La Corée du Nord, un Etat parasite ?

01Fév10

Suspension des accords de coopération inter-coréenne, rejet des clauses de l’armistice de 1953, durcissement des positions diplomatiques, réouverture des installations nucléaires, reprise des essais souterrains, renouvellement des tirs de missile et de fusée. Depuis son retrait du TNP (Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires) en 1993, la Corée du Nord défie ponctuellement la communauté internationale. Dernière provocation en date: le lancement par Pyongyang vendredi dernier de tirs d’artillerie en Mer jaune dans une zone frontalière sensible avec la Corée du Sud,  pour le troisième jour consécutif.

Unanimement condamné par la communauté internationale, ce pied de nez diplomatique – qui n’a rien d’inédit en soi – s’inscrit dans la stratégie nord-coréenne visant à se doter d’une arme de dissuasion afin de pérenniser son régime et de négocier en position de force avec Washington. Pour autant, la communauté internationale, emmenée par la fermeté américaine, ne semble pas disposer à entamer des pourparlers avec Pyongyang et poursuit sa politique surannée d’isolement de la Corée du Nord. Au-delà des conséquences désastreuses de cette stratégie sur le plan économique et humanitaire, l’inaction profite globalement aux autorités nord-coréennes ainsi qu’aux Etats limitrophes qui n’ont aucun intérêt direct à désamorcer le jeu géostratégique qui se joue dans la région.

Pour la Chine, la Corée du Nord est un pion stratégique dont elle n’a nullement l’intention de se départir. Depuis la proclamation de la République populaire démocratique de Corée (RPDC) en 1948, le gouvernement chinois a toujours activement soutenu le régime de Pyongyang. Ce soutien se manifeste sous diverses formes: aide alimentaire, livraison de produits énergétiques, vente d’armes, transfert de technologie nucléaire. Principale alliée de la Corée du nord, la Chine s’oppose vertement à la stricte application des sanctions internationales qui pourraient à terme provoquer la chute du régime de Pyongyang et entraîner un afflux incontrôlé de réfugiés sur les 1300 kilomètres de sa frontière avec son voisin communiste. Par ailleurs, la Chine n’a pas intérêt à mettre en péril une relation économique mutuellement bénéfique. Le commerce bilatéral de la Chine avec la RPDC s’est soldé à 2,8 milliards de dollars en 2008, soit une augmentation d’environ 40 % par rapport à 2007. Quant aux exportations chinoises au pays de Kim Il-Sung, elles se sont élevées à 2 milliards de dollars l’année dernière. En outre, la Chine s’est vu attribuer la gestion de plusieurs installations portuaires nord-coréennes, ce qui lui procure un avantage commercial certain sur ses concurrents japonais et sud-coréens. D’un point de vue stratégique, le soutien de la Chine à Pyongyang assure au régime chinois la présence d’une nation amie à sa frontière sud-est, véritable zone tampon entre son territoire et celui de la Corée du Sud démocratique qui abrite environ 30 000 soldats et marins américains. Cela permet à la Chine de réduire son déploiement militaire dans la région pour se concentrer plus directement sur la question de l’indépendance de Taïwan. Par ailleurs, l’allégeance nord-coréenne à la Chine offre à cette dernière un rempart contre la domination militaire des Etats-Unis et la concurrence économique japonaise.

Pour la Corée du Sud, la capacité de nuisance du régime de Kim Jong-il n’a pas que des inconvénients. Sur le plan militaire, la menace nucléaire nord-coréenne – soutenue par la Chine – permet à Séoul de justifier la présence militaire américaine sur son territoire et le soutien diplomatique de Washington. Le maintien par l’armée américaine d’un important stock d’armement dans le pays lui épargne également de coûteuses dépenses en matière de défense. Sur le plan politique, le statut quo des relations inter-coréennes accommode une Corée du Sud désireuse de favoriser une évolution graduelle du conflit sans se lancer dans une aventure politique désastreuse. En effet, Séoul n’a aucun intérêt à voir s’effondrer le gouvernement de Pyongyang. Les coûts induits par une chute brutale du régime entameraient le dynamisme et la croissance économique du « dragon» sud-coréen. Il en va de même pour la question de la réunification des deux Etats: la volonté d’encourager la réunification avec le voisin du Nord est largement tempérée par les craintes de voir cette réunification déboucher sur des difficultés économiques et sociales auxquelles le Sud devrait faire face. La difficile reconversion de la Corée du Nord – dont l’économie est l’une des plus sinistrées de la planète pourrait engendrer une diminution de la production et de la compétitivité des entreprises sud-coréennes ou provoquer un écroulement rapide des investissements directs étrangers. Ainsi, le coût de la réunification coréenne oscillerait entre 25 milliards et 3,5 trillions de dollars selon les experts. Les prévisions alarmistes des Sud-coréens ne semblent toutefois pas être partagées par leur riverain japonais.

Pour le Japon, la perspective d’une réunification « à l’allemande » du peuple coréen, même si elle est fort peu probable à court terme, demeure une éventualité qu’elle n’exclut pas, et qu’elle redoute même. En effet, les conséquences d’une Corée réunifiée seraient très dommageables pour l’économie japonaise: Tokyo se verrait alors contrainte de rivaliser avec les deux locomotives chinoises et coréennes. Cette analyse vient d’ailleurs d’être corroborée par une étude de la prestigieuse Goldman Sachs qui estime que le nouvel Etat coréen pourrait bien se classer au huitième rang économique mondial d’ici 2050, devant la France, l’Allemagne… et le Japon. Cette puissance économique pourrait se doubler d’une puissance politique avec laquelle la nouvelle Corée tenterait de déstabiliser ou de menacer les intérêts de son rival japonais, par exemple en jouant sur les scandales politico-financiers de la classe politique nippone ou sur le levier non négligeable que représentent les quelques 600 000 Coréens résidant au Japon dont le statut social et politique n’est toujours pas reconnu. Par ailleurs, la présence d’une seconde puissance nucléarisée sur son front occidental persuaderait Tokyo de nucléariser son arsenal militaire afin de pérenniser son intégrité territoriale et de préserver l’équilibre dans la région. Face au conflit inter-coréen, le Japon s’estime de plus en plus vulnérable, surtout que sa dépendance militaire vis-à-vis des Etats-Unis s’est vue maintes fois critiquer par son opinion publique au cours de la dernière décennie. L’importance croissante du budget japonais consacré à la défense et à la sécurité (48 milliards d’euros en 2008) démontre bien que Tokyo prend très au sérieux les menaces qui pèsent sur son avenir

Pour les Etats-Unis, les risques de prolifération nucléaire et/ou de transfert de technologie fissile servent de prétextes pour maintenir des forces armées en Corée du Sud et au Japon, formant ainsi une sorte de ceinture militaire face à une Chine aux aguets. Trois objectifs spécifiques sous-tendent la stratégie nord-coréenne de Washington: la lutte contre la prolifération nucléaire, la dénuclarisation de la Corée du Nord et l’ouverture de discussions bilatérales à ce sujet avec la Chine. Déjà sous l’administration Bush a été mise en place, avec la collaboration du Japon, une initiative de sécurité anti-prolifération visant à développer les capacités d’interception des vaisseaux nord-coréens transportant du matériel nucléaire. Or, cette manœuvre a été gravement affaiblie par l’absence de participation des Sud-Coréens et des Chinois. Washington s’est également engagé dans un processus de négociation à six (Corée du Nord, Corée du Sud, Chine, Russie et Japon) dans le but de trouver une solution viable au problème posé par le nucléaire nord-coréen. S’il est peu vraisemblable que les discussions du sextette amènent Pyongyang à se dénucléariser, il est en revanche possible qu’un accord de contrôle des réacteurs nord-coréens soit signé en échange d’une aide économique supplémentaire: c’est ce que l’administration Obama s’emploie à obtenir depuis la reprise des hostilités par Pyongyang en juillet dernier. La carte maîtresse des Etats-Unis dans sa stratégie nord-coréenne reste cependant le régime chinois: l’objectif primordial de Washington est d’inciter Pékin à faire pression sur Pyongyang, en lui rappelant notamment les conséquences du conflit (augmentation des capacités militaires japonaises, renforcement de la coopération américano-nippone). Le scénario idéal pour les Américains serait l’organisation par la Chine d’un coup d’Etat qui éliminerait de fait Kim Jong-il et le remplacerait par un régime dictatorial prêt à abandonner ses ambitions nucléaires et à suivre l’exemple chinois d’ouverture vers le monde.

Ce dernier scénario pourrait toutefois se retourner contre les intérêts américains. En effet, si la tension venait à monter en Corée, la Chine pourrait se décider à éliminer le régime nord-coréen pour éviter une guerre dont elle risquerait d’être l’une des perdantes. Une telle solution mettrait fin au problème nord-coréen mais pourrait affaiblir la position américaine sur le continent asiatique puisqu’il ne lui serait plus nécessaire de maintenir ses soldats en Corée et au Japon. Avantageux pour tous, le statut quo semble être de mise à brève échéance. Mais la partie n’est pas encore gagnée…

Pour aller plus loin:

* La fiche signalétique de la Corée du Nord sur le site de l’Université de Sherbrooke

* L’analyse de la banque Goldman Sachs sur le site de l’association Korea is one

* L’autre pays du matin calme: les paradoxes nord-coréens, de Barthélémy Courmont

* Corée: réunification impossible ? Quid de l’après Kim Jong-il ?, de Claude Helper

Publicités


10 Responses to “La Corée du Nord, un Etat parasite ?”

  1. Un grand merci Erik pour cet article riche en informations sur les deux Corée, dont tu me sais extrêmement friande! Ton analyse détaillée de la situation nord-coréenne et des enjeux de ses voisins et de l’hyperpuissance américaine par rapport à celle-ci est extrêmement pertinente à bien des égards.

    Je plussoie tes observations sur la Chine, tout d’abord, qui protège en effet, autant que faire se peut, le petit frère nord-coréen. Il faut rappeler les paroles du Grand Timonier qui précisait en 1950 ne jamais oublier les « camarades coréens » qui ont combattu aux côtés des communistes chinois en Mandchourie pour libérer cette région, alors « Mandchoukouo », sous le joug de l’Empereur du Japon. Il justifiait ainsi la présence d’une armée de « volontaires chinois » (et non l’armée chinoise officiellement, pour ne pas que le conflit prenne le nom de Troisième Guerre Mondiale) durant la Guerre de Corée.

    Ayant vécu un an au « Pays du Matin Calme », j’ai pu recueillir la « vox populi » et je plussoie aussi tes observations sur le fait que les Sud-Coréens n’ont pas la moindre envie de voir s’échouer leur confort économique, si durement acquis, dans le gouffre financier que représenterait une réunification « à l’allemande. » Mais, d’un point de vue humain, je ne peux cependant m’empêcher de souhaiter une réunification prochaine et la fin d’un régime cruel qui se soucie si peu du bien-être de ses citoyens. Kim Jong-Il déclarait quand même en 1996 qu’il suffirait que 30% de la population nord-coréenne survive « pour reconstruire une société victorieuse. » Il n’a donc pas fait grand cas des épisodes de famine qui se sont succédés depuis 1997 et ont provoqué la mort de milliers de personnes à travers le pays…

    J’ai appris beaucoup de choses à la lecture de ton article sur les intérêts japonais et américains quant à la suite du régime de Kim junior. A ce propos, j’ai aussi lu, il y a quelques temps, dans le Chosun Ilbo (Le Monde coréen) que les think tanks coréens prédisent la mort prochaine du Cher leader (facile…) et essaient d’en prévoir les conséquences. Le gouvernement travaillerait même sur un « contingency plan » et une possibilité de réunification immédiate…
    http://english.chosun.com/site/data/html_dir/2010/01/20/2010012000372.html

    Enfin, je finirai tout de même par une petite critique. Il n’est plus correct aujourd’hui de qualifier la Corée de dragon. En effet, le terme désigne les pays récemment industrialisés, qui viennent tout juste ou sont en train de connaître une phase de croissance exponentielle. Ces nouveaux pays industrialisés suivent le cycle classique (industrialisation par la promotion des exportations, remontée de filière,…) L’époque des quatre dragons asiatiques des années 80 (Corée, Taiwan, Hong-Kong et Singapour) est donc à présent révolue. Ils appartiennent désormais à la classe des pays développés. Avec tous ses puissants chaebols (Hyundai, Samsung, LG,…) à travers le monde, la Corée du sud est aujourd’hui la 15e puissance mondiale (la crise est passé par là, elle était 13e en 2007) et possède un PIB de 947 Mds d’USD et de 19 136 USD par habitant. Aujourd’hui les dragons ont laissé place aux bébés tigres : Thaïlande, Malaisie, Indonésie, Philippines. Cependant, c’est une information à relativiser dans la mesure où le terme de pays émergents et assimilés prête à bien des interprétations. La plume des Morgan Stanley et autres Goldman Sachs (inventeur de l’acronyme BRIC) n’a pas fini de couler sur le sujet…

  2. 2 moqueurpoli

    Bonjour Anne-Sophie,

    Merci pour cet éclairage très intéressant. J’ai toujours eu la conviction que la longévité d’un conflit d’envergure international tient du fait que les Etats protagonistes n’ont aucun intérêt à modifier une situation géopolitique qui les convienne. C’est ce qui se passe au Cachemire, au Proche-Orient, dans la région des Grands-Lacs africains… Et le cas nord-coréen ne déroge pas à cette règle. Bien au contraire, le statut quo permet à tous d’y trouver leur compte, d’une manière ou d’une autre.

    En ce qui concerne la qualification de « dragon », je crois qu’elle est toujours pertinente du point de vue historique, pour bien faire la différence entre les pays asiatiques dont le démarrage économique date des années 80 de ceux qui ont effectué ce virage ascendant depuis les années 2000. Mais je n’irai pas te contredire sur le fait que la Corée du Sud est dorénavant considéré comme un pays industrialisé.

    Bien cordialement,

    Erik.

  3. 3 Maxime

    Salut Erik,

    Je te félicite pour cet article fort intéressant comme l’indique d’ailleurs sa reprise par d’autres sites. Je me permettrai cependant de faire quelques remarques (ou plutôt de te faire part de mes questionnements) :

    Je comprends tout à fait comment la Corée du Nord sert de rempart à la puissance militaire US dans la région, d’autant plus que c’est par le Nord qu’historiquement sont venus les grands dangers pour le gouvernement Impérial chinois. Cependant je ne comprends pas en quoi le Corée du Nord est (ou sera) pour la Chine un rempart contre la puissance économique japonaise…

    Concernant le lien qui attache la Chine à la Corée du Nord, le volet économique est tout de même à relativiser. Pour la Chine son voisin ne représente pas plus de 0.00025% de ses exportations (calcul basé des informations du CIA fact sur ces deux pays). De même le positionnement des chinois dans la gestion de certaines infrastructures portuaires ne doit pas faire oublier que la Corée du Sud est devenue le premier partenaire commercial de la Corée du Nord avec l’ouverture de certaines zones frontalières (implantation d’usines sud coréennes au Nord), et ce quelque soit les tensions politiques.

    Sinon les craintes du Japon face à une réunification sont aussi à relativiser à plusieurs niveaux :

    – Niveau économique : Comme tu le dis très bien dans la partie sur la Corée, le Sud ne veux pas une réunification à l’allemande, qui dans son cas, serai un désastre au niveau économique (je me méfie des prévisions de croissance à 5 ans, alors celles à 40 ans de Goldman font sourire). Je ne suis pas certains que les effets sociaux et politiques de la réunification soient un minimum prévisibles pour en estimer les couts et bénéfices (comme l’indique d’ailleurs la fourchette de 25 milliards et 3,5 trillions de dollars que tu évoques).

    – Niveau militaire : Une Corée réunifiée par un processus diplomatique ne pourra qu’être démocratique. Son potentiel nucléaire (au degré d’avancement très incertain, que ce soit au niveau de la bombe elle-même ou de la technologie des lanceurs) sera soit démantelé soit poursuivi (mais bon ca c’est de la politique fiction je ne vois pas le Corée du Sud se mettre au banc de la communauté international…). Dans le cas improbable d’une poursuite du projet et de le cas tout aussi improbable selon moi d’un départ américain des deux pays : que devrai craindre le Japon ?

    Sur un autre volet que tu as évoqué l’accès du Japon à la bombe A/H c’est aussi de la fiction que ce soit pour des raisons de politique interne, de politique internationale mais aussi de technique.

    Ta conclusion sur un changement de régime du fait de la Chine est intéressante et surtout rarement évoquée. Tu parles de la difficulté pour les USA de justifier leur présence devant un Nord dénucléarisé mais la Corée du Nord resterai dans le cas présent un régime dictatorial (certes plus ouvert mais dictatorial tout de même) avec une armée gigantesque (bien que faiblement équipée). La Chine resterai un voisin effrayant, la situation de Taiwan serai toujours la même, la présence US de ce coté du pacifique serai tout aussi justifiée… Peut être une réduction de force mais quel changement entre 5 000 et 30 000 hommes en Corée du Sud ? Aucun
    Contrairement à la France les USA n’ont pas besoin de louer leurs capacités de projection aérienne…

    Un coup d’État dans un pays où le poids de l’armée est si fort et aussi dévouée au chef suprême peut être un jeu dangereux. Une solution me parait plus probable, celle du déblocage avec le temps. La nature fait son effet et la vieille garde idéologique disparait peu à peu pour être remplacée par des jeunes, enfants des élites du régime, souvent formés au monde des affaires en Europe. Pour eux l’idéologie a peu d’importance, surtout lorsqu’elle est mis en concurrence avec le billet vert. Un peu sur le même principe que la Chine qui a fait sa démaoïsation, la Corée du Nord fera sa « déKim Il-sungisation ».

  4. 4 moqueurpoli

    Bonjour Maxime,

    Je tiens tout d’abord à m’excuser de ne pas avoir pu répondre plus tôt à ton commentaire que j’ai trouvé très instructif. Il nuance de manière très pertinente les propos que j’ai pus tenir dans mon article sur la géopolitique du voisinage nord-coréen. Aussi, répondrai-je de façon systématique et détaillée à chacune de tes interrogations.

    Lorsque j’avance l’idée que la Corée du Nord puisse devenir pour la Chine un rempart contre la puissance économique japonaise, je transpose le concept d’hégémon à la réalité régionale de l’Est asiatique. Avec la montée en puissance de la Chine depuis le début des années 2000 se pose la question éminemment géostratégique du leadership politique mais aussi économique en Asie. Dans cette « course contre la montre », la Chine a déjà une longueur d’avance : en maintenant une tension politique dans la région, elle mine la compétitivité japonaise (le budget de la défense japonaise n’a cessé d’augmenter ces dernières années, ce qui pourrait avoir des répercussions sur les autres secteurs de l’économie).

    Le lien qui attache la Chine à la Corée du Nord s’explique évidemment moins par des intérêts économiques que politiques. Le complexe obsidional chinois face à l’impérialisme américain est toujours de rigueur et le maintien d’un régime « allié » nucléarisé sanctuarise sa façade sud. La Corée du Sud est peut-être devenue le premier partenaire commercial de la Corée du Nord mais la Chine compte demeurer le premier partenaire politique de Pyongyang.

    Le Japon a tout à craindre d’une Corée puissante qui pourrait jouer sur le levier que représente la présence d’environ 6000 000 de ses ressortissants en territoire japonais. Le retour des Coréens japonais en Corée ferait perdre au Japon une main d’œuvre bon marché qui minerait sa compétitivité au niveau régional mais également à l’échelle mondiale.
    Je suis bien conscient que la nucléarisation du Japon n’est pour l’instant qu’une fiction mais rien ne dit que face à une Chine et à une Corée du Nord nucléarisée le Japon ne voudra pas lui non plus faire fi des dictats de la communauté internationale et entamer un programme de nucléarisation de son arsenal militaire. L’exemple iranien est un exemple éloquent. Si ce pays réussit sa nucléarisation malgré les sanctions internationales, pourquoi pas le Japon ?

    De plus en plus, les experts s’accordent pour dire que l’une des solutions les plus souhaitables au règlement des tensions nord-coréennes est un changement idéologique graduel du régime (qui ne pourra se faire que dans un temps moyennement long), avec toutefois le risque d’une atomisation ou une amorphisation de la société civile nord-coréenne.

    En espérant que ces quelques précisions répondent à tes questionnements.

    Bien cordialement,
    Erik

  5. 5 HASSAN

    Pourquoi ne fait-on pas la guerre avec la Corée du Nord ? Car vous savez ce qui vous attends en Afghanistan, c’est facile de bombarder des innocents avec vos avions !

  6. 6 moqueurpoli

    Bonjour Hassan,

    Votre commentaire me laisse perplexe. La situation en Afghanistan ou en Corée du Nord ne se résume pas qu’à une question de guerre. Souvent, les intérêts géopolitiques et géostratégiques s’imbriquent pour donner une position nationale (c’est ce que je me suis efforcé de démontrer, avec les exemples chinois, coréens, japonais et américains). D’autre part, les cas afghan et nord-coréen ne sont pas assimilables: l’Afghanistan est un pays en manque de structuration étatique, ce qui n’est pas le cas de la Corée du Nord. La Corée du Nord n’a pas non plus subi une invasion étrangère comme l’ont pu vivre le peuple afghan.

    Par ailleurs, étudier les relations internationales, renseigner sur un conflit, apporter un éclairage sur les intérêts d’autrui n’impliquent pas forcément que l’on souscrive à l’attitude belliciste de certains Etats. Contrairement à ce que vous dîtes, la guerre n’est JAMAIS facile, pour personne. Population, militaires, gouvernements… tout le monde en souffre.

    Je ne sais pas ce qui peut m’attendre en Afghanistan (je n’ai aucun projet d’y séjourner dans les prochains mois) mais je peux aisément prévoir ce qui risque d’arriver aux contingents anglo-américains et britanniques dans les prochaines années (si c’est bien de cela dont vous parlez !) . Du reste, je n’ai jamais possédé d’avions militaires pour « bombarder des innocents ». Ne me confondez pas avec l’Etat-major américain ou britannique: je ne suis pour l’instant qu’un étudiant.

    Bien cordialement,

    MoqueurPoli.

  7. 7 Maxime

    Je reviens vers toi un peu tard en te remerciant d’avoir pris le temps de me réponse.

    J’avais cru comprendre que tu parlais aussi d’une crainte militaire japonaise envers la Corée, merci de d’avoir précisé que tu évoquais une crainte avant tout économique du fait de la forte population coréenne (au plus bas de la société le plus souvent d’ailleurs). Crainte d’autant plus grande qu’elle est très difficilement évaluable du fait des diversités d’origines (géographiques et générationnelles) des immigrants mais aussi des conséquences économiques et politiques d’une réunification.

    Je ne vais pas t’embêter longtemps mais je reste très surpris par tes propos sur le Japon et ses possibilités de dégagement de la communauté international pour des envies de sécurités.

    Ta comparaison avec l’Iran est intéressante pour plusieurs raisons. Concernant le Japon :
    – Plus forte extraversion de l’économie, des sanctions économiques n’auraient pas le même effet
    – Dépendance énergétique extrême
    – Population fortement opposée à l’arme atomique, ce dernier point étant l’un des plus importants car je ne crois pas qu’il y a eu d’évolution sur ce point sur les 50 dernières années. De plus, il s’agit d’un régime démocratique donc un projet si important nécessite l’accord d’une part significative de la population et du corps politique.
    – La haine du japon par tout ses voisins asiatiques qu’ils soient alliés ou non des USA. La Japon n’a pas d’allié de proximité.
    Je pense qu’aucun pays au monde à part le Japon n’exprime dans sa grande majorité un rejet aussi grand de la bombe atomique. De plus même si grand changement, le Japon est une démocratie et le nucléaire serait la question pour faire tomber un gouvernement. C’est d’ailleurs la pression du peuple plus que des gouvernements qui a empêchée les USA de pré positionner des bombes A/H sur le sol japonais.

    De même, modifier la constitution japonaise (qui limite le développement d’une force militaire nationale) c’est automatiquement s’identifier comme ayant des volontés offensives. Assez difficile à faire passer quant tous ses voisins ont encore le souvenir des affres de l’impérialisme nippon. L’Article 9 interdit tout ce qui pourra être offensif. Ce n’est pas un article oublié et contourné (si ce n’est pas une demi-poignée de chaland de débarquement justifié pour l’emploi en mission d’aide humanitaire). Il est d’ailleurs évoqué en ce moment pour le remplaçant des portes hélicoptères Shirane, qui sur le papier ressemble plus à un bâtiment de projection et de commandement (genre les BPC Mistrals que souhaitent acquérir les russes), qu’à un porte hélicoptère « classique ».

    Tu fais aussi une remarque concernant les dangers pour l’économie japonaise d’un accroissement de ses dépenses de défense. Le poids des Forces d’Autodéfense sur la compétitivité japonaise est tout de même faible, son budget de la défense augmente mais reste en dessous des 1% du PIB. Ce lui permet tout de même d’avoir deux fois plus de chars modernes que la France (les T90), de construire des avions hors de prix (avions de chasse sous licence américaine et non exportables pour des raisons légales) et d’avoir une force maritime correct.

    De plus 1% du PIB ca fait un budget important (bien plus que celui de la Corée du Sud par exemple, vu pourtant comme un pays portant grande importance à son armée) avec des dépenses de missions assez faibles : pas de pré positionnement à l’étranger, des projections très limités en nombre comme en temps (et historiquement très récents), donc pas besoin de tout le panel d’une puissance globale (ni même d’une puissance militaire régionale). La question de l’accroissement des forces est bien plus une question de politique (nationale et internationale) que d’économie (le Japon pouvant doubler ou tripler son budget tout en restant dans des zones de dépenses « classiques » en dessous de 3%).

    Bien à toi,
    Maxime

    PS : Concernant le commentaire de « HASSAN », c’est la rançon du succès d’avoir ce genre d’individus passé sur son blog, félicitation!

  8. Quel satisfaction votre blog, on ne déniche que des billets intéressants.
    J’apprécie flaner sur votre blog pour me changer les idées.
    D’ou vous provient cette inspiration, car tenir un votre blog c’est beaucoup de temps.

  9. 9 moqueurpoli

    Bonjour Serrurier,

    Je vous remercie vivement de l’intérêt que vous portez à mon blog. Je compte d’ailleurs reprendre l’écriture de billets d’ici quelques semaines, après une saison 2010-11 assez difficiles. J’essaie toujours, dans la mesure du possible, de varier les sujets, tantôt géopolitiques, historiques, politiques ou culturelles, histoire de ne pas faire dans le redondant. Je crois fortement que c’est ma passion pour les questions de politique internationale qui me permet d’être aussi prolixe sur ce genre de plateforme, avant de passer, peut-être un jour, à l’écriture d’un livre.

  10. 10 Le berre

    @moqueurpoli
    Bonjour Erik, selon toi quelles sont les conséquences géopolitique de la succéssion de Kim Jong-un au règne de la Corée du Nord ?


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :