un des principaux obstacles à la conclusion d’un accord est le différend qui oppose les deux Etats au sujet de la souveraineté sur les quatre îles que composent les Kouriles du Sud (à gauche): Etorofu (Itouroup, en russe), Kunashiri, Habomai et Chikotan. Occupées en 1945 par l’Armée rouge, les Kouriles méridionales font l’objet depuis cette époque d’intenses négociations entre Moscou et Tokyo. Le Japon rappelle que ces îles lui ont été cédées par la Russie tsariste en 1885, cession confirmée en 1905 après la défaite russe face au Japon. De son côté, Moscou estime que ces territoires sont une partie inaliénable du territoire de la Fédération russe. Leur valeur stratégique (zone d’accès maritime constamment dégagée entre la mer d’Okhostsk et l’océan Pacifique) et les richesses naturelles encore peu exploitées expliquent par ailleurs le blocage diplomatique qui perdure entre les deux pays.

Diaoyu / SenkakuUn autre conflit territorial de même type envenime les relations japonaises avec son grand voisin de l’ouest. Il s’agit des îles Senkaku (à droite), appelées Diaoyu par les Chinois. Tokyo et Pékin revendiquent depuis des décennies la souveraineté sur ces îlots dont les fonds marins seraient riches en ressources pétrolifères. Les Japonais affirment que les Senkaku leur appartiennent depuis 1895, date à laquelle les îles – alors inoccupées – furent rattachées à la préfecture d’Okinawa sans susciter de protestations de la part de la Chine. Les Chinois rétorquent, pour leur part, qu’elles ont été découvertes en 1372 et incorporées au système de défense maritime de leur pays en 1556. Pékin estime que les Diaoyu auraient dû lui être rendues en 1945, après la défaite militaire du Japon lors de la Seconde Guerre mondiale. La dispute territoriale entre les deux pays a pris un nouveau tour au cours des dernières années avec l’intervention répétée de groupuscules nationalistes japonais et chinois qui se sont défiés les uns les autres en tentant de débarquer sur ces îles et de s’y implanter dans l’espoir d’imposer un règlement définitif au conflit.

Rochers LiancourtSitués à mi-chemin entre la Corée du Sud et le Japon, les rochers Liancourt (ci-contre) empoisonne ponctuellement les rapports entre Séoul et Tokyo, même si ce dossier n’est pas aussi brûlant que peuvent l’être les Kouriles du Sud ou les Diaoyu. Restitués à la Corée en 1945 et occupée dès 1954 par les Sud-Coréens, ces « cailloux flottants » (Dokdo, en coréen; Takeshima, en japonais) seraient, selon Tokyo, partie intégrante du territoire japonais depuis 1618. Quant à eux, les Sud-Coréens considèrent les rochers Liancourt comme le glorieux symbole de leur identité nationale retrouvée après 1945. Soixante-cinq ans plus tard, la question n’est toujours pas réglée. Ces considérations nationalistes dissimulent néanmoins des intérêts bien plus réalistes: la délimitation des zones économiques exclusives et la prospection sous-marine. Dans le climat de détente actuel des deux pays, cet archipel ne figure pas au centre des discussions, lesquelles sont plutôt axées sur l’amélioration des échanges culturels, économiques et politiques.

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5 Responses to “Ces îles que le Japon revendique”

  1. Tu dis que le conflit territorial entre la Corée du Sud et le Japon a été laissé de côté, mais le problème va-t-il trouver une solution avec la Russie et la Chine, et si oui, comment ? Des négociations diplomatiques, une intervention d’un pays tiers voire d’une organisation internationale ?

  2. 2 moqueurpoli

    Bonjour Titem,

    Mon professeur de droit international te répondrait qu’il existe des procédures juridiques efficaces (les fameuses « sources du droit ») pour régler les litiges internationaux en matière de souveraineté étatique. Je lui rétorquerais, pour ma part, qu’entre ce que stipule le droit et ce que dicte la politique (ou la géopolitique), il y a une marge immense.

    Pour répondre à tes questions, je souhaite préciser ici que si le conflit nippo-corréen sur les Rochers Liancourt a été éclipsé par la coopération bilatérale entre le Japon et la Corée du Sud, cela ne veut en aucun cas dire que cette question ne se reposera pas dans un futur plus ou moins proche, en raison des potentielles tensions économiques et politiques dans la région (concurrence économique, nécessité de raviver le sentiment nationaliste face à une menace extérieure quelconque).

    En ce qui concerne les Kouriles du Sud, la Russie (que l’on fustige souvent à tort dans les médias occidentaux) a déjà fait un premier pas: elle a assoupli son régime de visa pour les Japonais qui souhaiteraient se rendre sur ces îles. Le Kremlin a récemment proposé à Tokyo un partage des eaux territoriales (notamment pour les zones de pêche). Le Japon a rejeté les avances de Moscou et s’entête encore de nos jours dans ses prétentions hégémoniques sur les quatre îles que composent les Kouriles du Sud. Avec la Chine, la situation est un peu différente. C’est Tokyo qui administre l’île de Diaoyu/Senkaku et qui doit faire face aux incursions nationalistes chinoises qui se sont multipliées ces dernières années. Les négociations diplomatiques n’ont pas permis un règlement du différend, les deux pays se cantonnant dans leurs positions respectives.

    A mon avis, deux résolutions (plausibles) peuvent être envisagées :

    *L’amorce de négociations diplomatiques bilatérales nippo-russes, nippo-chinoises et nippo-coréennes. Pour l’instant, ces négociations ne sont pas à l’ordre du jour mais l’option est envisagée avec les importantes ressources pétrolifères et halieutiques dans la région. L’intervention d’un pays tiers ou d’une instance juridique internationale (la CIJ par exemple) est peu probable puisque d’une part, elle ne favoriserait aucune des parties en question, et, d’autre part, puisque les Etats concernés peuvent très bien décider de ne pas reconnaître la légitimité d’une délibération rendue ou d’une instance internationale (c’est le cas des Etats-Unis ou d’Israël qui ne reconnaissent pas la légitimité de la CIJ).

    *L’intervention armée demeure une éventualité. Elle serait la plus coûteuse et la plus dangereuse pour la sécurité de la région… mais pourrait tenter une Chine avide de s’assurer le contrôle de ressources énergétiques (pétrole) essentielles à sa croissance économique.

    MoqueurPoli.

  3. 3 Tom085

    Bonjour à vous,

    A la lecture de votre excellent article, apparaît une chose importante il me semble, c’est que chacun aux yeux de l’historien a des raisons de revendiquer ces îles. L’économie et la recherche de ressources énergétiques renforçant d’autant l’utilité des ces îles. Le nationalisme accru des pays asiatiques marqué par le confucianisme, le taoïsme… par des philosophie qui mettent l’Etat au centre et aussi la Nation qu’il incarne rend il est clair les discussions hautement politique. Mais il est clair que l’Histoire s’est faite avec des conflits territoriaux (Alsace/Lorraine, Dantzig) et continuent de la faire (oppostion entre Slovénie et Croatie pour le partage de certaines eaux, entre la France et le Canada autour de Saint-Pierre-et-Miquelon, Le Royaume-Uni et l’Espagne autour de Gibraltar…), heureusement de nos jours la diplomatie a pris le pas sur la guerre en témoigne la résolution du conflit sino-russe quant à la répartition de certaines îles de l’Amour.

    Néanmoins, il est à craindre toujours un débordement d’une des parties ou des deux vers un conflit armé, il est clair à ce sujet que les institutions internationales sont faibles pour résoudre ces conflits territoriaux qui minent parfois les relations inter-étatiques.

    En tout, cas je vous remercie pour cet excellent article, je connaissais le différend russo-japonais pour les Kouriles du fait de la fin de la Seconde Guerre Mondiale (Guerre qui marque encore les esprits et façonnent les relations de nos jours), mais pour les autres ça a été une information, donc je vous remercie.

    À bientôt. Tom.

  4. 4 moqueurpoli

    Bonjour Tom085,

    Merci beaucoup pour ce commentaire. Comme vous l’avez certainement remarqué, mon domaine de spécialisation est la sphère russe, et post-soviétique en général. Je m’intéresse plus particulièrement aux relations et aux alliances déployées par la diplomatie russe dans le monde (au Moyen-Orient, en Asie centrale, en Afrique du Nord, dans le Caucase, dans les Pays baltes, dans le Golfe persique, etc…).

    Dans mon article, j’ai voulu signaler que le Japon avait su jusqu’ici éviter l’affrontement militaire mais que la situation pouvait dégénérer au regard des enjeux en puissance dans les régions revendiquées (pétrole pour les Chinois, ressources halieutiques pour les Japonais et les Coréens, contrôle stratégique des détroits pour les Russes). Les Kouriles du Sud, les rochers Liancourt et Diaoyu ne sont pas à l’abri d’une action armée qui viendrait résoudre momentanément l’un de ces trois conflits.

    MoqueurPoli.


  1. 1 Ces morts que le Japon honorent et que le monde ignorent « Le Petit Monde de Tom en un mot

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