Морфий, d’Aleksei Balabanov (2008)

07Déc09

morfiyAutomne 1917. Mikhaïl Poliakov, jeune médecin moscovite fraîchement diplômé, est affecté dans une clinique rurale de Sibérie orientale. Assisté par la séduisante Anna Nikolaevna, une infirmière dévouée, Poliakov réussit tant bien que mal à s’adapter à son nouvel environnement et à ses nouvelles tâches. Un soir d’hiver, un homme à l’agonie atteint d’une maladie contagieuse se présente à la clinique. En dépit des avertissements d’Anna dont il est tombé amoureux, Poliakov décide de traiter son patient et contracte la maladie. Pour soulager sa douleur, il demande à Anna de lui injecter de la morphine. Commence alors pour lui la descente aux enfers : le jeune médecin sombre progressivement dans la toxicomanie sous le regard impuissant d’Anna qui voit augmenter les commandes de morphine pour le dispensaire et qui ne tarde pas à devenir complice de ses vols répétés de morphine à la pharmacie de la ville voisine…

Morphiy (Morphine). Drame russe d’Aleksei Balabanov.
1h50, 2008.
Avec Leonid Bitchevin (Mikhaïl Alekseïevitch Poliakov), Ingeborga Dapkunaite (Anna Nikolaevna), Sergueï Garmach (Vassily Osipovitch Soborevski), Andreï Panine (Anatoly Lukitch Demanienko), Aleksandr Mosin (Vlas), Svetlana Pismichenko (Pelagueïa Ivanovna), Katarina Radivojevic (Ekaterina Karlovna)…
Note: 14/20.

Aleksei Balabanov (Guerre, Cargaison 200) fait partie de cette nouvelle génération de cinéastes russes qui revendiquent un style à la fois réaliste et pragmatique, sortant des clichés commerciaux habituels.

Inspiré d’une nouvelle autobiographique de l’inoubliable auteur russe Mikhaïl Boulgakov, ce film capture en une succession de tableaux saisissants les tranches de vie d’un jeune médecin inexpérimenté, muté malgré lui dans une petite bourgade de la Sibérie profonde. Il y connaîtra l’amour et la passion, la compassion et l’humanité, l’aventure et l’action mais aussi la peur et l’angoisse, la douleur et la souffrance, l’obsession et la perversion, l’avilissement et la déchéance.

D’images sordides en dialogues scabreux, de scènes rebutantes en séquences tragiques, l’œuvre du cinéaste russe dépeint avec un réalisme cru et frontal la brutalité et la cruauté de la vie rurale dans la Russie de la fin des années 1910. Balabanov a voulu mettre en parallèle la déchéance de Poliakov avec l’accélération de l’histoire russe, l’inexpérience et les mésaventures du médecin coïncidant avec l’instabilité politique des premiers jours de la révolution bolchevique.

Le film relate aussi la fin tragique d’une époque, celle du tsarisme et de la bourgeoisie russe, celle de l’opulence et de l’insouciance, et le début d’une ère nouvelle qui reste obscure, incertaine, sombre. Mais le film n’aborde l’Histoire que de manière marginale: quelques dialogues implicites font référence ici et là à la lutte des classes et à la dictature du prolétariat, ce nouvel ordre social qui devait placer l’homme au-dessus de toute considération matérielle et spirituelle…

Morphine est également une œuvre à lire sous l’angle de l’actualité sociale russe. Le chômage, l’alcoolisme, la drogue, la violence et la pauvreté continuent de faire des ravages en Russie. Selon les chiffres officiels, l’alcool tuerait environ un demi-million de Russes chaque année, ce qui menace fortement la stabilité démographique du pays. Si la pauvreté a bien reculé depuis l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine, la qualité de vie en Russie est très en-deçà des standards occidentaux. Malgré le boom pétrolier du début du siècle, environ 20% des citoyens russes vivent sous le seuil de pauvreté, en particulier ceux qui vivent dans les petites villes ou les régions éloignées des grands centres urbains.

Le tour de force du film de Balabanov réside indubitablement dans sa faculté d’allié le rire aux scènes parfois très crue et à la limite du supportable (jambes sectionnées, femmes éventrées, visages brûlés). D’autres séquences, plus perverses, évoquent de manière tout aussi atroce l’incapacité d’aimer du personnage principal, sous l’emprise de sa dépendance à la morphine. Mais toujours l’humour désamorce la violence des images; ici à travers une réplique, là à travers un mouvement ou une expression de visage.

Cet exercice de style réussit à créer une certaine distance entre le spectateur et le film. Une distance qui est propice à la réflexion, à laquelle invite le cinéaste russe. Un cinéma réaliste et psychologique aux couleurs sombres et saturées. A voir.

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2 Responses to “Морфий, d’Aleksei Balabanov (2008)”

  1. 1 erkki

    ce que ça peut faire russe, une jaquette DVD réalisée en image de synthèse pour un film!

  2. 2 moqueurpoli

    A qui le dis-tu, Erkki !


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