La légende de la Terre, d’Yves Lacoste

15Sep11

Voilà près de trois mille ans que l’homme élabore idées et images de la Terre. Il a construit les grands mythes de la Création, parcouru le Moyen-Orient sur les pas d’Hérodote, repoussé les frontières des espaces connus grâce aux explorateurs et aux conquérants. Il a imaginé la Terre plate ou sphérique, ronde ou rectangulaire. Il l’a pensée peuplée de monstres dans ses zones inexplorées, centrée autour de Jérusalem, cernée par le fleuve Océan. Il a parfois même cru y reconnaître le paradis… Depuis deux siècles, la Révolution industrielle et les progrès des sciences ont accéléré la conquête du monde; conquête tout autant intellectuelle que militaire. Une fois la surface de la Terre parcourue, l’homme a voulu percer les secrets de ses profondeurs, sonder ses océans, connaître les mystères de son atmosphère. Il sait maintenant sa beauté de perle bleue perdue dans l’immensité de l’Univers. Il connaît aussi sa fragilité. Certes, il n’est plus de contrées à découvrir, mais la légende de la Terre est loin d’être achevée: écologie et démographie sont à présent deux maîtres mots de notre avenir et l’homme doit encore apprendre à protéger sa planète, de lui-même surtout.

On ne présente plus Yves Lacoste. Eminent géographe, chevalier de la Légion d’Honneur, père fondateur de l’école géopolitique française, professeur émérite à l’Université de Paris VIII, lauréat du prestigieux Prix Vautrin Lud, directeur-fondateur de l’Institut français de géopolitique et de la revue Hérodote, auteur d’importants ouvrages qui ont marqué son époque… Pour le géopolitologue, Yves Lacoste est un mythe vivant, une légende infatigable qui, à plus de 80 ans, ne lasse pas de surprendre. Il vient de publier l’année dernière une étude géopolitique sur la question post-coloniale, un sujet de prédilection.

Ce petit opus publié en 1996 invite au voyage. Des premières « enquêtes » d’Hérodote à la découverte de l’espace, en passant par les voyages de Marco Polo, les observations de Vidal de La Blache de Vasco de Gama et ceux de Christophe Colomb, Lacoste dévoile progressivement toute la magnificence, la splendeur, la somptuosité même de cette machine terrestre et des phénomènes naturels (et parfois moins naturels) qu’elle met brillamment en scène. Ici, c’est un soleil radieux dont les rayons caressent tendrement le visage; là c’est une nuit étoilée qui éveille les pensées les plus intimes. Et toujours ces quatre saisons, comme une roue sans fin, qui n’en finit plus de tourner.

De courbes rocheuses accentuées en relief plus vallonné, ce tour du monde en 148 pages ne laisse pas le lecteur indifférent. Il y a d’abord l’histoire d’un être singulier: l’Humain. Celui qui repousse les limites de l’inconnu, celui qui prend possession du territoire, celui qui laboure cette partie supérieure de la lithosphère que l’on appelle la croûte terrestre, enfin, celui qui, sans en avoir conscience, détruit la terre à coup de pesticides et de gaz d’échappement. Il y a ensuite toutes ces luttes d’influences pour le contrôle d’une plaine, d’une montagne, d’un littoral, d’une mer; et des ressources que l’on y recèle. Evidemment, car forcément, « la géographie ça sert d’abord à faire la guerre » pour reprendre le titre de l’une des premières oeuvres d’Yves Lacoste.

Et quelles guerres acharnées sur cette terre ! Tantôt pour consolider un empire commercial, tantôt pour s’accaparer les richesses d’un sous-sol ou d’un fond marin, tantôt pour répandre la primauté de sa foi aux quatre coins du monde. Heureuse et funeste, gracieuse et désastreuse, la légende la terre présente la particularité de ne pas être ancrée dans une réalité fixe. Elle se module, se remodule, se forme, se déforme, sans jamais véritablement donner un sens à son évolution. Son secret ? Personne n’a su le dévoiler, le mettre à jour. Et il n’est pas sûr que la terre se décide à livrer ses mystères tant que l’Humain voudra la dominer, une domination qui n’aura que pour point de chute sa propre annihilation.

Car la terre ne fait qu’un avec l’homme, une fusion cosmique maintes fois révélée mais toujours difficile à supporter pour l’Humain. Lacoste prend tout l’ampleur de ce défi et propose une réconciliation entre la race humaine et la planète terre, une réconciliation qui se veut comme un retour à l’essentiel, à l’origine des choses et qui ne passera que par une prise de conscience générale de la symbiose existentielle qui lie l’Humain à la terre. Un livre à lire et à relire.

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