Perspectives finlandaises en Afrique

01Sep11

A vol d’oiseau, environ 2800 kilomètres séparent Helsinki de Tunis, la capitale africaine la plus proche du territoire finlandais. Malgré cette distance, la Finlande entretient depuis plusieurs années une présence étroite et continue sur le continent africain, plus particulièrement dans la zone sub-saharienne. Si les objectifs avoués du gouvernement finlandais dans cette région sont l’éradication de la pauvreté et la promotion du développement durable, des considérations de politique intérieure peuvent également expliquer ce penchant humanitariste.

Lancée en 2009 sous le gouvernement centriste du premier ministre Matti Vanhanen (ci-desous, en compagnie de son homologue tanzanien), la nouvelle politique africaine de la Finlande mise avant tout sur l’expérience finlandaise en matière de coopération de développement pour favoriser la stabilité et l’amélioration des conditions socio-économiques en Afrique. L’établissement d’un secteur privé dynamique et entreprenant, la consolidation des échanges commerciaux à l’échelle continentale et internationale, le renforcement de la démocratie multipartite et de la participation des citoyens, la prévention des conflits et la maîtrise des migrations constituent les points d’orgue de l’approche finlandaise. Elle a également pour objet d’élargir son champ d’action : aux partenaires de la première heure (Ethiopie, Tanzanie, Mozambique, Kenya, Zambie) se sont ainsi joints de nouveaux partenaires, tels que la Somalie, le Soudan, la République centrafricaine ou encore l’Afrique du Sud. Dans un contexte africain marqué par la crise économique, l’insuffisance des infrastructures, la raréfaction des denrées alimentaires et la faiblesse chronique de la gouvernance démocratique, l’aide finlandaise au développement se manifestent à tous les niveaux : bilatéral, européen et international.

Au niveau bilatéral, la Finlande souligne entre autres l’importance des questions climatiques et environnementales. En ce sens, elle finance notamment deux projets dans les bassins du Nil et du Lac Victoria à hauteur respectivement de 5 millions d’euros et de 2 millions d’euros sur 4 ans. Il s’agit dans les deux cas de soutenir une gestion égalitaire et durable de la ressource aquifère dans ces deux régions. En tant que membre de l’Union européenne, la Finlande met également l’accent sur le commerce, l’infrastructure et l’intégration régionale au sein de l’Union africaine. Dans le cadre du Fonds fiduciaire UE-Afrique pour les infrastructures créé en 2007, Helsinki s’est engagée à financer jusqu’à concurrence de 5 millions d’euros des projets visant le soutien des infrastructures dans plusieurs zones sub-sahariennes. Par ailleurs, le gouvernement finlandais vient de consacrer 3,9 millions d’euros sur la période 2009-2011 pour la construction de réseaux de distribution de l’eau et d’installations sanitaires en Afrique de l’Ouest. En outre, la Finlande participe également aux efforts internationaux de développement du continent africain à travers sa participation au sein de l’ONU, de la Banque mondiale, du Fonds monétaire international ou encore du Comité d’aide au développement de l’OCDE. Dans cette perspective, la collaboration de la Finlande à la mise en œuvre de l’Accord de l’ONU pour la lutte contre la désertification s’est élevée à plus de 2 millions d’euros.

Indépendamment du rôle développementiste que s’est donnée la Finlande en Afrique, la politique finlandaise dans ce coin du globe résulte en partie des problématiques liées à l’immigration. En Finlande comme dans la majorité des pays développés, l’immigration africaine est souvent stigmatisée, marginalisée, quand elle n’est pas tout bonnement remise en cause par les mouvements populistes et nationalistes. Preuve accablante d’un manque de dialogue interculturel, un « malaise social » s’est durablement installé dans la société finlandaise. Pour preuve, la progression fulgurante du parti nationaliste Perussuomalaiset (Parti des Vrais Finlandais, en finnois) qui a obtenu 19 % des suffrages, soit un gain de plus de 50 %, lors des dernières élections législatives en avril dernier. C’est ainsi que certains parlementaires font le calcul politique qu’il est plus avantageux de développer le continent africain que de tenter une hypothétique conciliation sociétale : un développement accru de l’Afrique pourrait entraîner, selon eux, un recul du phénomène de l’immigration en Finlande; l’acquisition d’un meilleur niveau de vie dans leur pays inciterait moins les Africains à immigrer vers le nord. Pourtant, selon les statistiques du gouvernement finlandais, l’immigration en provenance d’Afrique est loin d’être massive ou de menacer l’ethnie finlandaise comme le laissent à penser les rumeurs. En 2010, les immigrants africains ne représentaient que 10,5% de l’immigration totale. Parmi ceux-ci, les groupes nationaux les plus présents sont les Somaliens (4%), les Nigériens (0,8%), les Congolais (0,8%) et les Soudanais (0,7%). Ces chiffres sont évidemment sans commune mesure avec ceux observés parmi les immigrés Estoniens (17%), Russes (17%) et Suédois (6%) qui constituent les groupes communautaires les plus importants dans ce pays nordique.

Coupant court aux allégations mensongères le plus souvent colportées par les milieux populistes, dont le seul désir est, sinon de suspendre, du moins de durcir la politique d’immigration, de nombreux colloques et autres symposiums sont organisés ponctuellement par des universitaires et différents acteurs de la société civile pour tenter de susciter un dialogue plus constructif (ci-haut, des enfants sont initiés au concept de tolérance et du vivre-ensemble dans une école de Vantaa, près d’Helsinki). Le prolongement de la crise financière et le raz-de-marée politique qu’ont provoqué les révoltes arabes risquent certainement d’enflammer pendant longtemps encore les débats à l’Eduskunta, nom donné au parlement finlandais, au sujet d’une immigration africaine galopante et de la capacité de la Finlande à accueillir ces immigrés et leur famille.

Pour aller plus loin:

* Africa in Finnish Foreign Policy, document d’information publié en 2010 par le gouvernement finlandais.

* Le rapport 2010 du gouvernement finlandais sur ses activités de coopération de développement.

* La politique finlandaise de développement pour l’Afrique, document d’information du gouvernement finlandais.

* Le Ministère de l’immigration compile et publie sur son site des données statistiques depuis 2005.

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