Intrigues politiques au Kremlin

14Oct09

« En 2012, il n’y aura pas de concurrence entre Dmitri Medvedev et moi. Selon la réalité du moment, nous ferons une analyse et nous prendrons une décision ». C’est en ces termes quelque peu énigmatiques que, le 11 septembre dernier, Vladimir Poutine annonçait officieusement son intention de se présenter à l’élection présidentielle de 2012.

La marionette de PoutineBien qu’elle n’étonne pas, cette sortie politique arrive en son temps. Alors que la croyance populaire voulait que l’actuel président russe ne soit en définitive qu’une « marionnette » entre les mains de Poutine, voilà que cette annonce vient réfuter l’idée selon laquelle Vladimir Poutine continuerait de gouverner son pays depuis son poste de premier ministre : en effet, quel serait l’intérêt pour Poutine de redevenir président s’il pilote déjà en coulisse le navire russe ?

En fait, la seule raison logique qui puisse expliquer cette volonté de Poutine de « reprendre la main » sur la présidence russe est le sentiment que son pouvoir et son influence lui échappe au sein même du Kremlin. Il faut dire que depuis quelques mois Dmitri Medvedev semble progressivement se démarquer de son tout-puissant mentor et n’hésite plus à afficher ses désaccords avec l’ex-locataire du Kremlin (crise géorgienne, adhésion à l’OMC, gestion des provinces nord-caucasiennes). Pour de nombreux spécialistes, cette distanciation critique à l’égard de Poutine s’explique avant tout par la rivalité idéologique et politique qui existe, dans le paysage politique russe, entre les deux clans désireux de contrôler le pouvoir exécutif : les « siloviki » et les « libéraux ».

Poutine/Medvedev

Le clan des « siloviki », qui soutient traditionnellement Vladimir Poutine, regroupe schématiquement l’ensemble des structures de contrôle étatique (armée, police, FSB, fisc, douanes, etc…). Ce groupe désire ardemment que la Russie retrouve au plus vite son statut de grande puissance. Les membres de ce cercle politique avancent souvent l’idée que la Russie a une voix propre (celle de l’eurasisme), qu’elle ne peut exister que sous la forme d’un empire et qu’elle ne saurait s’aligner sur le modèle de gouvernance occidental. S’inspirant de la théorie politique de Vladislav Sourkov sur la « démocratie souveraine », les « siloviki » prônent un modèle de démocratie limitée dans laquelle l’Etat jouerait un rôle central. Le projet idéologique de ces « étatistes » se trouve aux antipodes de celui des « libéraux ».

Ces derniers soutiennent pour leur part Dmitri Medvedev. Ce clan se compose principalement d’une formation politique extérieure au pouvoir (Iabloko, dirigée par Serguei Mitrokhine) et d’une partie de la classe dirigeante qui ne partage pas le nationalisme exacerbé, le scepticisme occidental et l’isolationnisme revendiqué par les « siloviki ». Ils aspirent pour la plupart à faire de la Russie une puissance économique forte et dominante, tout en évitant les conflits potentiellement nuisibles au commerce. Selon eux, la Russie ne pourra jamais se moderniser et s’intégrer dans l’économie mondiale sans un minimum de libéralisme économique. Ils préconisent en outre une meilleure redistribution de la manne pétrolière dans l’éducation, la santé, le logement et les infrastructures.

Poutine/Medvedev

Au Kremlin, la situation politique actuelle ressemble étrangement à celle de l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine. A l’époque, d’aucuns qualifiaient Poutine de véritable « homme de paille », un « pantin docile » contrôlé par le clan de la « Famille » qui rassemblait les proches de Boris Eltsine. Profitant de l’ambigüité de ses allégeances politiques, Vladimir Poutine a su élargir adroitement et de manière progressive sa marge de manœuvre politique puis évincer ses bienfaiteurs de la scène politique russe.

Poutine/MedvedevProche des « libéraux », Dmitri Medvedev a compris qu’il lui faudrait écarter le clan des « siloviki » (et donc Vladimir Poutine) pour pouvoir imposer son agenda politique à l’échelle nationale. Une confrontation Poutine/Medvedev n’est toutefois pas envisageable dans l’état actuel des choses: l’éviction d’un clan entraînerait immanquablement l’émoussement de l’autre. La solution la plus viable reste le maintien du statut quo qui pourrait garantir à terme une sorte d’équilibre plus ou moins mesuré entre les élites politiques russes.

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