Histoire de la Russie et de son empire, de Michel Heller

30Août09

Histoire de la Russie et de son empireDans ce livre, achevé quelques mois avant sa mort et fruit de dix années de travail, Michel Heller brosse le tableau fascinant de mille ans de l’histoire russe. Comment ce « continent de steppes », peuplé de nomades, devient-il au fil des siècles un gigantesque Etat multinational forgé par un pouvoir impérial brutal et singulier ? Chef-d’oeuvre d’érudition et de rigueur, l’Histoire de la Russie et de son empire éclaire la décadence de Kiev puis la domination de Moscou, la plus faible des principautés russes. Elle mettra à profit le joug tatar pour s’élever au-dessus de toutes les autres. De multiples évènements ponctuent cette magistrale fresque d’un univers marqué par la violence et la démesure. La chute de Byzance qui permet à Moscou de se proclamer la Troisième Rome, le régime d’Ivan le Terrible, le « temps des troubles » au début du XVIIe siècle, l’avènement de Pierre le Grand, puis de Catherine II, l’ «apogée de l’autocratie » avec Nicolas Ier jusqu’à l’abdication de Nicolas II. Par deux fois au cours du XXe siècle, la Russie aura perdu son empire. Quelles leçons tirera-t-elle du passé ? Quelles réponses apportera-t-elle au défi de l’histoire ?

Dans son pays des merveilles, Alice s’apitoyait de la mémoire qui ne fonctionnait qu’à reculons, ne retenant que le passé. L’histoire, elle, aide parfois à se remémorer l’avenir. C’est le but que s’est fixé l’auteur de cette œuvre monumentale (986 pages), en prenant le recul nécessaire à une telle tâche et en établissant des rapprochements historiques avec des évènements plus récents (chute du communisme, pouvoir clanique, tentation autoritaire).

Du baptême de la Rus par le prince Vladimir (988) à la chute de l’Empire russe (1917), en passant par la victoire d’Alexandre Nevski contre les Suédois sur la Neva (1240), la Bataille du Champ-des-Bécasses remportée par Dmitri Donskoï sur les troupes mongoles (1380), la conquête de Kazan par Ivan le Terrible (1552), l’accession des Romanov sur le trône impérial (1613), la fondation de Saint-Petersbourg (1703) ou encore la Guerre patriotique anti-napoléonienne (1812-14), Michel Heller envisage l’histoire de son pays sous un angle résolument nouveau.

Et la géopolitique n’est jamais loin dans l’interprétation et l’explication des hauts faits historiques de cet Empire qui se sera longtemps voulu la « Troisième Rome ». A la suite des Karamzine, Milioukov, Kostomarov, Lomonossov et autres historiens russes, Heller analyse le développement géopolitique de l’Etat russe. Sa tendance très compréhensible à élargir ses frontières jusqu’à des limites naturelles (montagnes, océans, rivières, déserts) lui sera tantôt bénéfique, tantôt délétère…

Car l’histoire de la Russie, c’est aussi celle de ses ennemis (les khans mongols, les beks türks, les féodaux suédois, les pans polono-lithuaniens, les belligérants anglo-français, les barons japonais) et des grandes batailles (Kalka, Neva, Champ-des-Bécasses, Novgorod, Kazan, Narva, Moscou, Kouchka) qui ont, à leur façon, façonné le paysage politique russe et du continent eurasiatique dans son ensemble.

Déchiré entre eurasisme et européanisme, entre Orient et Occident, les Russes ont souvent été confrontés à des visions opposées de leur histoire. Il est intéressant de remarquer ici à quel point ce dilemme existentiel russe aura marqué les esprits au cours de l’histoire, jusqu’à aujourd’hui. Pour s’en convaincre, il suffit de suivre le mouvement de balancier (d’ouest en est, puis d’est en ouest) qui caractérise les transferts successifs de la capitale russe: Kiev – Moscou – Kiev – Moscou – Saint-Pétersbourg (Petrograd, Leningrad) – Moscou.

De nos jours, la Fédération de Russie se décrète l’héritière de l’Union soviétique. Toutefois, elle ne veut pas se qualifier de « Seconde République » de l’histoire russe. Les huit mois d’existence de la République de Russie en 1917 – un laps de temps bien trop court pour instaurer un Etat démocratique – sont vécus comme un échec, voire la préparation consciente et volontaire de la prise du pouvoir par Lénine. Le Gouvernement provisoire péchait en outre par excès de faiblesse et d’indécision.

La Russie nouvelle, celle qui est né en 1991 des cendres de la défunte URSS, ne veut pas de cet héritage. Mais que veut donc cette Russie nouvelle ? Ses frontières, ses réseaux de gazoducs et d’oléoducs, ses liens économiques reliant des régions lointaines (Caucase, Sibérie, Asie centrale), son prestige perdu. Que de volontés géopolitiques, que de nostalgie du passé ! Et pourtant, l’héritage de l’Empire russe et celui de l’Empire soviétique restent toujours bien vivant pour ceux qui ont déjà mis le pied en Russie.

L’histoire connaît de nombreux exemples d’empires déchus. Elle a vu aussi renaître des puissances. Il y a tout lieu de croire, de la même façon, que la Russie jouera un rôle considérable au XXIe siècle. De ce constat, une question majeure vient à l’esprit : la Russie peut-elle exister dans ses frontières actuelles ou devra-t-elle immanquablement les élargir pour des motifs politiques, économiques, culturels ou psychologiques ? Un ouvrage aussi passionnant qu’instructif que le russophile que je suis conseille à tous les amoureux de la Russie.

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One Response to “Histoire de la Russie et de son empire, de Michel Heller”

  1. А если посмотреть на это с другой точки зрения то не все так гладко получается


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